Tunis Stock Exchange
- TUNINDEX 18 686,50
- Day Change -0,09 %
- YTD +40,06 %
- Capitaux séance 3,85 MD
Le recul de l'euro face au billet vert, tombé à son plus bas depuis mai 2025, se répercute directement sur le dinar. Le dollar a atteint 2,992 dinars le 1er octobre, son niveau le plus élevé depuis seize mois, tandis que l'euro reste stable. Pour la Tunisie, qui encaisse l'essentiel de ses recettes en euros mais règle sa facture énergétique en dollars, ce mouvement coïncide avec un baril au-dessus de 100 dollars : un effet de ciseaux qui pèse sur la balance commerciale et le budget de l'État. Dans notre précédent article, nous avons analysé les causes de la glissade de l'euro face au dollar. Nous en examinons ici les conséquences pour l'économie tunisienne. Le dollar au plus haut depuis seize mois face au dinar Le 1ᵉʳ octobre 2026, le dollar s'échangeait à 2,9918 dinars, son niveau le plus élevé depuis le 20 mai 2025 (2,9934 dinars). Le billet vert a gagné 3,1 % face au dinar depuis la fin 2025 (2,9009 dinars) et 5,5 % depuis son plus bas annuel du 29 janvier (2,8367 dinars). Le mouvement s'est accéléré en septembre, avec une hausse de 2,5 % sur le seul mois. L'euro, lui, n'a pratiquement pas bougé : à 3,3740 dinars, il cote au même niveau qu'au 31 décembre 2025 (3,3744 dinars), après avoir évolué tout au long de l'année dans une fourchette étroite, entre 3,355 et 3,416 dinars. Sur un an, il recule même de 1,5 %. Cette divergence n'est pas un hasard. Le rapport entre le cours de l'euro et celui du dollar en dinars (3,3740 / 2,9918 = 1,128) reproduit presque exactement le cours EUR/USD sur le marché international. Autrement dit, le dinar a suivi l'euro : la Banque centrale de Tunisie gère le dinar par référence à un panier de devises dominé par la monnaie unique, si bien que la glissade de l'euro face au dollar s'est transmise quasi intégralement à la parité dollar/dinar. Face aux autres devises, le tableau est contrasté. Le yen japonais (1 000 yens = 18,826 dinars) progresse de 1,3 % depuis le début de l'année et de 3 % sur un mois, mais reste en baisse de 5 % sur un an. Le dinar s'apprécie en revanche face au dirham marocain : 10 dirhams valent 3,0617 dinars, proche du plus bas de l'année atteint le 30 septembre, soit un gain de 4,1 % pour le dinar depuis fin 2025. Des recettes en euros, des factures en dollars L'économie tunisienne est structurellement arrimée à l'Europe. Selon l'INS, les exportations vers l'Union européenne ont atteint 31 346,4 millions de dinars (MD) sur les huit premiers mois de 2026, contre 29 165,9 MD un an plus tôt (+7,5 %). Elles représentent 70,2 % du total des exportations. Les importations en provenance de l'UE, qui pèsent 45,1 % du total, ont progressé plus vite, à 28 175 MD contre 24 410,1 MD (+15,4 %). Cette asymétrie géographique se retrouve dans les monnaies de facturation. D'après la balance des paiements 2024 de la BCT, 78,6 % des exportations sont réglées en euros et seulement 18,9 % en dollars. Côté importations, la répartition est bien plus équilibrée : 52,4 % en euros et 42 % en dollars. Les autres grandes sources de devises sont, elles aussi, majoritairement européennes : Tourisme : 59,6 % des recettes sont encaissées en euros, contre 24,6 % en dollars. Revenus du travail : 24 % sont libellés en euros, 7,7 % en dollars et 63,7 % en dinars convertibles. La communauté tunisienne à l'étranger compte environ deux millions de personnes, dont quelque 85 % résident en Europe. La Tunisie gagne donc ses devises surtout en euros et en dépense une part importante en dollars. Comme l'euro est resté stable face au dinar, les recettes européennes n'ont rien perdu en dinars. En revanche, chaque achat facturé en dollars coûte plus cher. Pour donner un ordre de grandeur, appliquons la structure de facturation de 2024 aux échanges des huit premiers mois de 2026. Les importations réglées en dollars avoisineraient 26,2 milliards de dinars, contre environ 8,4 milliards pour les exportations. Ce déficit en dollars de près de 17,8 milliards de dinars signifie qu'une hausse de 1 % du dollar face au dinar alourdit la facture nette d'environ 180 MD sur une période équivalente. Avec un dollar en hausse de 3,1 % depuis le début de l'année, le surcoût approcherait 550 MD (estimation Tera Finances). Énergie et céréales : la double peine C'est sur la facture énergétique que l'effet est le plus visible. La Tunisie importe l'essentiel de son pétrole et de son gaz, et ces achats sont facturés en dollars. Sur les huit premiers mois de 2026, les importations d'énergie ont atteint 11,295 milliards de dinars, soit 18,1 % des importations de marchandises. Le déficit commercial énergétique s'élève à 8,930 milliards de dinars, la moitié du déficit commercial total. Or la Tunisie subit aujourd'hui une double peine. D'une part, le prix du pétrole en dollars a flambé avec le conflit au Moyen-Orient : le Brent a clôturé au-dessus de 102 dollars le 2 octobre. D'autre part, chaque dollar coûte désormais plus cher en dinars. Les deux hausses se multiplient au lieu de se compenser. Les céréales, également achetées en dollars sur les marchés internationaux, suivent la même logique. Leurs importations ont atteint 2,1 milliards de dinars sur les huit premiers mois de 2026, contre 1,9 milliard un an plus tôt (+10,5 %), et se rapprochent déjà des 2,7 milliards dépensés sur l'ensemble de 2025. La hausse du dollar rencheérit ainsi des produits de première nécessité, avec un risque de pression sur l'inflation importée. Les subventions énergétiques sous pression Le budget de l'État encaisse directement le choc. La loi de finances 2026, élaborée fin 2025, a fixé l'enveloppe des subventions aux produits énergétiques à 4 993 MD, nettement en dessous des 7 112 MD effectivement dépensés en 2025. Elle reposait sur une hypothèse de prix du baril de 63,3 dollars. Deux sensibilités permettent de mesurer l'écart avec la réalité : Le prix du baril : chaque dollar supplémentaire coûte 164 MD de plus au budget des subventions (carburants, gaz et électricité). Avec un Brent au-dessus de 102 dollars, soit près de 39 dollars au-dessus de l'hypothèse, le surcoût atteindrait environ 6,3 milliards de dinars en rythme annuel si ce niveau se maintenait. L'impact réel dépendra du prix moyen sur l'ensemble de l'année. Le taux de change : une hausse de 0,01 dinar du dollar alourdit les subventions de 43 MD. Le budget repose sur une hypothèse de « stabilité du dinar face aux principales devises », sans préciser le cours de référence. Par rapport au cours moyen de janvier à septembre 2025 (3,019 dinars), le dollar actuel (2,992 dinars) est encore moins cher, ce qui représente une économie d'environ 117 MD. Par rapport au cours de fin septembre 2025 (2,912 dinars), il est en revanche plus cher de 0,08 dinar, soit un surcoût d'environ 344 MD. Selon la référence retenue, l'effet change va donc d'une légère économie à un surcoût modéré, mais la tendance est défavorable : le dollar a repris plus de 0,15 dinar depuis son plus bas de janvier. C'est donc le prix du baril, bien plus que le taux de change, qui menace l'enveloppe initiale des subventions. Le dépassement rend probable un recours à une loi de finances complémentaire ou à des arbitrages sur d'autres dépenses. La dette extérieure relativement protégée Sur le front de la dette publique extérieure, la composition par devises joue en faveur de la Tunisie. Selon le rapport sur le budget de l'État 2026 du ministère des Finances, 58,13 % de cette dette est libellée en euros, contre 22,07 % en dollars, 5,95 % en yens, 6,69 % en DTS et 7,16 % en autres devises. Le ministère chiffre la sensibilité de la dette au taux de change : Le budget 2026 suppose une stabilité du dinar face aux principales devises, sans préciser le cours de référence. Deux lectures sont possibles, avec des résultats proches : Par rapport aux cours moyens de janvier à septembre 2025 (3,019 dinars pour un dollar, 3,358 pour un euro) : le dollar est aujourd'hui moins cher, ce qui allège l'encours d'environ 128 MD, et l'euro plus cher, ce qui l'alourdit d'environ 169 MD. L'effet net est d'environ +41 MD sur l'encours et quasi nul sur le service de la dette. Par rapport aux cours de fin septembre 2025 (2,912 dinars pour un dollar, 3,421 pour un euro) : la hausse du dollar alourdit l'encours d'environ 375 MD et le service d'environ 87 MD, mais la baisse de l'euro allège l'encours d'environ 501 MD et le service d'environ 89 MD. L'effet net est un allègement d'environ 126 MD de l'encours, l'effet sur le service étant quasi nul. Dans les deux cas, la hausse du dollar est compensée par la stabilité ou le recul de l'euro, qui pèse plus de la moitié de la dette. Le poids de la monnaie unique joue ici un rôle d'amortisseur (calculs Tera Finances à partir des sensibilités et des cours publiés dans le rapport sur le budget de l'État 2026). Un équilibre fragile La glissade de l'euro face au dollar produit en Tunisie des effets contrastés. La stabilité de l'euro face au dinar préserve la valeur des exportations, des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens d'Europe, et elle protège la majeure partie de la dette extérieure. Mais la hausse du dollar, combinée à un pétrole au-dessus de 100 dollars, rencheérit les importations d'énergie et de céréales, creuse le déficit commercial et met sous tension l'enveloppe des subventions. La suite dépendra de deux variables largement extérieures au pays : l'évolution de la parité EUR/USD, suspendue aux décisions de la Fed et de la BCE, et celle des cours du pétrole, liée au conflit au Moyen-Orient. Un rebond de l'euro vers 1,15 dollar, comme l'anticipent certains modèles, allégerait la facture. À l'inverse, une poursuite de la hausse du dollar avec un baril durablement élevé accentuerait la pression sur les finances publiques et les réserves en devises. Sources : INS, Banque centrale de Tunisie (balance des paiements 2024, cours des devises), ministère des Finances (rapport sur le budget de l'État 2026), Estimations : Tera Finances.
Après un repli de 3,15 % en août, le marché actions de la Bourse de Tunis a poursuivi sa correction en septembre, confirmant l’essoufflement perceptible dès juillet. Le TUNINDEX cède 5,26 % sur le mois et enregistre ainsi sa deuxième baisse mensuelle consécutive, après une série de 21 mois de hausse ininterrompue. Le TUNINDEX réduit sa performance depuis le début d'année à 36,7%. Le recul s’étend à la quasi-totalité des secteurs. Seuls les services aux consommateurs résistent, soutenus par les valeurs de la distribution. Les échanges retrouvent, pour leur part, une certaine vigueur après le creux du mois d’août, même si cette reprise doit beaucoup aux transactions de bloc. Des volumes en reprise, portés par les transactions de bloc Après un mois d’août relativement peu animé au regard de l’activité observée en juin et juillet, le volume des échanges sur la cote de la Bourse progresse de 44 %, passant de 239,4 à 344,8 millions de dinars. Cette reprise repose à parts presque égales sur les deux compartiments. Les échanges de titres de capital augmentent de 52,8 millions de dinars, soit 30,8 %, pour atteindre 224,0 millions de dinars. Ceux du compartiment obligataire gagnent 52,6 millions de dinars, soit 77,2 %, et s’établissent à 120,7 millions de dinars. Sur les titres de capital, la progression des volumes provient principalement des transactions de bloc. Celles-ci bondissent de 41,4 millions de dinars, soit 144,4 %, pour totaliser 70,1 millions de dinars et représenter 31,3 % des échanges du compartiment. Le marché central connaît une amélioration plus mesurée : ses volumes augmentent de 11,4 millions de dinars, soit 8,0 %, à 153,9 millions de dinars. La moyenne quotidienne des échanges de titres de capital passe ainsi de 9,0 à 10,2 millions de dinars. Hors transactions de bloc, elle recule toutefois à 7,0 millions de dinars, contre 7,5 millions en août et un pic annuel de 15,1 millions en juin 2026. La reprise des volumes mensuels masque donc une activité quotidienne encore modérée sur le marché central. SMART Tunisie en tête des échanges, suivie par les banques SMART Tunisie domine les échanges de septembre, avec un volume de 58,5 millions de dinars, soit 26,1 % du total enregistré sur les titres de capital de la cote. Cette prépondérance tient notamment aux trois transactions de bloc réalisées le 22 septembre 2026, dans le cadre d’une redistribution de 14,82 % du capital au sein de la famille Bouden. Trois banques lui emboîtent le pas : BIAT, Amen Bank et BNA. Ensemble, elles concentrent 51,9 millions de dinars d’échanges, soit 23,1 % du volume du compartiment. SFBT complète les cinq premières places, avec 11,3 millions de dinars et une part de 5,0 %. Palmarès des variations : une nette prédominance des baisses La balance des variations traduit l’ampleur de la correction : 53 valeurs terminent le mois dans le rouge, contre seulement 17 en hausse et 5 inchangées. SOTEMAIL signe la plus forte progression, avec un gain de 53,8 %. Ce rebond, de nature technique, intervient après une chute de 52,0 % le mois précédent. Loin derrière, SOMOCER suit le mouvement de sa filiale et avance de 19,3 %. Magasin Général monte sur la troisième marche du podium, à la faveur d’une hausse de 15,0 %. À l’autre extrémité du classement, STIP accuse le recul le plus marqué du mois, avec une chute de 31,1 %. Trois banques publiques figurent également parmi les cinq plus fortes baisses : BH Bank perd 24,0 %, STB cède 23,4 % et BNA abandonne 17,5 %. ASSAD complète ce groupe, avec une dépréciation de 19,8 %. Publiés fin septembre, ses états financiers intermédiaires au 30 juin 2026 font apparaître un chiffre d’affaires en recul de près d’un cinquième, une rentabilité opérationnelle fortement érodée et un résultat net déficitaire. Le semestre est également marqué par le dénouement du lourd contentieux douanier, dont le règlement à l’amiable pèse désormais sur les fonds propres. À lire également : « L’Accumulateur Tunisien ASSAD : un premier semestre 2026 pénalisé par le recul de l’export ». La distribution, seule exception dans un paysage sectoriel en repli La correction n’épargne presque aucun secteur. Les services aux consommateurs font seuls exception, grâce au soutien du sous-secteur de la distribution, porté par les hausses de Magasin Général, SOTUMAG, STA et SMART Tunisie. Les assurances limitent leur recul à 0,2 %. La résistance de STAR et d’ASTREE compense en grande partie la dépréciation des autres valeurs du secteur. Les biens de consommation abandonnent 4,76 %. Le secteur subit notamment le repli de 3,65 % de l’agroalimentaire, pénalisé par SFBT (−7,7 %) et LAND’Or (−2,0 %). La baisse touche également l’ensemble des valeurs du sous-secteur des produits ménagers et de soins personnels, en particulier SAH, qui cède 10,3 %. L’industrie accuse une chute de 10,7 %, sous l’effet du recul des biens et services industriels, notamment OTH (−16,4 %) et SOTUVER (−10,9 %). Cette dernière vient de publier ses états financiers semestriels arrêtés au 30 juin 2026. Les comptes font état d’incendies majeurs survenus en janvier et d’une baisse de 92 % du résultat hors indemnités d’assurance. À lire également : « SOTUVER : bénéfice courant en chute de 92 %, un résultat net sauvé par un incendie dont les comptes 2025 ne disaient mot ». Enfin, le secteur bancaire, dont le poids est déterminant dans l’évolution du TUNINDEX, fléchit de 5,28 %, après avoir déjà perdu 4,16 % en août. À l’exception de la BTE, toutes les banques affichent une performance mensuelle négative, les replis étant particulièrement marqués pour BH Bank, STB, BNA et ATB.
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