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ECONOMIE

Recul marqué des exportations du secteur des industries chimiques au premier trimestre 2026

Recul marqué des exportations du secteur des industries chimiques au premier trimestre 2026

Le secteur tunisien des industries chimiques traverse une phase de contraction prononcée. Après avoir renoué avec la croissance en 2025 — affichant une progression de 3,2 % de la valeur ajoutée sur l'ensemble de l'exercice —, le secteur accuse au premier trimestre 2026 un repli de 11,5 %, prolongeant ainsi une dynamique déjà fragilisée par la régression de 1,9 % enregistrée en 2024. Cette dégradation reflète des tensions structurelles qui pèsent sur l'ensemble de la filière.

Une filière ancrée dans la valorisation du phosphate

Les exportations tunisiennes de produits chimiques inorganiques (chapitre 28) et d'engrais chimiques (chapitre 31) constituent deux piliers stratégiques du commerce extérieur national. Leur dynamique est intimement liée à la filière phosphatière : la Tunisie ne commercialise qu'une infime part de son phosphate brut, préférant le valoriser localement à travers la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) en amont, et le Groupe Chimique Tunisien (GCT) ainsi que des opérateurs privés en aval.

Les produits chimiques inorganiques exportés sont dominés par les dérivés phosphatés — en tête desquels l'acide phosphorique marchand (AMP, code 2809), le dicalcium phosphate (DCP) et le tripolyphosphate de sodium (STPP) —, auxquels s'ajoutent les fluorures d'aluminium et certains carbonates. Sur le segment des engrais, les exportations portent principalement sur le di-ammonium phosphate (DAP), le triple superphosphate (TSP) et le monoammonium phosphate (MAP). L'ensemble de cette activité demeure tributaire de la régularité de l'approvisionnement en phosphate commercial fourni par la CPG.

Des engrais en repli sur fond de prix orientés à la hausse

Sur les quatre premiers mois de 2026, les exportations d'engrais chimiques accusent un net recul en volume (-31,3%): elles s'établissent à 141,5 milliers de tonnes, contre 206,0 milliers de tonnes sur la même période en 2025 — soit un effacement quasi total de la progression réalisée l'année précédente, les volumes revenant à un niveau comparable à ceux de 2024 (139,5 milliers de tonnes).

En valeur, le repli est moins sévère (-25,0%). Les recettes d'exportation s'élèvent à 274,3 millions de dinars en 2026, en recul par rapport aux 365,9 millions enregistrés en 2025, mais demeurant supérieures aux 224,8 millions de 2024. Cet écart s'explique par la progression continue des prix moyens à l'exportation, qui ont atteint 1 939,5 dinars par tonne en 2026, contre 1 776,4 en 2025 et 1 611,7 en 2024. L'amélioration des cours internationaux des engrais phosphatés contribue à cette tendance haussière sur les prix unitaires.

Les produits chimiques inorganiques sous pression

Le segment des produits chimiques inorganiques présente un profil similaire, caractérisé par une contraction tant en volume qu'en valeur. Les quantités exportées ont chuté de 343,1 milliers de tonnes en 2024 à 301,2 milliers de tonnes en 2025, avant de tomber à 201,3 milliers de tonnes au cours des quatre premiers mois de 2026 — soit une perte de près de 41 % sur deux ans.

En valeur, les recettes ont suivi la même trajectoire descendante, passant de 502,9 millions de dinars en 2024 à 472,9 millions en 2025, puis à 303,4 millions en 2026. L'érosion des recettes d’est impacté par un effet cumulé des prix Ces derniers, après avoir progressé de 1 465,6 dinars par tonne en 2024 à 1 570,0 dinars en 2025, ont légèrement fléchi à 1 507,4 dinars en 2026, sans toutefois revenir à leur niveau d'il y a deux ans.

Des vulnérabilités structurelles communes aux deux segments

La lecture croisée de ces deux segments révèle des dynamiques divergentes en apparence, mais structurellement connexes. Si les engrais bénéficient d'une valorisation prix plus favorable, les produits chimiques inorganiques restent, pour l'heure, le premier contributeur aux recettes d'exportation du secteur. Dans les deux cas, les performances sont conditionnées par un même triptyque de contraintes : la disponibilité du phosphate brut, les capacités industrielles du Groupe Chimique Tunisien, et la sensibilité des marchés internationaux aux variations de prix, aux coûts énergétiques et aux contraintes logistiques.

Des leviers de transformation à consolider

Malgré ces tensions conjoncturelles, la filière phosphatière tunisienne conserve un potentiel d'exportation significatif. Sa compétitivité à moyen terme repose sur plusieurs axes structurels : la restauration durable des niveaux de production de phosphate, la modernisation des outils industriels de transformation, la diversification vers des produits à plus forte valeur ajoutée, et un repositionnement affirmé sur les marchés internationaux des engrais et dérivés phosphatés.

Une montée en gamme cohérente de l'offre exportable constituerait un levier décisif pour améliorer durablement les recettes en devises du pays et renforcer la résilience d'un secteur qui demeure, malgré ses difficultés, l'un des piliers de l'industrie tunisienne.

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