Les transferts de la diaspora tunisienne et les recettes touristiques continuent de jouer un rôle central dans l'économie nationale, constituant deux importantes sources de devises et un soutien essentiel à la balance des paiements. Toutefois, malgré une évolution positive au début de l'année 2026, les performances tunisiennes demeurent relativement modestes lorsqu'elles sont comparées à celles de plusieurs pays concurrents ou comparables dans la région méditerranéenne.
D'après les dernières données publiées par la Banque Centrale de Tunisie, les transferts des Tunisiens résidant à l'étranger (TRE) ont atteint près de 3,43 milliards de dinars (environ 1,03 milliard d'euros) au 20 mai 2026, contre 3,27 milliards de dinars à la même période en 2025, soit une hausse de 4,9 %. Les recettes touristiques ont, quant à elles, progressé de 4,1 %, pour atteindre 2,43 milliards de dinars (environ 730 millions d'euros) sur les cinq premiers mois de 2026.
Sur l'ensemble de l'année 2025, les deux postes ont affiché des résultats plus significatifs : les TRE ont totalisé 11,421 milliards de dinars (environ 3,43 milliards d'euros) et les recettes touristiques 8,097 milliards de dinars (environ 2,43 milliards d'euros), soit un cumul annuel de près de 19,5 milliards de dinars, l'équivalent de 5,86 milliards d'euros. Ces chiffres, bien qu'en progression, révèlent l'ampleur du fossé qui sépare encore la Tunisie de ses principaux concurrents régionaux.
Le Maroc : un écart qui se creuse
Le Maroc affiche des résultats sans commune mesure avec ceux de la Tunisie. Les transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE) ont atteint le chiffre record de 123,7 milliards de dirhams en 2025, soit environ 11,4 milliards d'euros — plus de 3,3 fois les TRE tunisiens sur la même année. À fin mars 2026, ces transferts affichaient encore une hausse de 11,7 % par rapport à l'année précédente.
Du côté du tourisme, les recettes en devises touristiques ont atteint en 2025 un sommet historique de 138 milliards de dirhams, soit environ 12,7 milliards d'euros, représentant une hausse de 21 % par rapport à 2024 et de 75 % par rapport à 2019. Cette performance s'appuie sur 19,8 millions d'arrivées touristiques en 2025, en progression de 14 % par rapport à 2024 — contre 11 millions pour la Tunisie. Surtout, la dépense moyenne par touriste au Maroc est environ 1,4 fois supérieure à celle enregistrée en Tunisie, illustrant une montée en gamme progressive de l'offre marocaine. Au total, transferts et recettes touristiques combinés représentent pour le Maroc environ 24 milliards d'euros en 2025, soit un ratio de 1 à 4 par rapport à la Tunisie.
L'Égypte : des montants qui donnent le vertige
L'Égypte dépasse encore davantage la Tunisie. Les transferts financiers des migrants égyptiens ont atteint un montant record de 41,5 milliards de dollars en 2025, enregistrant une augmentation de 40,5 % par rapport à 2024 — soit environ 38,2 milliards d'euros, plus de onze fois les TRE tunisiens sur la même année. Les envois de fonds des Égyptiens résidant à l'étranger constituent la troisième source de devises du pays, après les recettes d'exportations et les investissements directs étrangers.
Sur le plan touristique, l'Égypte a engrangé des recettes record de 17,80 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17 % par rapport à l'année précédente — environ 16,4 milliards d'euros, soit plus de six fois les recettes touristiques tunisiennes. La dépense moyenne par touriste s'est établie à 925 dollars durant le premier semestre de 2025, soit 3,7 fois celle d'un touriste en Tunisie, ce qui illustre le déficit structurel tunisien en matière de montée en gamme. Au total, les deux postes combinés représentent pour l'Égypte environ 54,6 milliards d'euros — soit près de dix fois le total tunisien.
La Grèce : le tourisme comme moteur de la renaissance économique
La comparaison avec la Grèce est peut-être la plus instructive pour la Tunisie, car les deux pays partagent une façade méditerranéenne et un patrimoine culturel et balnéaire comparables. La Grèce a accueilli 37,981 millions de touristes en 2025, une hausse de 5,6 % sur un an, un record pour la troisième année consécutive. Cette hausse a été accompagnée d'une augmentation des recettes de 9,4 % sur un an, générant un excédent de 20,255 milliards d'euros en 2025 — soit environ 8,3 fois les recettes touristiques tunisiennes sur la même année. Le tourisme contribue directement à environ 13 % du PIB grec et indirectement à plus de 30 % du PIB. Ce qui frappe davantage encore, c'est la dépense moyenne par touriste en Grèce, établie à plus de 633 euros, contre environ 249 dollars en Tunisie — un écart de qualité qui résume à lui seul le défi de positionnement auquel fait face Tunis.
Face à ces chiffres, la progression tunisienne apparaît donc relativement modérée. Certes, les indicateurs restent orientés à la hausse, mais ils traduisent surtout une stabilité plutôt qu'un véritable changement d'échelle. La Tunisie dispose pourtant d'atouts importants : une diaspora nombreuse et attachée au pays, une position géographique stratégique, un riche patrimoine culturel et balnéaire, ainsi qu'un coût compétitif.
Pour espérer rivaliser davantage avec ses concurrents méditerranéens, le pays devra améliorer son attractivité, moderniser son offre touristique, renforcer les investissements et mettre en place des mécanismes plus efficaces pour mobiliser l'épargne et les compétences de sa diaspora. L'écart avec le Maroc, l'Égypte ou la Grèce n'est pas une fatalité — mais il exige une stratégie ambitieuse et une exécution rigoureuse.
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