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ECONOMIE

Fonction publique tunisienne : des effectifs vieillissants, plus féminisés et de nouveau en hausse en 2025

Fonction publique tunisienne : des effectifs vieillissants, plus féminisés et de nouveau en hausse en 2025

Après trois années de contraction, la fonction publique tunisienne a renoué avec la croissance de ses effectifs en 2025. Derrière cette reprise modérée se dessinent toutefois des transformations plus profondes : vieillissement des agents, féminisation progressive, recul du nombre d’ouvriers et concentration persistante de l’emploi public dans l’éducation, la sécurité, la défense et la santé.

Après avoir atteint un sommet de 669 290 agents en 2021, les effectifs de la fonction publique tunisienne ont diminué pendant trois années consécutives, jusqu’à revenir à 647 155 agents en 2024. L’année 2025 marque une inflexion : le nombre d’agents remonte à 652 498, soit 5 343 postes supplémentaires et une progression annuelle de 0,8 %.

Cette reprise ne ramène cependant pas l’emploi public à son niveau record de 2021. Elle replace simplement les effectifs presque exactement à leur niveau de 2018, lorsque la fonction publique comptait 652 225 agents. En sept ans, le nombre total d’agents n’a ainsi progressé que de 273 personnes.

C’est l’un des principaux enseignements du rapport publié le 10 août 2026 par l’Institut national de la statistique (INS), sur la base des données administratives issues du système INSAF. Au-delà de la stabilité apparente des effectifs globaux, l’étude révèle une recomposition sensible de l’administration tunisienne.

Une fonction publique qui se féminise

Les hommes demeurent majoritaires, mais leur poids recule progressivement. Leur nombre est passé de 416 200 en 2018 à 394 800 en 2025, soit une diminution d’environ 21 400 agents. Dans le même temps, les effectifs féminins ont augmenté de 236 000 à 257 700.

La part des femmes atteint ainsi près de 39,5 % des agents publics en 2025, contre environ 36,2 % sept ans auparavant. Cette évolution traduit une féminisation continue de l’emploi public, même si la parité reste encore éloignée à l’échelle de l’ensemble de l’administration.

L’autre transformation majeure est démographique. Les agents âgés de 45 à 49 ans constituent désormais la tranche la plus importante, avec 120 164 personnes, soit 18,4 % des effectifs. Ils sont suivis des 40-44 ans et des 50-54 ans.

À l’inverse, la présence des jeunes s’amenuise. Les moins de 30 ans ne représentent plus que 9,5 % des effectifs en 2025, contre 13,8 % en 2018. Parallèlement, la proportion des agents âgés de 55 ans et plus est passée d’environ 9 % à 15,2 %.

Cette évolution dessine un enjeu central pour les prochaines années : organiser le renouvellement des compétences au rythme des départs à la retraite, sans déséquilibrer davantage les finances publiques.

L’Éducation concentre près d’un agent sur trois

La fonction publique reste fortement concentrée autour des grandes missions régaliennes et sociales de l’État. Avec 197 836 agents en 2025, le ministère de l’Éducation emploie à lui seul plus de 30 % des agents publics.

Il devance le ministère de l’Intérieur, qui compte 96 146 agents, la Défense, avec 87 765 agents, et la Santé publique, avec 78 622 agents. Ensemble, ces quatre départements rassemblent plus de 70 % des effectifs.

Les trajectoires divergent néanmoins selon les ministères. Entre 2018 et 2025, les effectifs de la Santé ont progressé, tandis que ceux de l’Agriculture sont tombés de 27 534 à 21 421 agents. L’Enseignement supérieur a également enregistré un recul, de même que plusieurs administrations de moindre taille.

La reprise observée en 2025 provient en grande partie du ministère de l’Éducation, qui affiche un solde positif de 6 787 agents. À l’inverse, l’Agriculture, l’Intérieur et la Défense ont continué à perdre des effectifs.

Au total, 38 701 entrées ont été enregistrées en 2025, leur niveau le plus élevé depuis 2018, contre 33 358 sorties. Le solde redevient donc positif de 5 343 agents, après trois années consécutives de contraction.

Moins d’ouvriers, davantage de fonctionnaires supérieurs

La stabilité des effectifs globaux masque également une modification du profil professionnel des agents. Le nombre de fonctionnaires a augmenté de 503 100 en 2018 à 522 900 en 2025. Ils représentent désormais 80,1 % de l’ensemble des effectifs.

Dans le même temps, le nombre d’ouvriers a reculé de 126 200 à 103 600, soit une baisse de près de 18 %. Cette contraction concerne principalement les ouvriers de l’unité 1, dont les effectifs sont passés de 63 800 à 36 900.

Parmi les fonctionnaires, la catégorie A1 a connu la progression la plus marquée : elle rassemble 194 200 agents en 2025, contre 151 300 en 2018. Les catégories A1 et A2 totalisent désormais plus des deux tiers des fonctionnaires. L’administration publique apparaît ainsi plus qualifiée dans sa structure statutaire, mais également plus concentrée dans les échelons supérieurs.

Des salaires en hausse, mais exprimés en valeur nominale

Le salaire mensuel net moyen est passé de 1 133,3 dinars en 2018 à 1 556,9 dinars en 2025, soit une augmentation cumulée de 37,4 %. En intégrant les contributions, le salaire brut moyen a progressé de 57,3 %, pour atteindre 2 698,1 dinars.

Cette hausse s’est principalement concentrée en 2019 et 2020, avant un net ralentissement entre 2021 et 2023, puis une accélération en 2024 et 2025. Sur la seule dernière année, le salaire net moyen a augmenté de 5,6 %.

Ces évolutions doivent toutefois être interprétées avec prudence : le rapport présente des rémunérations nominales et ne mesure pas leur progression en termes de pouvoir d’achat après prise en compte de l’inflation.

Les écarts entre catégories restent par ailleurs importants. En 2025, le salaire brut mensuel moyen atteint 2 509,2 dinars pour les fonctionnaires, contre 1 460,5 dinars pour les ouvriers. Chez les fonctionnaires, il s’échelonne de 1 758,3 dinars dans la catégorie D à 3 106,7 dinars dans la catégorie A1.

Le rapport de l’INS décrit ainsi une fonction publique dont la taille globale a peu changé depuis 2018, mais dont la composition s’est profondément transformée. Plus féminisée, plus qualifiée et plus âgée, elle entre dans une phase où le renouvellement des générations, la transmission des compétences et la maîtrise de la masse salariale devront être pensés simultanément.

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