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ECONOMIE

Huile d’olive : 86 % des volumes partent en vrac, alors que le conditionné vaut 40 % plus cher

Huile d’olive : 86 % des volumes partent en vrac, alors que le conditionné vaut 40 % plus cher

Les exportations tunisiennes d’huile d’olive ont atteint un niveau inédit en volume durant les neuf premiers mois de la campagne 2025-2026. La hausse des quantités expédiées ne s’est toutefois pas traduite par une progression équivalente des recettes, tandis que le vrac continue de dominer largement le modèle exportateur.

Entre novembre 2025 et juillet 2026, la Tunisie a exporté 368 000 tonnes d’huile d’olive, contre 236 900 tonnes durant la même période de la campagne précédente. Les volumes ont ainsi progressé de 55,4 %.

Les recettes ont, pour leur part, augmenté de 44,4 %, passant de 3,190 milliards de dinars à 4,605 milliards de dinars.

Cette progression moins rapide de la valeur par rapport aux volumes s’explique par la diminution du prix moyen à l’exportation. Celui-ci est revenu de 13,47 dinars le kilogramme au cours des neuf premiers mois de la campagne 2024-2025 à 12,51 dinars lors de la campagne actuelle, soit une baisse de 7,1 %.

Un record de volume, mais pas encore de valeur

Avec 368 030 tonnes exportées en neuf mois, la campagne 2025-2026 établit un nouveau record pour une période allant de novembre à juillet. Le précédent sommet avait été enregistré durant la campagne 2019-2020, avec 303 800 tonnes.

Les quantités expédiées en neuf mois dépassent également de 31,3 % les 280 300 tonnes exportées sur l’ensemble de la campagne 2024-2025. Elles se rapprochent même du record de 375 600 tonnes enregistré sur les douze mois de la campagne 2019-2020, alors que la campagne actuelle disposait encore de trois mois à fin juillet.

En valeur, la situation est différente. Les recettes de 4,605 milliards de dinars restent légèrement inférieures au record de 4,622 milliards de dinars atteint entre novembre 2023 et juillet 2024. L’écart n’est toutefois que de 16,7 millions de dinars, soit 0,4 %.

Les données historiques montrent ainsi que les recettes d’exportation dépendent autant des prix internationaux que des quantités commercialisées. Durant les neuf premiers mois de la campagne 2023-2024, la Tunisie avait obtenu une recette légèrement supérieure avec moins de la moitié du volume actuel, grâce à un prix moyen exceptionnel de 26,58 dinars le kilogramme.

Le conditionné reste minoritaire.

La structure des exportations constitue l’autre enseignement majeur de la campagne. L’huile d’olive expédiée en vrac représente encore 86 % des quantités totales, contre seulement 14 % pour l’huile conditionnée.

Les exportations conditionnées ont pourtant progressé de 50,8 %, passant de 34 100 à 51 500 tonnes. Leur croissance demeure toutefois légèrement inférieure à celle des exportations totales.

En valeur, le conditionné génère 18,6 % des recettes, soit environ 856,6 millions de dinars. Son poids dans les revenus étant supérieur à sa part dans les volumes, il bénéficie logiquement d’une valeur unitaire plus élevée.

À partir des données publiées, le prix moyen implicite ressort à environ 16,63 dinars le kilogramme pour l’huile conditionnée, contre près de 11,84 dinars pour l’huile exportée en vrac. Le conditionné serait ainsi valorisé environ 40 % plus cher par kilogramme.

Cette différence illustre le manque à gagner lié à un modèle encore largement centré sur la vente en vrac. Une partie de l’huile tunisienne est expédiée vers des pays européens où elle peut être mélangée, conditionnée et commercialisée sous des marques étrangères, laissant aux opérateurs situés en aval de la chaîne une part importante de la valeur ajoutée.

Une forte concentration sur l’Espagne et l’Italie

À fin juillet 2026, l’huile d’olive tunisienne était exportée vers plus de 70 pays. Cette diversification apparente masque toutefois une concentration toujours élevée sur quelques marchés.

L’Union européenne absorbe 57,1 % des volumes, dont 32,1 % pour l’Espagne et 20 % pour l’Italie. Ces deux pays représentent donc à eux seuls 52,1 % des quantités exportées.

L’Amérique du Nord reçoit 24 % des volumes, principalement les États-Unis avec 19,2 % et le Canada avec 4,8 %. L’Asie en représente 11,3 %, notamment à travers l’Arabie saoudite et la Jordanie, tandis que l’Afrique ne pèse que 3,8 %, essentiellement grâce au marché égyptien.

La part élevée de l’Espagne et de l’Italie est étroitement liée à la prédominance du vrac. Ces deux marchés disposent d’industries de conditionnement et de réseaux commerciaux capables de capter une partie de la valeur créée par l’huile tunisienne.

Le biologique reproduit le même déséquilibre.

Les exportations d’huile d’olive biologique ont atteint 51 200 tonnes pour une valeur de 673,4 millions de dinars durant les neuf premiers mois de la campagne. Elles représentent près de 14 % des volumes totaux et 14,6 % des recettes.

Leur prix moyen s’établit à 13,16 dinars le kilogramme. Mais, là encore, la transformation commerciale demeure insuffisante : l’huile biologique conditionnée ne représente que 6,2 % des quantités biologiques exportées, soit environ 3 200 tonnes.

Le prix moyen atteint 16,56 dinars le kilogramme pour le biologique conditionné, contre 12,93 dinars pour le vrac. L’écart de valorisation avoisine donc 28 %.

Le marché biologique est, lui aussi, très concentré : l’Italie absorbe 38 % des volumes, devant l’Espagne avec 26 %, les États-Unis avec 23 % et la France avec 8 %.

Une amélioration en juillet qui ne renverse pas la tendance cumulée

L’ONAGRI indique que le prix moyen enregistré durant le seul mois de juillet 2026 a augmenté de 1,4 % sur un an, passant de 12,97 à 13,16 dinars le kilogramme. Selon les catégories, les prix observés durant ce mois ont varié entre 8,22 et 17 dinars le kilogramme.

Cette hausse ponctuelle ne contredit pas la diminution de 7,1 % calculée sur les neuf premiers mois de la campagne. Les deux indicateurs portent sur des périodes différentes : le premier compare les seuls mois de juillet 2025 et 2026, tandis que le second couvre les exportations cumulées de novembre à juillet.

Les données en année civile confirment d’ailleurs cette pression sur la valeur unitaire. Entre janvier et juillet 2026, les exportations ont atteint 288 300 tonnes, contre 194 900 tonnes durant les sept premiers mois de 2025, soit une hausse de 47,9 %. Les recettes ont augmenté de 43,4 %, à 3,595 milliards de dinars, alors que le prix moyen a reculé de 12,86 à 12,47 dinars le kilogramme.

Le véritable enjeu : exporter davantage de valeur

La campagne 2025-2026 constitue incontestablement une performance commerciale par l’ampleur des volumes expédiés et des recettes générées. Elle contribue aux entrées de devises et permet d’écouler une production nationale particulièrement abondante.

Mais les chiffres mettent également en évidence les limites du modèle tunisien. Le record de volume ne s’accompagne pas d’un record de recettes, le prix moyen recule et 86 % des quantités continuent d’être exportées en vrac.

L’enjeu ne consiste donc plus uniquement à accroître les tonnages. Il s’agit d’augmenter la part du conditionné, de développer des marques tunisiennes reconnues, d’améliorer l’accès direct aux réseaux de distribution et de mieux valoriser les huiles biologiques et haut de gamme.

Sans cette évolution, la Tunisie pourrait continuer à battre des records d’exportation tout en abandonnant une part importante de la valeur ajoutée aux opérateurs qui conditionnent et commercialisent son huile sur les marchés internationaux.

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