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ECONOMIE

Industrie : l’investissement se redresse, mais la reprise reste très inégale

INS : Enquête d’opinion auprès des chefs d'entreprises privés, Premier Semestre 2026

Industrie : l’investissement se redresse, mais la reprise reste très inégale

La perception des chefs d’entreprise s’améliore et les investissements industriels déclarés ont progressé de 10,8 % au premier semestre 2026. Cette reprise demeure toutefois concentrée dans quelques secteurs, principalement les industries mécaniques et électriques et l’agroalimentaire, tandis que le textile et la chimie restent en difficulté.

Après une année 2025 hésitante, l’investissement industriel tunisien montre des signes de redressement. Les résultats de l’enquête publiée par l’Institut national de la statistique et les données de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation convergent vers une amélioration au premier semestre 2026. Ils révèlent cependant une reprise très inégalement répartie selon les secteurs et les catégories de projets.

Selon l’enquête réalisée en mai 2026 auprès de 1 085 entreprises manufacturières, hors raffinage de pétrole, le solde d’opinion relatif à l’évolution de l’investissement a atteint 24 % au premier semestre, contre 21 % au second semestre 2025.

Les anticipations demeurent également favorables : le solde attendu pour le second semestre s’établit à 26 %, alors que les dirigeants interrogés lors de la précédente enquête ne prévoyaient qu’un niveau de 20 % pour le premier semestre.

Ces indicateurs ne signifient pas que les investissements ont augmenté de 24 % ou qu’ils progresseront de 26 %. Le solde d’opinion correspond à la différence entre la proportion des entreprises signalant une hausse de leurs investissements et celle déclarant une baisse. Il mesure ainsi le climat ressenti par les industriels, mais pas les montants effectivement engagés.

Plus d’investissements, mais moins de projets déclarés

Les données de l’APII confirment néanmoins une amélioration des montants annoncés. Les investissements déclarés dans l’industrie ont atteint 1,058 milliard de dinars au premier semestre 2026, contre 955,1 millions de dinars un an auparavant, soit une progression de 10,8 %.

Ce rebond intervient après une année 2025 relativement faible. Sur l’ensemble de l’année dernière, les investissements industriels déclarés avaient diminué de 2,1 %, pour s’établir à 2,484 milliards de dinars.

La progression enregistrée au premier semestre 2026 s’accompagne toutefois d’une forte baisse du nombre de projets. L’APII en a recensé 1 141, contre 1 443 durant la même période de 2025, soit un recul de 20,9 %.

Le montant moyen déclaré par projet augmente donc sensiblement. La reprise paraît portée par un nombre plus réduit d’opérations, mais de taille moyenne plus importante. Sept projets d’au moins 15 millions de dinars concentrent à eux seuls 249,3 millions de dinars, soit près du quart du total déclaré.

Les projets recensés devraient permettre, selon leurs promoteurs, la création de 22 582 emplois, contre 15 564 un an plus tôt, soit une hausse de 45,1 %. Ce chiffre correspond cependant à des emplois annoncés et non encore nécessairement créés. Leur réalisation dépendra de l’exécution effective des projets et de leur calendrier de mise en exploitation.

Les industries mécaniques et électriques tirent la reprise

Les industries mécaniques et électriques constituent le principal moteur de l’amélioration. Dans l’enquête de l’INS, leur solde d’opinion est passé de 35 % au second semestre 2025 à 48 % au premier semestre 2026, soit la progression la plus importante parmi les activités manufacturières.

Les données de l’APII confirment cette orientation. Les investissements déclarés dans ce secteur ont atteint 308,3 millions de dinars, en hausse de 31 % sur un an. Les projets recensés affichent également 8 155 emplois potentiels, soit plus du double du niveau déclaré au premier semestre 2025.

Cette dynamique prolonge celle observée en 2025, lorsque les investissements déclarés dans les industries mécaniques et électriques avaient déjà augmenté de 13,2 %. Fortement intégré aux chaînes de valeur européennes et largement orienté vers l’exportation, ce secteur semble ainsi disposer d’une meilleure visibilité que plusieurs autres branches de l’industrie tunisienne.

L’agroalimentaire contribue également au redressement. Avec 475,1 millions de dinars déclarés au premier semestre, ses investissements ont augmenté de 35,9 %. Il représente à lui seul près de 45 % du montant total annoncé dans l’industrie.

Le textile et la chimie restent en retrait

La situation est nettement moins favorable dans le textile, l’habillement et le cuir. Le solde d’opinion du secteur est passé de 2 % au second semestre 2025 à -4 % au premier semestre 2026. Il devrait encore se dégrader à -6 % au second semestre, selon les anticipations recueillies par l’INS.

Les investissements déclarés confirment cette faiblesse : ils ont diminué de 49,2 %, à 54,2 millions de dinars, tandis que le nombre de projets reculait de 28,8 %. Cette contraction prolonge celle observée sur l’ensemble de 2025, lorsque les montants déclarés avaient déjà baissé de 22,6 %.

Les industries chimiques présentent une évolution comparable. Leur solde d’opinion a reculé de 38 % à 29 %, tandis que les investissements déclarés ont chuté de 49,9 %, à 19,2 millions de dinars. Le nombre de projets a diminué de 34 %.

Ces résultats montrent que l’amélioration globale ne bénéficie pas uniformément au tissu industriel. Elle repose principalement sur quelques activités, alors que des secteurs historiquement importants pour l’emploi et les exportations restent confrontés à des conditions moins favorables.

Les projets exportateurs et étrangers progressent fortement

La reprise présente également une composante exportatrice marquée. Les investissements déclarés dans les industries totalement exportatrices ont atteint 452,6 millions de dinars, en hausse de 58,9 %. Ils représentent environ 43 % du total industriel du premier semestre.

Les projets à participation étrangère ont, pour leur part, totalisé 274,1 millions de dinars, contre 203,5 millions un an auparavant, soit une augmentation de 34,7 %. Leur nombre a néanmoins diminué, passant de 179 à 168 projets. Là encore, l’amélioration des montants repose sur des opérations moins nombreuses, mais plus importantes.

Les investissements à capitaux tunisiens ont progressé plus modérément, de 4,3 %, pour atteindre 783,8 millions de dinars.

Une reprise qui doit encore être confirmée

La convergence entre l’amélioration du moral des dirigeants et la progression des montants déclarés constitue un signal positif pour l’industrie tunisienne. Elle ne permet toutefois pas encore de conclure à une reprise généralisée de l’investissement productif.

Les déclarations enregistrées par l’APII correspondent à des intentions de projets. Elles ne renseignent pas directement sur les décaissements réalisés, l’état d’avancement des investissements ou le nombre d’emplois effectivement créés.

La solidité de la reprise dépendra donc de la transformation de ces déclarations en unités opérationnelles, en capacités productives et en emplois durables. Elle devra également être évaluée à travers sa diffusion au-delà des industries mécaniques et électriques et de l’agroalimentaire.

Pour l’instant, l’industrie tunisienne paraît moins engagée dans une reprise générale que dans une recomposition : les investissements progressent, mais ils se concentrent dans un nombre limité de projets, de secteurs et d’activités exportatrices. Le véritable test du second semestre sera de savoir si cette dynamique s’élargit ou si les écarts continuent de se creuser au sein du tissu industriel.

Sources : INS — Enquête d’opinion auprès des chefs d’entreprises privées, premier semestre 2026 ; APII — Bulletins de conjoncture 2025 et premier semestre 2026.

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