Après deux années sans aucune introduction en Bourse, la cote tunisienne a accueilli BNA Assurances en 2025. Dans une nouvelle étude consacrée à la dynamique des IPO dans le monde et en Tunisie, la Bourse de Tunis estime que l’environnement économique et financier de 2026 pourrait offrir une fenêtre favorable à la relance du marché primaire. Cette reprise reste néanmoins conditionnée par le renforcement de la liquidité, l’élargissement sectoriel de la cote et l’adaptation du cadre réglementaire et fiscal.
Le marché mondial des introductions en Bourse, ou IPO, a connu d’importantes fluctuations au cours de la dernière décennie. Après l’euphorie de 2021, suivie d’un net ralentissement entre 2022 et 2024, l’activité a commencé à se redresser en 2025.
Selon l’étude publiée par la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT), 1 293 introductions en Bourse ont été réalisées dans le monde en 2025, soit une progression annuelle de 4 %. Les montants levés ont, pour leur part, augmenté de 39 %, pour atteindre 171,8 milliards de dollars.
Cette différence entre la progression du nombre d’opérations et celle des capitaux mobilisés traduit une concentration des investisseurs sur les entreprises les plus matures, disposant de modèles économiques éprouvés et de perspectives de croissance suffisamment visibles.
Un marché mondial dominé par l’Asie et les États-Unis
L’Asie et les États-Unis ont constitué les deux principaux moteurs de la reprise mondiale. La Chine a enregistré 222 IPO pour un montant cumulé de 54,8 milliards de dollars. Elle affiche ainsi une croissance de 24 % du nombre d’opérations et de 162 % de la valeur des capitaux levés.
Aux États-Unis, 223 introductions ont permis de mobiliser 45,5 milliards de dollars. Plus de 60 % des entreprises concernées étaient des émetteurs étrangers, ce qui confirme l’attractivité persistante des marchés américains.
L’Europe reste, en revanche, relativement en retrait, avec 102 opérations représentant 17 milliards de dollars. Dans le même temps, de nouveaux pôles gagnent en importance, notamment l’Inde et le Moyen-Orient.
Le secteur technologique conserve sa première place mondiale, avec 206 opérations et 34,9 milliards de dollars levés en 2025. L’intelligence artificielle constitue désormais l’un des principaux moteurs des valorisations boursières. L’aérospatial, la défense, les sciences de la vie, l’énergie et certaines activités industrielles figurent également parmi les secteurs les plus recherchés.
La plus importante IPO de 2025 a été celle du groupe chinois Contemporary Amperex Technology, pour 5,3 milliards de dollars. En Europe, l’opération la plus importante a concerné Verisure, avec 4,2 milliards de dollars levés.
Pour 2026, la BVMT fait état de perspectives internationales favorables, soutenues notamment par les projets d’introduction de grands acteurs technologiques. Mais ce redressement ne masque pas une tendance structurelle : depuis 2021, le nombre total de sociétés cotées diminue à l’échelle mondiale, les radiations devenant progressivement plus nombreuses que les nouvelles introductions.
En Tunisie, seulement 41 IPO en dix-huit ans
Sur le marché tunisien, 41 introductions en Bourse ont été réalisées entre 2008 et 2025, soit une moyenne de 2,3 opérations par an.
L’activité a connu son apogée en 2012 et 2013, deux années caractérisées par un engouement important des entreprises pour le financement par le marché. À partir de 2017, le rythme des introductions a toutefois nettement ralenti, pour s’établir à environ une opération par an en moyenne.
Aucune IPO n’a été enregistrée en 2023 et en 2024. L’année 2025 a marqué un début de reprise avec l’admission de BNA Assurances. Celle-ci a néanmoins été réalisée par inscription directe, sans émission d’actions nouvelles ni cession de titres existants.
Face aux 41 introductions recensées depuis 2008, la Bourse de Tunis a enregistré 16 sorties de la cote. Le solde net demeure ainsi positif de 25 sociétés, avec un ratio de 2,6 introductions pour une radiation.
Parmi ces sorties, sept ont été involontaires, soit 44 % du total. Cinq sont intervenues dans le cadre de fusions-acquisitions et quatre ont résulté de retraits volontaires. Ainsi, 56 % des radiations ne sont pas directement liées à des difficultés financières, mais découlent d’opérations stratégiques ou de décisions prises par les actionnaires.
Les IPO ont permis de lever 1,45 milliard de dinars.
Entre 2008 et 2025, les entreprises introduites à la Bourse de Tunis ont levé un montant cumulé de 1,451 milliard de dinars. Ces ressources restent cependant concentrées sur un nombre limité d’opérations : les dix plus importantes IPO totalisent 927 millions de dinars, soit 64 % de l’ensemble des montants levés.
La Bourse apparaît principalement comme un instrument de financement de la croissance. Sur les 41 introductions réalisées, 20 ont pris la forme d’opérations de « cash in », reposant sur l’émission d’actions nouvelles au profit de l’entreprise. Elles représentent 49 % du total.
Douze opérations, soit 29 %, ont été effectuées exclusivement par cession d’actions anciennes (« cash out »), tandis que huit IPO ont combiné augmentation de capital et cession de titres existants. Près de sept opérations sur dix ont donc comporté une levée de ressources nouvelles au profit de la société cotée.
L’offre à prix ferme demeure largement dominante : elle a été utilisée dans 38 des 41 introductions, soit près de 93 % du total. L’offre à prix ouvert, fondée sur une procédure de constitution d’un livre d’ordres, reste très peu utilisée, notamment en raison de la présence encore limitée des investisseurs institutionnels.
Par ailleurs, plus de la moitié des IPO ont porté sur une ouverture du capital comprise entre 30 % et 40 %. Cette concentration s’explique notamment par les incitations fiscales qui étaient historiquement accordées aux entreprises introduisant au moins 30 % de leur capital en Bourse.
Une cote encore peu représentative de l’économie tunisienne
Malgré une certaine diversité, la composition sectorielle de la cote reste incomplète. La distribution est le secteur le plus représenté, avec huit sociétés. La santé, l’agroalimentaire et les services financiers disposent également d’une présence significative.
En revanche, des secteurs structurants de l’économie tunisienne restent absents ou insuffisamment représentés, notamment les télécommunications, l’énergie et les mines. L’arrivée d’entreprises issues de ces activités permettrait d’élargir les possibilités d’investissement, de renforcer la capitalisation du marché et d’attirer de nouvelles catégories d’investisseurs.
Le marché alternatif, initialement destiné à faciliter l’accès des PME à la cote, n’a enregistré aucune introduction depuis sa réforme de 2019 et son repositionnement en tant que compartiment réservé aux investisseurs avertis. Sa relance constitue, selon l’étude, l’un des principaux enjeux du développement futur du marché.
2026, une fenêtre favorable mais encore fragile
La BVMT estime que plusieurs indicateurs convergent vers un contexte plus propice aux introductions en Bourse. Au 4 août 2026, la circulation fiduciaire dépassait 29,8 milliards de dinars. La baisse des taux d’intérêt, le ralentissement de l’inflation à 5,1 % en juillet et la forte progression du marché actions pourraient favoriser davantage la prise de risque.
Le Tunindex affichait ainsi une hausse de 44,92 % depuis le début de l’année au 17 août 2026. Sur une année glissante, les capitaux échangés sur les titres de capital ont plus que doublé, passant de 1,233 milliard de dinars à 2,532 milliards, soit une progression de 105 %.
Cette amélioration pourrait encourager les entreprises ayant des besoins de financement à envisager une ouverture de leur capital. Elle ne suffira toutefois pas, à elle seule, à provoquer une reprise durable des IPO.
La suppression, en 2025, de l’avantage fiscal accordé aux entreprises s’introduisant en Bourse pourrait notamment peser sur les futures décisions de cotation. La BVMT considère dès lors qu’un réexamen des mécanismes d’incitation, accompagné d’une adaptation du cadre réglementaire, pourrait renforcer l’attractivité du financement par le marché.
La relance des IPO suppose également une présence plus importante des investisseurs institutionnels, une liquidité suffisante après l’introduction et une meilleure profondeur du marché. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’attirer de nouvelles entreprises, mais aussi de leur assurer les conditions nécessaires à un maintien durable à la cote.
En définitive, l’embellie du marché tunisien ouvre une fenêtre d’opportunité pour redynamiser les introductions en Bourse. Encore faut-il transformer cette conjoncture favorable en dynamique structurelle, capable de renforcer durablement le rôle de la Bourse de Tunis dans le financement de l’économie.


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