Valeur sélectionnée :

Sociétés Analyses financières Technique
Publicité
Publicité
BOURSE

Tunisie : l’épargne nationale se redresse en 2025, après trois années de baisse

Tunisie : l’épargne nationale se redresse en 2025, après trois années de baisse

Après être tombée à 9,36 milliards de dinars en 2024, l’épargne nationale brute a progressé de 13,7 % en 2025, pour atteindre 10,65 milliards de dinars. Cette amélioration demeure toutefois partielle : le taux d’épargne national ne représente plus que 6 % du revenu national disponible brut, contre 9,8 % en 2021.

L’Institut national de la statistique (INS) a publié, le 10 août 2026, son rapport annuel sur les comptes de la nation, édition 2026, couvrant la période 2021-2025. Particulièrement riche, ce document de 161 pages retrace l’évolution des principaux agrégats et indicateurs macroéconomiques de la Tunisie.

Parmi les enseignements du rapport figure l’affaiblissement de l’épargne nationale au cours des dernières années. Entre 2021 et 2024, son montant a diminué pendant trois exercices successifs, avant d’enregistrer un redressement en 2025. Cette évolution renseigne sur la part du revenu disponible que l’économie tunisienne parvient à préserver après avoir financé sa consommation.

Comment l’épargne nationale brute est-elle calculée ?

Dans les comptes nationaux, l’épargne nationale brute correspond à la différence entre le revenu national disponible brut et la consommation finale :

Épargne nationale brute = Revenu national disponible brut − Consommation finale

Le revenu national disponible brut comprend les revenus générés par l’activité économique nationale (PIB), corrigés des revenus des facteurs échangés avec l’extérieur, auxquels s’ajoutent les transferts courants extérieurs nets. Il constitue ainsi le revenu global dont disposent les agents économiques résidents pour consommer ou épargner.

En 2025, le revenu national disponible brut s’est élevé à 178,49 milliards de dinars, tandis que la consommation finale a atteint 167,84 milliards. La différence entre ces deux montants fait ressortir une épargne nationale brute de 10,65 milliards de dinars.

L’épargne peut également être calculée en additionnant celle des différents secteurs institutionnels : les sociétés non financières, les institutions financières, les administrations publiques et les ménages.

Elle est qualifiée de « brute » parce qu’elle est mesurée avant déduction des amortissements, c’est-à-dire de la consommation de capital fixe. Une fois les amortissements retranchés, l’épargne nationale nette est négative sur l’ensemble de la période étudiée. En 2025, les amortissements ont atteint 17,03 milliards de dinars, portant l’épargne nette à −6,39 milliards de dinars. L’épargne dégagée par l’économie n’a donc pas suffi à compenser l’usure et la dépréciation de son capital productif.

Trois années de recul avant le rebond de 2025

L’épargne nationale brute est passée de 13,44 milliards de dinars en 2021 à 10,95 milliards en 2022, soit une baisse de 18,5 %. Elle a ensuite reculé de 9,5 % en 2023, à 9,91 milliards, puis de 5,5 % en 2024, à 9,36 milliards.

Cette diminution s’explique principalement par une progression de la consommation finale plus rapide que celle du revenu national disponible brut. En 2022, le revenu disponible a augmenté de 6,2 %, alors que la consommation finale a progressé de 8,9 %. Le même décalage a persisté en 2023, avec des hausses respectives de 7,2 % et 8,6 %, puis en 2024, avec une croissance de 6,6 % du revenu disponible, contre 7,4 % pour la consommation.

En 2025, le mouvement s’est inversé. Le revenu national disponible brut a augmenté de 7 %, soit légèrement plus que la consommation finale, en hausse de 6,6 %. L’écart ainsi dégagé a permis à l’épargne nationale de progresser de 1,28 milliard de dinars, soit 13,7 %, pour atteindre 10,65 milliards.

Ce redressement ne compense cependant pas les baisses antérieures. Entre 2021 et 2025, le revenu national disponible brut a progressé de 29,9 % en valeur nominale et la consommation finale de 35,4 %, tandis que l’épargne nationale brute a diminué de 20,8 %.

Le recul de l’épargne des ménages pèse lourdement.

La ventilation par secteur institutionnel permet de mieux comprendre cette évolution. L’épargne brute des ménages est passée de 8,89 milliards de dinars en 2021 à 7,40 milliards en 2022, puis à 5,69 milliards en 2023 et à seulement 3,42 milliards en 2024.

Elle s’est redressée à 4,22 milliards de dinars en 2025, soit une augmentation de 800 millions de dinars sur un an. Elle demeure néanmoins inférieure de 4,67 milliards à son niveau de 2021, ce qui représente une chute de 52,5 % en quatre ans.

Les sociétés non financières ont connu une évolution plus irrégulière. Leur épargne a presque doublé en 2022, pour atteindre 6,35 milliards de dinars, avant de retomber à 2,44 milliards en 2023. Elle s’est ensuite redressée à 3,15 milliards en 2024, puis à 3,68 milliards en 2025.

L’épargne des institutions financières a, pour sa part, progressé jusqu’à 3,28 milliards de dinars en 2023, avant de se replier à 2,87 milliards en 2024 et à 2,82 milliards en 2025.

Du côté des administrations publiques, l’épargne est restée négative pendant toute la période. Le déficit d’épargne s’est fortement creusé en 2022, atteignant −5,45 milliards de dinars, avant de se résorber progressivement : −1,49 milliard en 2023, −88,6 millions en 2024 et −79,5 millions en 2025.

Le rebond de l’épargne nationale en 2025 provient donc essentiellement des ménages, dont l’épargne a augmenté de 800,2 millions de dinars, et des sociétés non financières, avec une amélioration de 529,3 millions. La légère baisse enregistrée par les institutions financières a modérément atténué cette progression.

Le taux d’épargne national tombe de 9,8 % à 6 %

Le taux d’épargne national mesure la part du revenu national disponible brut qui n’est pas absorbée par la consommation finale. Il est calculé selon la formule suivante :

Taux d’épargne national = Épargne nationale brute ÷ Revenu national disponible brut

Ce taux est passé de 9,8 % en 2021 à 7,5 % en 2022, puis à 6,3 % en 2023 et à 5,6 % en 2024. Autrement dit, sur 100 dinars de revenu national disponible, l’économie tunisienne n’en épargnait plus que 5,6 en 2024, contre près de 10 dinars trois ans auparavant.

En 2025, le taux d’épargne s’est redressé à 6 %, gagnant 0,4 point en un an. Il reste néanmoins inférieur de 3,8 points à son niveau de 2021. La progression de l’épargne observée en valeur absolue doit donc être relativisée : elle marque une amélioration annuelle, mais pas encore un retour aux capacités d’épargne du début de la période.

Le taux d’épargne des ménages demeure historiquement faible.

Le taux d’épargne des ménages rapporte leur épargne brute à leur revenu disponible brut. Il est passé de 8,6 % en 2021 à 6,6 % en 2022, puis à 4,7 % en 2023 et à 2,7 % en 2024.

En 2025, il s’est légèrement redressé à 3 %. Pour chaque tranche de 100 dinars de revenu disponible, les ménages n’ont ainsi conservé que 3 dinars sous forme d’épargne, contre 8,6 dinars en 2021.

Cette contraction constitue la principale explication structurelle de la baisse du taux d’épargne national. Entre 2021 et 2025, le revenu disponible brut des ménages a progressé de 33,8 %, pour atteindre 138,89 milliards de dinars. Pourtant, leur épargne a été divisée par plus de deux, ce qui signifie que leur consommation a absorbé une part croissante de leurs ressources.

Les résultats de 2025 signalent ainsi une amélioration, mais celle-ci reste fragile. La remontée simultanée de l’épargne nationale et de celle des ménages interrompt la tendance baissière observée depuis 2021, sans effacer la forte dégradation accumulée. La faiblesse persistante de l’épargne nette limite surtout les ressources internes susceptibles de financer l’investissement et maintient l’économie dépendante de financements extérieurs.

Les données de 2024 sont semi-définitives et celles de 2025 provisoires, selon l’INS.

0 Connectez-vous pour aimer et mettre en favori.

Commentaires (0)

Connectez-vous pour commenter.