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Phosphate : la flambée des prix mondiaux peut-elle réellement profiter à la Tunisie ?
ECONOMIE

Phosphate : la flambée des prix mondiaux peut-elle réellement profiter à la Tunisie ?

09/08/2026 22:13 5 vues Par Tera Finances

Les marchés internationaux des engrais phosphatés restent tendus et les prix se maintiennent à des niveaux élevés. Pour la Tunisie, cette conjoncture constitue une occasion de renforcer ses recettes d’exportation, à condition de redresser durablement la production, le transport et la transformation. Les tensions persistent sur le marché mondial des engrais. Les perturbations des échanges commerciaux, la disponibilité limitée du soufre et l’augmentation des coûts de production continuent de peser sur l’offre de produits phosphatés. Le groupe canadien Nutrien, l’un des principaux producteurs mondiaux d’engrais, a indiqué que les prix du phosphate sont restés supérieurs à ceux de l’année précédente. Au deuxième trimestre 2026, les revenus de son activité phosphate ont progressé de 18 %, pour atteindre 468 millions de dollars. Le groupe souligne toutefois que le marché reste affecté par les perturbations des flux commerciaux, les contraintes sur l’approvisionnement en soufre et les coûts élevés des intrants. Ces facteurs réduisent les taux d’utilisation des capacités mondiales et compriment les marges de certains producteurs. Pour la Tunisie, historiquement présente dans la production de phosphate naturel, d’acide phosphorique et d’engrais, cette situation pourrait, en théorie, constituer une occasion d’améliorer les recettes d’exportation et les résultats de la Compagnie des phosphates de Gafsa et du Groupe chimique tunisien. Les chiffres du premier semestre montrent néanmoins que le pays ne parvient pas encore à tirer pleinement profit de la conjoncture internationale. Une production en baisse au premier semestre La production tunisienne de phosphate s’est établie à environ 1,7 million de tonnes au premier semestre 2026, contre 1,8 million de tonnes durant la même période de 2025, soit une diminution de 5,5 %. Cette baisse intervient malgré le maintien des prix internationaux des engrais à des niveaux élevés. Elle montre que la performance du secteur tunisien dépend moins, à court terme, des conditions du marché mondial que de sa capacité à produire, transporter et transformer effectivement le minerai. Selon les données du commerce extérieur publiées par l’Institut national de la statistique, les exportations du secteur des mines, des phosphates et dérivés ont reculé de 19 % à fin juin 2026. Cette contraction contraste avec la hausse de 9 % des exportations tunisiennes tous secteurs confondus au cours de la même période. Autrement dit, les prix élevés ne suffisent pas à améliorer les recettes lorsque les volumes disponibles à l’exportation diminuent ou que les capacités de transformation ne fonctionnent pas à leur plein potentiel. L’objectif annuel de 4,5 millions de tonnes devient exigeant La CPG et le Groupe chimique tunisien prévoient une production de phosphate marchand d’environ 4,5 millions de tonnes sur l’ensemble de l’année 2026. Pour atteindre cet objectif après une production de 1,7 million de tonnes au premier semestre, il faudrait produire environ 2,8 millions de tonnes au cours des six derniers mois de l’année. La production mensuelle moyenne devrait ainsi passer d’environ 283 000 tonnes au premier semestre à près de 467 000 tonnes au second. Cela représente une accélération d’environ 65 % du rythme mensuel de production. Elle paraît difficile à réaliser sans amélioration rapide des conditions d’extraction, de lavage et surtout de transport. L’objectif de 4,5 millions de tonnes n’est donc pas hors d’atteinte, mais il suppose une rupture nette par rapport aux performances enregistrées au cours des six premiers mois. À plus long terme, la stratégie annoncée par la CPG et le GCT prévoit de porter la production à 5 millions de tonnes en 2028, puis à 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035. Les investissements nécessaires à la réalisation de ce programme sont estimés à 2,7 milliards de dinars. Ces ambitions restent toutefois inférieures à l’objectif de 14 millions de tonnes à l’horizon 2030 annoncé en mars 2025. Cette succession de cibles différentes souligne la nécessité de disposer d’une feuille de route consolidée, accompagnée d’un calendrier précis et d’indicateurs permettant de suivre l’avancement des projets. Le transport ferroviaire demeure un maillon faible Le transport constitue l’un des principaux obstacles à la relance de la filière. Le phosphate extrait dans le bassin minier doit être acheminé vers les unités du Groupe chimique tunisien situées notamment à Mdhilla, Skhira et Gabès, ainsi que vers le port de Sfax. Au premier semestre 2026, la Société nationale des chemins de fer tunisiens a transporté environ 601 000 tonnes de phosphate et de produits dérivés. Ce volume a diminué de près de 23 % par rapport à la même période de 2025, soit un recul d’environ 179 000 tonnes. La baisse du transport ferroviaire intervient au moment où la Tunisie cherche précisément à augmenter sa production et ses exportations. Elle risque de provoquer une accumulation du minerai sur les sites d’extraction, de réduire l’approvisionnement des usines de transformation et de limiter les quantités disponibles dans les ports. Le transport routier peut compenser une partie de ces difficultés, mais il est généralement plus coûteux, plus polluant et moins adapté au déplacement de volumes importants sur de longues distances. La modernisation du réseau ferroviaire, le renouvellement des locomotives et des wagons ainsi que l’amélioration de la régularité des rotations constituent donc des conditions indispensables à toute relance durable du secteur. Les contraintes dépassent la seule question du transport. Lors d’une audition parlementaire consacrée à la situation de la filière, les responsables de la CPG et du GCT ont également cité l’insuffisance des ressources en eau industrielle nécessaires au lavage du phosphate, les difficultés d’approvisionnement en ammonitrate et les tensions de trésorerie parmi les principaux obstacles à la production. La transformation du phosphate en acide phosphorique et en engrais nécessite en outre des intrants dont le coût peut réduire l’avantage procuré par la hausse des prix de vente. Le soufre occupe une place centrale dans la fabrication de l’acide sulfurique utilisé pour produire l’acide phosphorique. Une disponibilité limitée ou une augmentation de son prix peut donc peser sur les marges du Groupe chimique tunisien. L’évolution du marché mondial doit, par conséquent, être analysée à partir de l’écart entre les prix de vente des engrais et le coût de l’ensemble des intrants. Une hausse du prix du phosphate ou du DAP ne se traduit pas automatiquement par une progression équivalente de la rentabilité. La transformation crée davantage de valeur que l’exportation du minerai. La Tunisie dispose d’un avantage important : sa filière ne se limite pas à l’extraction de phosphate brut. Le pays possède des capacités industrielles permettant de produire de l’acide phosphorique et différents engrais phosphatés. La transformation locale permet de générer davantage de valeur ajoutée que la simple exportation du minerai. Elle procure également davantage de recettes en devises et soutient l’activité industrielle dans les régions où sont implantées les unités du Groupe chimique tunisien. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à augmenter les volumes extraits par la CPG. Il faut assurer une alimentation régulière des usines, améliorer leur taux d’utilisation et sécuriser l’approvisionnement en eau, en énergie et en matières premières. La complémentarité entre la CPG, le GCT et la SNCFT est déterminante. Une amélioration isolée de la production minière ne produira pas tous ses effets si le minerai ne peut pas être transporté ou si les capacités de transformation restent sous-utilisées. Une occasion internationale encore insuffisamment exploitée La conjoncture mondiale actuelle offre à la Tunisie une fenêtre favorable. Le maintien des prix des engrais phosphatés à des niveaux élevés peut contribuer à améliorer les recettes d’exportation et à renforcer la situation financière des entreprises publiques du secteur. Pourtant, le recul de 5,5 % de la production et la baisse de 19 % des exportations au premier semestre montrent que cette occasion reste, pour l’instant, insuffisamment exploitée. La priorité doit être accordée au rétablissement des volumes, à la modernisation du transport ferroviaire et à l’amélioration du fonctionnement des unités de transformation. L’exécution des investissements annoncés devra également être suivie à partir de résultats mesurables plutôt que de simples objectifs de long terme. La Tunisie possède toujours d’importantes réserves, une expérience industrielle historique et des débouchés internationaux. Mais la remontée des prix mondiaux ne pourra véritablement profiter à l’économie que si la filière retrouve sa capacité à produire, transformer et exporter de manière régulière. La question n’est donc plus seulement de savoir si les prix internationaux sont favorables. Elle est de déterminer si la Tunisie peut rétablir suffisamment rapidement sa chaîne de valeur pour convertir cette conjoncture en production, en exportations et en recettes supplémentaires.

Pétrole : les tensions autour d’Ormuz et de la mer Rouge ravivent les risques budgétaires
ECONOMIE

Pétrole : les tensions autour d’Ormuz et de la mer Rouge ravivent les risques budgétaires

09/08/2026 21:44 10 vues Par Tera Finances

Les tensions géopolitiques reviennent au premier plan sur le marché pétrolier. Après avoir suscité l’espoir d’une détente, les négociations concernant la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz restent entourées d’incertitudes, tandis qu’une nouvelle attaque contre une infrastructure pétrolière saoudienne ravive les craintes de perturbations de l’approvisionnement mondial. Le prix officiel de règlement du contrat à terme de référence sur le Brent s’est établi à 83,55 dollars le baril le vendredi 7 août 2026, en hausse de 1,3 %. Les dernières transactions de la séance ont toutefois ramené le cours autour de 82,35 dollars. Ce niveau demeure nettement inférieur aux sommets atteints au plus fort des tensions régionales, mais il dépasse de 20,25 dollars l’hypothèse de 63,3 dollars retenue pour l’élaboration du budget 2026. Pour les économies importatrices d’énergie, la persistance d’un pétrole supérieur aux prévisions constitue un risque pour la balance commerciale, les dépenses de compensation et, plus largement, les équilibres budgétaires. Une raffinerie saoudienne visée par une attaque Le 9 août, les Houthis du Yémen ont annoncé avoir ciblé par drone la raffinerie de Jazan, appartenant au groupe Saudi Aramco. Située dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, cette installation possède une capacité de traitement de 400 000 barils de pétrole brut par jour. Le ministère saoudien de l’Énergie a indiqué qu’un incendie s’était déclaré dans la raffinerie avant d’être maîtrisé, sans faire de victime. Les autorités n’ont pas immédiatement précisé l’incidence de l’attaque sur la production ou les exportations pétrolières. Cet événement n’a donc pas provoqué, à ce stade, une interruption majeure et confirmée de l’offre mondiale. Il rappelle néanmoins la vulnérabilité des infrastructures énergétiques du Golfe et contribue à maintenir une prime de risque sur les cours. Les attaques menées dans la région de la mer Rouge ajoutent une autre source d’inquiétude. Le port yéménite de Mocha, situé à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, a également été visé. Ce passage stratégique relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien. Une aggravation des perturbations autour de Bab el-Mandeb affecterait non seulement les flux énergétiques, mais également le transport maritime entre l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique du Nord. Les navires pourraient être contraints d’emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux, avec des conséquences sur le prix du fret et les délais de livraison. Le marché suspendu aux négociations sur Ormuz Les investisseurs surveillent parallèlement les discussions menées par Oman et l’Iran en vue de définir de nouvelles voies de navigation dans le détroit d’Ormuz. Avant sa fermeture à la suite de l’escalade militaire déclenchée fin février, ce passage concentrait environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Sa réouverture permettrait de réduire les risques pesant sur les approvisionnements et pourrait exercer une pression baissière sur les cours. L’Iran a indiqué que l’accord se trouvait dans sa phase finale, tout en conditionnant la réouverture du détroit à de nouvelles concessions américaines. Le marché reste ainsi partagé entre l’espoir d’un accord et la crainte d’un nouvel enlisement des négociations. Cette incertitude explique en partie la volatilité des cours. Le pétrole réagit désormais autant aux annonces diplomatiques qu’aux données traditionnelles portant sur la production, les stocks et la demande mondiale. Un écart important avec l’hypothèse budgétaire Le budget 2026 a été élaboré sur la base d’un prix moyen du Brent de 63,3 dollars le baril et d’une stabilité du dinar par rapport aux principales devises. Le cours de 83,55 dollars observé à la fin de la semaine représente ainsi un écart ponctuel de près de 32 % par rapport à l’hypothèse budgétaire. Cet écart ne doit cependant pas être transformé mécaniquement en surcoût définitif pour les finances publiques. L’incidence réelle dépend avant tout du prix moyen du pétrole sur l’ensemble de l’année (88,1 dollars jusqu’au 7 aout 2026), et non de son niveau lors d’une seule séance. Elle varie également en fonction des quantités importées, du taux de change du dollar, des prix des différents produits énergétiques et des mécanismes de compensation. Une hausse temporaire peut être partiellement absorbée si elle est suivie d’un repli des cours. En revanche, le maintien durable du Brent autour de 80 dollars ou au-dessus accentuerait la pression sur les dépenses énergétiques. La hausse de la facture d’importation risquerait alors de détériorer le déficit commercial énergétique et d’accroître les besoins de financement du budget. Elle pourrait également réduire les marges disponibles pour d’autres dépenses publiques. L’augmentation de l’offre de l’OPEP+ pourrait limiter la hausse Tous les facteurs ne poussent toutefois pas le pétrole dans la même direction. L’OPEP+ a approuvé une augmentation de ses quotas de production d’environ 188 000 barils par jour à partir de septembre. Cette décision achève le retrait progressif d’une réduction volontaire de 1,65 million de barils par jour mise en place à partir de 2023. En théorie, l’arrivée de volumes supplémentaires devrait contribuer à détendre le marché. Son effet réel reste néanmoins incertain. Les perturbations des exportations de plusieurs producteurs ont limité l’incidence des précédentes augmentations de quotas, dont une partie est restée essentiellement théorique. Le ralentissement de la demande mondiale pourrait également peser sur les prix. À l’inverse, de nouvelles attaques contre les infrastructures énergétiques ou un échec des discussions sur Ormuz pourraient rapidement provoquer un regain de tension. Un risque budgétaire qui dépendra de la durée du choc Après la correction observée depuis les sommets atteints plus tôt dans l’année, le marché pétrolier semblait s’orienter vers une relative détente. Les derniers événements montrent cependant que le risque géopolitique n’a pas disparu. La variable déterminante sera moins le franchissement ponctuel d’un seuil que la moyenne annuelle du Brent. Plus le pétrole restera durablement éloigné de l’hypothèse de 63,3 dollars, plus la pression sur la facture énergétique et les finances publiques sera importante. L’évolution des négociations sur Ormuz, la sécurité de la mer Rouge et la capacité effective de l’OPEP+ à augmenter son offre seront donc décisives au cours des prochaines semaines. Les économies importatrices demeurent directement exposées à ces développements extérieurs, alors même qu’elles disposent de marges budgétaires limitées pour absorber un nouveau choc énergétique.

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