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ECONOMIE

L'économie tunisienne risque-t-elle la récession au troisième trimestre 2026 ? Transformer la crise énergétique en opportunité

L'économie tunisienne risque-t-elle la récession au troisième trimestre 2026 ? Transformer la crise énergétique en opportunité

Depuis la mi-juillet 2026, la Tunisie traverse une crise énergétique d'une ampleur rarement observée. Sous l'effet d'une canicule exceptionnelle, les pics de consommation d'électricité ont conduit la STEG à mettre en œuvre des délestages tournants, souvent imprévisibles. Pour les ménages, ces coupures constituent un désagrément majeur. Pour les entreprises, elles représentent bien davantage : un véritable choc économique susceptible d'affecter la croissance du pays.

Dans un tissu économique largement composé de PME, de commerçants, d'artisans et de petites unités industrielles, la continuité de l'alimentation électrique constitue un facteur essentiel de production. Or, la majorité des entreprises n'étaient pas préparées à un tel scénario. Beaucoup ne disposent ni de groupes électrogènes, ni d'onduleurs professionnels, ni de systèmes photovoltaïques hybrides capables d'assurer une continuité d'activité. Même certaines grandes surfaces commerciales ne semblent pas avoir investi dans des solutions de secours suffisantes.

Cette absence de résilience énergétique transforme aujourd'hui chaque coupure en perte économique immédiate.

Les restaurateurs et les commerçants de produits alimentaires figurent parmi les premiers touchés. Les ruptures répétées de la chaîne du froid entraînent des pertes importantes de denrées périssables, tandis que les équipements frigorifiques subissent des contraintes techniques importantes. Les variations de tension qui accompagnent les coupures et les rétablissements du courant provoquent également des dommages sur les équipements électriques, les compresseurs, les serveurs informatiques et de nombreux matériels électroniques sensibles.

Dans l'industrie, les conséquences sont encore plus lourdes. Un arrêt brutal d'une chaîne de production ne signifie pas seulement quelques minutes d'interruption : il peut nécessiter plusieurs heures de redémarrage, entraîner des rebuts de fabrication, désorganiser les plannings de production et retarder les livraisons aux clients. À ces difficultés s'ajoute un effet indirect particulièrement pénalisant : lorsque les stations de pompage de la SONEDE sont elles-mêmes privées d'électricité, certaines entreprises doivent également faire face à des coupures d'eau, paralysant totalement leur activité.

Ces pertes, difficilement quantifiables à ce stade, concernent simultanément plusieurs composantes de la richesse nationale : production industrielle, commerce, restauration, services, logistique et agriculture irriguée.

Un troisième trimestre sous surveillance

Cette situation intervient dans un contexte où la croissance économique tunisienne demeure fragile depuis plusieurs années. Malgré quelques signes d'amélioration, l'économie peine à retrouver un rythme de croissance soutenu.

Au premier trimestre 2026, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 2,6 % en glissement annuel, mais a reculé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, traduisant déjà un certain essoufflement de l'activité.

Les résultats du deuxième trimestre seront publiés par l'Institut National de la Statistique (INS) le 15 août 2026. Mais c'est surtout le troisième trimestre, couvrant la période juillet-septembre, qui concentre désormais toutes les interrogations.

Les coupures d'électricité touchent précisément cette période estivale, durant laquelle plusieurs secteurs réalisent traditionnellement une part importante de leur activité annuelle. Si les délestages devaient se poursuivre à un rythme élevé, leur impact pourrait se diffuser à l'ensemble de l'économie.

Le commerce, les services marchands, la restauration, une partie de l'industrie manufacturière ainsi que certaines activités agricoles pourraient enregistrer un ralentissement simultané. Or, ces secteurs représentent une part significative de la valeur ajoutée nationale. Même sans parler officiellement de récession, un trimestre de croissance négative apparaît aujourd'hui comme un risque qui ne peut plus être écarté.

Le graphique ci-dessus illustre d'ailleurs cette vulnérabilité : après plusieurs trimestres de croissance positive, parfois modeste mais régulière, la dynamique économique semble perdre progressivement de son élan. Si le troisième trimestre venait effectivement à enregistrer une contraction du PIB, il s'agirait du premier recul trimestriel directement imputable à une contrainte énergétique de cette ampleur.

Un enjeu qui dépasse l'été 2026

Le véritable risque n'est peut-être pas celui d'un seul trimestre difficile.

Si les épisodes de fortes chaleurs deviennent plus fréquents sous l'effet du changement climatique, les tensions sur le réseau électrique pourraient se répéter chaque été. Les entreprises seraient alors confrontées à une nouvelle forme de risque structurel, susceptible de peser durablement sur leurs décisions d'investissement.

L'incertitude énergétique augmente le coût du capital, réduit la visibilité des entrepreneurs et fragilise l'attractivité du territoire pour les investisseurs, qu'ils soient nationaux ou étrangers. Une économie dont la continuité de production n'est plus garantie devient mécaniquement moins compétitive.

Faire de l'autonomie énergétique une priorité économique

Cette crise rappelle que la sécurité énergétique n'est plus uniquement une question environnementale ; elle constitue désormais un véritable enjeu de compétitivité.

L'une des réponses les plus efficaces consisterait à accélérer le déploiement des systèmes photovoltaïques hybrides, capables d'assurer une alimentation électrique même lors des coupures grâce au stockage par batteries. Contrairement aux installations photovoltaïques classiques, qui cessent généralement de fonctionner lorsque le réseau est interrompu, les systèmes hybrides permettent de maintenir l'alimentation des équipements essentiels.

Pour favoriser leur adoption, une réforme fiscale ambitieuse pourrait être envisagée dans la prochaine loi de finances. Elle consisterait à supprimer temporairement les droits de douane et la TVA sur l'ensemble des composants nécessaires à ces installationspanneaux photovoltaïques, onduleurs hybrides et batteries de stockage — afin de réduire significativement leur coût d'acquisition.

Une telle mesure représenterait certes un manque à gagner budgétaire immédiat. Mais elle pourrait être largement compensée à moyen terme par une économie plus productive, des entreprises moins vulnérables aux interruptions d'activité, une amélioration de la compétitivité et, in fine, une augmentation des recettes issues des impôts directs grâce à une croissance économique plus soutenue.

Transformer une crise en opportunité

La crise actuelle révèle les limites d'un modèle économique encore très dépendant d'une alimentation électrique centralisée. Elle offre également l'occasion d'accélérer la transition vers une économie plus résiliente.

Le véritable enjeu dépasse donc largement l'été 2026. Il s'agit de savoir si la Tunisie choisira de considérer ces délestages comme un simple épisode conjoncturel ou comme le signal d'alerte d'une transformation devenue indispensable.

Car au-delà de la question de savoir si le troisième trimestre 2026 enregistrera ou non une croissance négative, c'est surtout la capacité de l'économie tunisienne à garantir durablement la continuité de son activité qui sera déterminante pour préserver son potentiel de croissance, attirer les investissements et renforcer sa compétitivité dans les années à venir.

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