Tunis Stock Exchange
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Le déficit commercial de la Tunisie continue de se creuser à un rythme préoccupant. Au terme des huit premiers mois de 2026, il a atteint 17,854 milliards de dinars, en augmentation de 22,0 % par rapport à la même période de 2025. Ce montant représente l’équivalent de 70 jours d’importation, contre 57 jours un an auparavant. À lui seul, le déficit énergétique correspond désormais à 35 jours d’importation. Un déficit record sur les huit premiers mois de l’année Entre janvier et août 2026, les exportations tunisiennes de marchandises se sont établies à 44,672 milliards de dinars, contre 41,372 milliards une année auparavant, soit une progression de 8,0 %. Les importations ont, pour leur part, augmenté beaucoup plus rapidement, de 11,6 %, passant de 56,011 milliards de dinars à 62,525 milliards. Cette croissance différenciée des deux flux s’est traduite par un creusement du déficit commercial de 3,215 milliards de dinars. Celui-ci est ainsi passé de 14,639 milliards de dinars à fin août 2025 à 17,854 milliards à fin août 2026, soit une aggravation de 22,0 %. Le taux de couverture des importations par les exportations s’est, en conséquence, dégradé de 2,5 points, revenant de 73,9 % à 71,4 %. Autrement dit, pour 100 dinars de marchandises importées, les exportations n’ont généré que 71,4 dinars de recettes. La trajectoire mensuelle montre une accélération du déséquilibre à partir du mois de mai. Après avoir reculé sur un an en janvier et février, le déficit cumulé a augmenté de 3,6 % à fin mars, de 24,5 % à fin mai, de 27,0 % à fin juin, puis de 22,0 % à fin août. Avec près de 17,9 milliards de dinars, la Tunisie enregistre ainsi le déficit commercial le plus élevé jamais observé sur les huit premiers mois d’une année. À titre de comparaison, le déficit s’élevait à 16,9 milliards de dinars à fin août 2022, année qui détient encore le record annuel, avec 25,2 milliards de dinars. Ce record annuel devrait toutefois être dépassé en 2026. La projection disponible fait ressortir un déficit d’environ 26,7 milliards de dinars sur l’ensemble de l’année, soit près de 1,5 milliard de plus que le sommet enregistré en 2022. L’énergie représente désormais la moitié du déficit commercial. L’analyse par groupement sectoriel d’activité montre que la détérioration reste principalement alimentée par le secteur de l’énergie et des lubrifiants. Les exportations énergétiques ont certes progressé de 44,3 %, passant de 1,639 milliard de dinars à 2,365 milliards, grâce notamment à l’augmentation des ventes de produits raffinés. Mais cette hausse a été largement dépassée par celle des importations énergétiques, qui ont bondi de 28,5 %, à 11,295 milliards de dinars. Le déficit énergétique s’est ainsi creusé de 1,782 milliard de dinars, pour atteindre 8,930 milliards, contre 7,148 milliards à fin août 2025. Il représente désormais 50,02 % du déficit commercial total, contre 48,83 % un an auparavant. En d’autres termes, un dinar sur deux du déficit commercial tunisien provient directement de l’énergie. Les autres industries manufacturières constituent le deuxième grand foyer de déficit avec un solde négatif de 5,461 milliards de dinars, contre 5,285 milliards une année auparavant. La progression des exportations, limitée à 4,9 %, n’a pas suffi à compenser la hausse de 4,1 % des importations. Le secteur des industries mécaniques et électriques a également affiché un déficit important. Ses exportations ont progressé de 8,5 %, à 21,932 milliards de dinars, tandis que ses importations ont augmenté de 11,0 %, à 26,444 milliards. Son déficit s’est ainsi aggravé de 25,2 %, passant de 3,602 milliards à 4,512 milliards de dinars. Dans le secteur des mines, phosphates et dérivés, l’excédent commercial a fortement diminué, de 642,1 millions de dinars à seulement 134,5 millions. Les exportations ont reculé de 12,0 %, alors que les importations ont augmenté de 36,7 %. Le secteur demeure excédentaire, mais sa contribution positive à la balance commerciale a chuté de près de 79 %. Le textile, habillement et cuir conserve également un excédent, mais celui-ci s’est contracté de 24,9 %, à 1,298 milliard de dinars. Les exportations du secteur ont baissé de 4,8 %, tandis que ses importations ont légèrement progressé de 1,4 %. La situation s’est, en revanche, améliorée pour l’agriculture et les industries agroalimentaires. La forte croissance des exportations, de 20,8 %, à 6,666 milliards de dinars, a permis de ramener le déficit sectoriel de 974,9 millions à 384,1 millions de dinars. Un déséquilibre concentré dans le régime général La ventilation par régime met en évidence la dualité structurelle du commerce extérieur tunisien. Sous le régime général, les exportations ont atteint 12,977 milliards de dinars, en hausse de 14,4 %, tandis que les importations se sont élevées à 43,625 milliards, en progression de 13,9 %. Le déficit de ce régime s’est ainsi creusé de 13,7 %, passant de 26,959 milliards à 30,648 milliards de dinars. À l’inverse, le régime offshore a dégagé un excédent de 12,794 milliards de dinars, contre 12,320 milliards un an plus tôt, soit une amélioration de 3,8 %. Ses exportations ont progressé de 5,6 %, à 31,695 milliards de dinars, alors que ses importations ont augmenté de 6,7 %, à 18,901 milliards. Le régime offshore concentre ainsi près de 71 % des exportations tunisiennes, tandis que le régime général absorbe près de 70 % des importations. L’excédent généré par les entreprises offshore ne couvre toutefois qu’environ 42 % du déficit du régime général, laissant subsister le déséquilibre global de 17,854 milliards de dinars. Énergie, consommation et équipement creusent le déficit par groupe de produits. L’analyse par groupe de produits confirme que l’aggravation du déficit ne se limite pas à l’énergie. Avec un déficit de 8,930 milliards de dinars, les produits énergétiques restent le premier poste déficitaire. Leur contribution à la dégradation du solde entre les huit premiers mois de 2025 et ceux de 2026 atteint 1,782 milliard de dinars, soit plus de 55 % du creusement total du déficit. Les biens de consommation constituent un autre facteur majeur de détérioration. Leurs importations ont progressé de 8,2 %, à 14,481 milliards de dinars, alors que les exportations n’ont augmenté que de 1,4 %, à 12,244 milliards. Leur déficit a ainsi bondi de 71,7 %, passant de 1,303 milliard à 2,237 milliards de dinars. La situation s’est également dégradée pour les biens d’équipement. Les exportations ont reculé de 1,8 %, à 7,769 milliards de dinars, au moment où les importations progressaient de 6,2 %, à 10,894 milliards. Le déficit correspondant s’est creusé de 33,6 %, à 3,126 milliards de dinars. Le déficit des matières premières et demi-produits est, en revanche, resté presque stable, à 4,544 milliards de dinars, contre 4,532 milliards à fin août 2025. La hausse de 10,3 % des exportations a pratiquement compensé la progression de 7,9 % des importations. Seul le groupe de l’alimentation a significativement atténué le déséquilibre. Son excédent s’est renforcé de 684,1 millions à 983,1 millions de dinars, grâce à une progression des exportations de 20,7 %, supérieure à la hausse de 17,1 % des importations. Au total, l’énergie explique environ 55 % de l’aggravation du déficit, les biens de consommation 29 % et les biens d’équipement 24 %. L’amélioration de près de 299 millions de dinars de l’excédent alimentaire a partiellement compensé ces dégradations. Le déficit commercial représente 70 jours d’importation. À fin août 2026, les réserves en devises de la Tunisie s’élevaient à 25,543 milliards de dinars, soit l’équivalent de 100 jours d’importation. Le coût moyen d’une journée d’importation ressort ainsi à 255,4 millions de dinars, contre 256,5 millions une année auparavant. Rapportées à ce coût journalier, les importations énergétiques, qui ont atteint 11,295 milliards de dinars, représentent l’équivalent de 44 jours d’importation. À la même période de 2025, elles correspondaient à environ 34 jours. En une année, le poids des achats énergétiques s’est donc accru de dix jours d’importation. Le déficit commercial total de 17,854 milliards de dinars représente, quant à lui, près de 70 jours d’importation, contre 57 jours à fin août 2025. Sur ce total, le seul déficit énergétique de 8,930 milliards de dinars équivaut à 35 jours d’importation, contre environ 28 jours un an auparavant. Le déficit hors énergie représente également près de 35 jours, ce qui montre que la vulnérabilité extérieure de la Tunisie ne peut être réduite à la seule facture énergétique. Ces équivalences permettent de mesurer l’ampleur du déséquilibre commercial par rapport au stock de réserves en devises. Elles ne signifient toutefois pas que les importations ou le déficit sont prélevés, dinar pour dinar, sur les réserves : leur évolution dépend aussi des recettes touristiques, des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, des investissements, des emprunts extérieurs, du service de la dette extérieure et des autres flux de la balance des paiements. La dynamique observée en 2026 n’en reste pas moins préoccupante. La croissance des importations dépasse nettement celle des exportations, le taux de couverture se dégrade et l’énergie continue d’absorber une part considérable des ressources extérieures du pays. Sans ralentissement marqué des importations autres que celles présentant un caractère incompressible, notamment certains produits énergétiques, intrants et biens d’équipement indispensables, ou sans accélération des exportations durant les derniers mois de l’année, la Tunisie devrait enregistrer en 2026 un nouveau record annuel de déficit commercial. Sources : Institut national de la statistique, résultats du commerce extérieur à fin août 2026 ; Banque centrale de Tunisie ; calculs et retraitements Tera Finances.
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