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Plan de développement 2026-2030 : la Tunisie mise sur la planification ascendante
ECONOMIE

Plan de développement 2026-2030 : la Tunisie mise sur la planification ascendante

19/06/2026 22:46 173 vues Par Moez Hadidane

Le ministère de l'Économie et de la Planification a finalisé, en juin 2026, le projet de Plan de développement 2026-2030, dont le volet « Développement territorial » constitue l'un des piliers méthodologiques. Loin d'être un simple exercice de programmation budgétaire, ce document de 272 pages revendique une rupture avec les pratiques de planification qui ont prévalu en Tunisie depuis l'indépendance : pour la première fois, l'élaboration du plan suit une démarche ascendante, partant du local pour remonter vers le régional, l'interrégional puis le national, plutôt que l'inverse. Ce volet territorial ne comporte pas de cadrage macroéconomique national : aucune cible de croissance du PIB, d'inflation, de déficit budgétaire ou d'autres agrégats macroéconomiques n'y figure. Le document se concentre exclusivement sur la politique de développement territorial, son diagnostic et ses déclinaisons par district et par gouvernorat. Cette inversion de méthode s'appuie sur le nouveau découpage territorial instauré par le décret n°589 de 2023, qui substitue aux 24 gouvernorats traditionnels cinq grands « districts » associant chacun plusieurs gouvernorats. Les conseils locaux, régionaux puis de districts, élus dans le cadre de la nouvelle architecture institutionnelle, ont été chargés de délibérer sur les priorités de développement de leur espace territorial avant que leurs travaux ne soient synthétisés au niveau national. Un diagnostic territorial détaillé La partie diagnostique du plan dresse un tableau étayé des fractures qui traversent le territoire tunisien, à l'échelle des districts, des gouvernorats et même des délégations à l'intérieur d'un même gouvernorat. Le document s'appuie sur l'Indice de développement régional (IDR), calculé par l'Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives, dont l'évolution est retracée sur une décennie : la moyenne nationale est passée de 0,502 en 2015 à 0,484 en 2018, puis à 0,462 en 2021 et 0,461 en 2024. Le classement des gouvernorats et délégations selon cet indice est resté quasi stable sur la période, malgré la multiplication des programmes ciblant les régions intérieures. Sur le plan social, le document relève des écarts marqués dans l'accès aux services de base : le taux de couverture sociale effective varie de 56 % dans le cinquième district à 72 % dans le deuxième (zone du Grand Tunis et du Cap Bon), le raccordement à l'assainissement plafonne à 62 % au niveau national avec des taux descendant à 40 % dans le sud, et le décrochage scolaire dépasse 6 % à Kairouan, Kasserine, Sidi Bouzid et Mahdia contre 4,5 % en moyenne nationale. Le plan relie explicitement cette fragilité éducative à l'exode interne des jeunes vers les pôles économiques côtiers. Côté économique, le diagnostic pointe la concentration du tissu productif sur la bande littorale, la complexité du foncier (notamment les terres collectives dans les régions de l'intérieur et du sud), et la faible valeur ajoutée des activités agricoles et extractives qui dominent l'économie des zones intérieures. Sur le plan institutionnel, le plan évoque la dispersion des centres de décision, le chevauchement des compétences entre intervenants publics et la faiblesse des capacités humaines et financières des collectivités locales, facteurs présentés comme ayant historiquement limité l'impact des investissements publics. L'exécution des investissements 2021-2025 Le bilan chiffré de la période 2021-2025, détaillé dans le plan, donne la mesure de l'écart entre programmation et réalisation : Le plan impute ce sous-investissement à la lenteur des procédures administratives, aux difficultés d'accès au financement, à la faiblesse de la gouvernance de suivi et aux séquelles de la crise sanitaire. Des vulnérabilités climatiques cartographiées Le plan consacre également une place importante au diagnostic environnemental, s'appuyant sur une étude conjointe du ministère de l'Économie et du PNUD publiée en 2025. Il en ressort une cartographie des vulnérabilités : environ 60 % de la population est exposée à des degrés divers de sécheresse, 28 % à un risque de montée du niveau de la mer (les îles de Kerkennah, Djerba et Zarzis étant identifiées comme les zones les plus exposées), 25 % aux inondations fluviales et 25 % aux inondations par ruissellement de surface, concentrées dans le Nord-Ouest et le Nord-Est. Ces pressions s'ajoutent, selon le document, à une surexploitation des nappes phréatiques et à une salinisation croissante affectant l'activité agricole dans plusieurs régions. Une méthodologie inédite : la territorialisation ascendante Le plan distingue trois échelons de programmation. Au niveau local, les conseils ont fait remonter des priorités centrées sur l'amélioration des conditions de vie, l'emploi décent et les infrastructures de proximité. Au niveau régional, l'accent a porté sur l'attractivité économique et la valorisation des avantages différentiels de chaque territoire. Au niveau des districts enfin, les conseils ont mis l'accent sur la connectivité entre gouvernorats et l'attraction de grands projets structurants. Cette architecture s'accompagne d'un arsenal de réformes juridiques engagées depuis 2021 : création du Conseil national des régions et des districts (article 84 de la Constitution), mise en place des conseils locaux, régionaux et de districts par la loi organique n°4 de 2025, et institution d'un cadre légal pour les « sociétés communautaires » (الشركات الأهلية), simplifié par le décret n°3 de 2025. Le plan fixe à cet égard un objectif chiffré : passer de 230 sociétés communautaires créées fin 2025 à 800 à l'horizon 2030. Cinq orientations stratégiques Le plan structure son action autour de cinq axes : Des territoires capables de piloter leur propre développement : renforcement de la gouvernance locale, révision du statut des communes, réforme du foncier domanial, simplification des marchés publics. Des territoires porteurs de justice sociale et de capital humain : généralisation de la couverture sociale, développement des centres de santé régionaux, lutte contre le décrochage scolaire, inclusion économique des femmes et des jeunes. Des territoires résilients face aux défis environnementaux et climatiques : mobilisation des ressources hydrauliques, protection du littoral, gestion des déchets, adaptation au changement climatique. Des territoires moteurs de dynamique économique : diversification du tissu productif, économie verte, bleue et circulaire, sociétés communautaires, amélioration du climat des affaires, marketing territorial avec une marque dédiée à chaque district. Des territoires unis par l'intégration, la complémentarité et la solidarité : résorption de la fracture est-ouest, où plus de 80 % des activités économiques restent concentrées sur le littoral (Grand Tunis, Sousse, Sfax), développement d'infrastructures de désenclavement et mécanismes de péréquation entre collectivités. Le volet territorial égrène une série de projets structurants concrets et datés : autoroute Tunis-Jelma reliant les districts 2, 3 et 4, autoroute Bousalem-frontière algérienne, nouveau port en eau profonde à Enfidha, réhabilitation des lignes ferroviaires Tunis-Gabès et Tunis-Bizerte, étude d'une ligne ferroviaire à haute performance nord-sud, protection contre les inondations de 40 villes pour environ 1,1 milliard de dinars, et un programme national de réhabilitation de 160 quartiers populaires dont seuls 5 étaient achevés fin 2025. Cinq districts, cinq profils Le découpage en cinq districts répond à une logique de complémentarité des profils économiques. Le premier district (Bizerte, Béja, Jendouba, Le Kef) concentre les plus grandes forêts du pays et assure 61 % de la production nationale de céréales, 43 % des fourrages, 31 % du lait et 24 % des viandes rouges ; son tissu industriel compte 521 entreprises sur 34 zones industrielles. Le deuxième district (Tunis, Ariana, Ben Arous, Zaghouan, Manouba, Nabeul) regroupe le tiers de la population du pays et 44,2 % des entreprises actives, avec 38 % des unités industrielles nationales et 43 % de la main-d'œuvre industrielle ; il concentre aussi 34 % de la capacité hôtelière nationale. Le troisième district (Siliana, Sousse, Kasserine, Kairouan, Monastir, Mahdia) héberge environ un quart des entreprises privées du pays et un tissu industriel de 38 zones dédiées au textile, à la mécatronique, à la pharmacie et à l'agroalimentaire. Le quatrième district (Tozeur, Sidi Bouzid, Sfax, Gafsa) constitue le principal pôle minier et phosphatier, avec le port de Sfax et celui de la Skhira comme débouchés majeurs. Le cinquième district (Tataouine, Gabès, Kébili, Médenine) joue un rôle de plateforme frontalière, avec environ 4 millions de voyageurs et un million de véhicules transitant chaque année par les postes de Ras Jdir et Dhehiba. Priorités régionales déclinées par district Les plans de district, élaborés par les conseils élus, déclinent des priorités propres à chaque territoire : District 1 : valorisation des ressources naturelles, attractivité pour l'investissement privé, intégration entre gouvernorats, aménagement du territoire. District 2 : développement du capital humain, inclusion sociale, économie circulaire, gouvernance des fonctions métropolitaines. District 3 : équilibre et connectivité territoriale, diversification économique, chaînes de valeur, justice sociale. District 4 : économie durable et compétitive, justice sociale, environnement, gouvernance territoriale et institutionnelle. District 5 : économie compétitive à forte capacité d'emploi, justice sociale, indicateurs de développement humain, adaptation climatique. Le mécanisme de suivi prévu Le plan prévoit un dispositif de suivi-évaluation pour la période 2026-2030 : un rapport annuel d'avancement, une évaluation à mi-parcours, et la mise en place d'une banque de données unifiée recensant l'ensemble des projets publics programmés et leur état d'exécution. Ce dispositif s'accompagne de nouvelles réformes législatives annoncées pour la période : révision du code des collectivités locales, élaboration du code de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme, simplification des autorisations administratives et accélération du traitement des dossiers fonciers, notamment les terres collectives dans les districts 3, 4 et 5. Le projet de loi relatif au Plan de développement 2026-2030 est, à ce stade, entre les mains du Conseil des ministres, après examen par les conseils élus à l'échelle locale, régionale et de district.  

L’or vert tunisien : entre le record historique de volumes de 2020 et le record de valeur de 2024, 2026 démarre en trombe
ECONOMIE

L’or vert tunisien : entre le record historique de volumes de 2020 et le record de valeur de 2024, 2026 démarre en trombe

18/06/2026 23:50 126 vues Par Moez Hadidane

Les exportations tunisiennes d’huile d’olive continuent d'afficher une dynamique remarquable en 2026. Selon les données de l’Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI), la Tunisie a exporté 215,7 mille tonnes d’huile d’olive au cours des quatre premiers mois de l’année, pour une valeur totale de 2 633,1 millions de dinars, contre respectivement 138,2 mille tonnes et 1 758,6 millions de dinars à la même période de 2025. Les volumes exportés progressent ainsi de 56,1 %, tandis que les recettes augmentent de 49,7 %. Cette performance confirme le rôle stratégique de la filière oléicole dans l'approvisionnement du pays en devises, alors même que les prix internationaux amorcent une phase de normalisation après les sommets atteints ces dernières années. Une hausse des recettes portée avant tout par les volumes L'amélioration des résultats provient essentiellement de l'augmentation des quantités exportées. En quatre mois, les exportateurs tunisiens ont écoulé 77,5 mille tonnes supplémentaires par rapport à la même période de l'année précédente. Le prix moyen à l'exportation s'est en revanche légèrement replié, passant de 12,73 DT/kg à 12,21 DT/kg, soit une baisse de 4,1 %. Cette correction reste toutefois modérée et s'inscrit dans un contexte de détente progressive des cours mondiaux après la flambée observée en 2024. Malgré ce recul, les prix demeurent à des niveaux historiquement élevés, permettant aux recettes d’exportation de continuer à progresser fortement. Un rythme qui rappelle les meilleures années du secteur Pour apprécier la performance actuelle, il convient de la replacer dans une perspective historique. L'année 2025 avait déjà constitué un excellent millésime pour la filière avec : 318 mille tonnes exportées ; 4 072,8 millions de dinars de recettes ; une production nationale de 340 mille tonnes. Toutefois, contrairement à une idée répandue, 2025 ne constitue pas le record historique des volumes exportés. Ce record demeure détenu par l'année 2020, au cours de laquelle la Tunisie avait exporté 386,9 mille tonnes d'huile d'olive, profitant alors d'une récolte exceptionnelle et d'une forte demande internationale. L'évolution des volumes exportés au cours des dernières années illustre d'ailleurs la cyclicité du secteur : Les exportations de 2025 apparaissent ainsi comme les deuxièmes plus importantes de la période récente, derrière le pic historique de 2020. 2024 demeure l'année record en valeur Si 2020 reste la référence en matière de volumes, la hiérarchie est différente lorsqu'on s'intéresse aux recettes. Grâce à l'envolée sans précédent des prix internationaux provoquée par les faibles récoltes enregistrées dans plusieurs pays méditerranéens, 2024 demeure l'année record en valeur, avec près de 4 859 millions de dinars d'exportations. L'évolution des recettes illustre parfaitement l'effet prix observé ces dernières années : Ainsi, bien que les volumes exportés en 2025 aient été nettement supérieurs à ceux de 2024, les recettes ont été inférieures en raison de la baisse des prix mondiaux par rapport aux niveaux records atteints l'année précédente. Exportations mensuelles d’huile d’olive en 2025 : une activité concentrée sur le début et la fin de l’année L’analyse des exportations mensuelles d’huile d’olive en 2025 met en évidence une forte saisonnalité des expéditions tunisiennes, avec deux périodes particulièrement dynamiques : le premier trimestre et le dernier bimestre de l’année. Un début d'année 2026 prometteur Avec 215,7 mille tonnes exportées dès les quatre premiers mois de l'année, la Tunisie a déjà réalisé près de 68 % des volumes exportés sur l'ensemble de l'année 2025 et dépasse déjà le total annuel enregistré lors de plusieurs campagnes récentes, notamment celles de 2019, 2021, 2023 et 2024. Les 2,63 milliards de dinars générés représentent également près des deux tiers des recettes de l'ensemble de l'exercice 2025. Même si les prix internationaux poursuivent leur normalisation, le niveau élevé des disponibilités exportables devrait continuer à soutenir les performances du secteur au cours des prochains mois. Dans un contexte marqué par l'élargissement du déficit commercial tunisien, l'huile d'olive demeure plus que jamais l'un des principaux amortisseurs extérieurs de l'économie nationale et l'un des premiers pourvoyeurs de devises du pays.    

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