Tunis Stock Exchange
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AMEN BANK a achevé le premier semestre 2026 sur une performance opérationnelle solide, caractérisée par une progression soutenue du produit net bancaire, une amélioration sensible de la productivité et un renforcement significatif de la collecte. La banque a également poursuivi le développement de ses emplois, avec une augmentation modérée des crédits nets à la clientèle et une croissance beaucoup plus marquée de son portefeuille de titres. L’évolution de la structure des revenus montre toutefois que la progression du PNB repose de plus en plus sur les revenus du portefeuille, alors que la marge d’intérêt s’est légèrement contractée. Une progression modérée des crédits, accompagnée d’un renforcement du portefeuille de titres Au 30 juin 2026, l’encours net des créances à la clientèle s’est établi à 7 573,8 millions de dinars, contre 7 537,8 millions de dinars à la clôture de l’exercice 2025. La progression ressort ainsi à 36,0 millions de dinars, soit 0,5 %. Cette évolution demeure relativement modérée sur les six premiers mois de l’année, même si, sur une base annuelle, la banque indique que ses crédits nets ont augmenté de 5,6 % par rapport à fin juin 2025. Le portefeuille de titres a connu une évolution beaucoup plus soutenue. Son encours total a atteint 3 654,4 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 3 284,5 millions de dinars à fin décembre 2025, soit une hausse de 369,9 millions de dinars ou 11,3 %. Cette progression provient principalement du portefeuille de titres d’investissement, assimilable au banking book, dont l’encours est passé de 3 163,3 millions de dinars à 3 516,9 millions de dinars. L’augmentation atteint ainsi 353,6 millions de dinars, soit 11,2 %. Le portefeuille commercial, qui correspond aux titres de transaction ou trading book, a également progressé, passant de 121,2 millions de dinars à 137,5 millions de dinars, soit une hausse de 13,5 %. La structure du portefeuille demeure très largement dominée par les titres d’investissement, qui représentent 96,2 % de l’encours total au 30 juin 2026. Les titres commerciaux n’en constituent que 3,8 %. Cette répartition confirme que les placements financiers d’AMEN BANK répondent essentiellement à une logique de détention à moyen et long terme plutôt qu’à une activité de négociation à court terme. Une forte progression des dépôts, soutenue par les ressources les moins coûteuses Les dépôts et avoirs de la clientèle ont atteint 9 332,1 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 8 720,4 millions de dinars à fin 2025. La banque a ainsi renforcé sa collecte de 611,7 millions de dinars en six mois, ce qui correspond à une progression de 7,0 %. Cette hausse est principalement portée par les dépôts à vue, qui sont passés de 2 501,0 millions de dinars à 2 926,0 millions de dinars. Leur progression atteint 425,0 millions de dinars, soit 17,0 %. Les dépôts à vue constituent généralement la ressource la moins coûteuse pour une banque. Leur croissance soutenue représente donc une évolution favorable, susceptible de réduire le coût moyen de la collecte et de soutenir la marge d’intermédiation. Les comptes d’épargne ont, pour leur part, augmenté plus modérément. Ils se sont établis à 2 948,3 millions de dinars, contre 2 891,6 millions de dinars à fin 2025, soit une hausse de 56,7 millions de dinars ou 2,0 %. Ces ressources sont habituellement un peu plus onéreuses que les dépôts à vue, tout en demeurant moins coûteuses que les dépôts à terme. Les dépôts à échéance et les autres sommes dues à la clientèle, qui ne sont pas directement détaillés dans les indicateurs publiés, peuvent être calculés par différence entre le total des dépôts et la somme des dépôts à vue et des comptes d’épargne. Leur encours ressort ainsi à 3 457,9 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 3 327,8 millions de dinars à fin 2025. Ils ont donc progressé de 130,1 millions de dinars, soit 3,9 %. Au 30 juin 2026, les dépôts à vue représentent 31,4 % du total de la collecte, tandis que les comptes d’épargne en constituent 31,6 %. Les dépôts à échéance et les autres sommes dues à la clientèle conservent le poids le plus important, avec 37,1 % des dépôts. Cette dernière catégorie demeure généralement la plus onéreuse pour la banque. Néanmoins, l’essentiel de l’augmentation de la collecte au cours du semestre provient des dépôts à vue, ce qui traduit une amélioration qualitative de la structure des ressources. Les emprunts et ressources spéciales sont restés pratiquement stables. Leur encours s’est élevé à 709,4 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 709,9 millions de dinars à fin décembre 2025, soit une légère diminution de 0,5 million de dinars. Cette stabilité montre que la croissance des emplois a principalement été financée par la collecte auprès de la clientèle plutôt que par un recours supplémentaire aux ressources longues externes. Les capitaux propres hors résultat de la période se sont également maintenus à un niveau quasiment inchangé, à 1 581,6 millions de dinars, contre 1 581,7 millions de dinars à fin 2025. Une croissance du PNB alimentée par la hausse des revenus et la baisse du coût des ressources Les produits d’exploitation bancaire ont atteint 670,5 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 628,7 millions de dinars au premier semestre 2025. Leur progression s’est ainsi élevée à 41,8 millions de dinars, soit 6,7 %. Dans le même temps, les charges d’exploitation bancaire ont diminué de 320,6 millions de dinars à 308,1 millions de dinars. La baisse atteint 12,6 millions de dinars, soit 3,9 %. Cette évolution favorable traduit notamment une réduction des intérêts encourus et des charges assimilées, qui sont passés de 308,2 millions de dinars à 293,6 millions de dinars. Grâce à la combinaison de la progression des produits et du recul des charges bancaires, le produit net bancaire s’est établi à 362,4 millions de dinars au 30 juin 2026, contre 308,0 millions de dinars un an auparavant. La hausse atteint ainsi 54,4 millions de dinars, soit 17,7 %. Le PNB correspond bien à la différence entre 670,5 millions de dinars de produits d’exploitation bancaire et 308,1 millions de dinars de charges d’exploitation bancaire. Les revenus du portefeuille deviennent le principal moteur du PNB L’analyse des différentes composantes du produit net bancaire fait apparaître une évolution contrastée. La marge d’intérêt, calculée par différence entre les intérêts et revenus assimilés et les intérêts encourus et charges assimilées, s’est établie à 67,9 millions de dinars au premier semestre 2026. Elle atteignait 71,3 millions de dinars au premier semestre 2025. Elle enregistre donc un recul de 3,4 millions de dinars, soit 4,8 %. Cette baisse s’explique par le recul des intérêts et revenus assimilés, qui sont passés de 379,4 millions de dinars à 361,4 millions de dinars. La diminution du coût des ressources, matérialisée par la baisse des intérêts encourus, n’a pas suffi à compenser totalement la contraction des revenus d’intérêts. La marge sur commissions a évolué plus favorablement. Les commissions perçues ont atteint 79,3 millions de dinars, tandis que les commissions encourues se sont élevées à 14,5 millions de dinars. La marge nette sur commissions ressort ainsi à 64,8 millions de dinars, contre 62,9 millions de dinars au premier semestre 2025, soit une progression de 3,0 %. Le principal moteur de la croissance demeure toutefois les revenus du portefeuille, qui sont passés de 173,8 millions de dinars à 229,8 millions de dinars. Leur hausse atteint 55,9 millions de dinars, soit 32,2 %. À eux seuls, ces revenus expliquent plus que la totalité de la progression du PNB, puisqu’ils ont permis de compenser le recul de la marge d’intérêt. Cette évolution modifie sensiblement la structure des revenus de la banque. La marge d’intérêt représentait 23,2 % du PNB au 30 juin 2025. Son poids est tombé à 18,7 % au 30 juin 2026. Sur l’ensemble de l’exercice 2025, elle représentait 24,6 % du PNB. La contribution de la marge d’intérêt est donc devenue sensiblement plus faible au cours du premier semestre 2026. À l’inverse, les revenus du portefeuille représentaient 56,4 % du PNB au premier semestre 2025. Leur poids a progressé à 63,4 % au premier semestre 2026, contre 53,6 % sur l’ensemble de l’exercice 2025. Près des deux tiers du produit net bancaire d’AMEN BANK proviennent désormais des revenus du portefeuille de titres. Cette évolution soutient fortement la rentabilité à court terme, mais elle accroît également la dépendance des performances de la banque aux revenus générés par ses placements financiers. Des charges opératoires maîtrisées par rapport à la progression des revenus Les charges opératoires ont atteint 128,0 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 118,0 millions de dinars au premier semestre 2025. Elles ont ainsi progressé de 10,0 millions de dinars, soit 8,5 %. Leur hausse demeure toutefois nettement inférieure à celle du produit net bancaire, qui a augmenté de 17,7 %. Les frais de personnel se sont élevés à 91,1 millions de dinars, contre 84,4 millions de dinars un an auparavant, enregistrant une progression de 7,9 %. Les charges générales d’exploitation ont atteint 31,0 millions de dinars, contre 28,8 millions de dinars, soit une hausse de 7,8 %. Les dotations aux amortissements des immobilisations, se sont élevées à 5,8 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 4,8 millions de dinars au premier semestre 2025. Leur progression atteint ainsi 22,3 %. Malgré cette hausse des dépenses, l’évolution plus rapide du PNB a permis une nette amélioration de la productivité. Le coefficient d’exploitation, calculé en rapportant les charges opératoires au produit net bancaire, s’est établi à 35,3 % au 30 juin 2026, contre 38,3 % au 30 juin 2025. Plus ce ratio est faible, meilleure est l’efficacité opérationnelle de la banque. AMEN BANK a ainsi amélioré son coefficient d’exploitation de près de trois points en un an. Sur l’ensemble de l’exercice 2025, ce ratio s’établissait à 41,1 %, ce qui souligne davantage encore la performance réalisée au cours du premier semestre 2026. Une forte progression du résultat brut d’exploitation et de la marge brute Le résultat brut d’exploitation, calculé avant coût du risque par différence entre le produit net bancaire et les charges opératoires, a atteint 234,4 millions de dinars au premier semestre 2026. Il s’élevait à 190,0 millions de dinars un an auparavant. La progression atteint ainsi 44,4 millions de dinars, soit 23,4 %. Cette croissance, supérieure à celle du PNB, traduit l’effet positif de la maîtrise des charges opérationnelles. La banque a donc réussi à convertir une part plus importante de ses revenus bancaires en résultat avant impôt sur les sociétés (IS) et coût du risque. Le taux de marge brute, calculé en rapportant le résultat brut d’exploitation aux produits d’exploitation bancaire, s’est établi à 35,0 % au 30 juin 2026. Il était de 30,2 % au 30 juin 2025 et de 28,1 % sur l’ensemble de l’exercice 2025. L’amélioration atteint ainsi près de cinq points par rapport au premier semestre 2025 et près de sept points par rapport à l’ensemble de l’exercice précédent. Cette progression montre que la hausse des produits d’exploitation bancaire et la baisse des charges bancaires ont eu un effet favorable sur la capacité de la banque à générer un résultat opérationnel avant prise en compte du coût du risque. Un semestre également marqué par plusieurs initiatives stratégiques Au-delà de ses réalisations financières, AMEN BANK a poursuivi sa transformation technologique en lançant AMEN Pay’App. Cette solution de paiement électronique de type SoftPOS permet de transformer un smartphone Android compatible NFC en terminal de paiement sans contact. Elle offre ainsi aux commerçants et aux professionnels une solution d’encaissement mobile, sans recours obligatoire à un terminal de paiement traditionnel. La banque a également été désignée « Meilleure Banque Verte en Tunisie 2026 » par Global Banking and Finance Review, pour la troisième année consécutive. Cette distinction met en avant les efforts engagés par AMEN BANK pour développer des solutions de financement adaptées aux enjeux environnementaux et accompagner ses clients dans leurs démarches de durabilité. Le premier semestre a par ailleurs été marqué par l’arrangement d’un financement bancaire syndiqué de 160 millions de dinars au profit d’Enda Tamweel. AMEN BANK a coordonné cette opération en partenariat avec la BIAT, l’ATB et la BTK. Le financement doit permettre à Enda Tamweel de renforcer ses capacités d’intervention dans le domaine de la microfinance et de soutenir l’inclusion financière, notamment auprès des jeunes, des femmes et des populations des régions défavorisées. Conclusion AMEN BANK a réalisé un premier semestre 2026 solide, marqué par une forte progression de son produit net bancaire et une nette amélioration de son efficacité opérationnelle. La banque a bénéficié simultanément de la hausse des produits d’exploitation bancaire, de la baisse du coût de ses ressources et de la forte croissance des revenus de son portefeuille de titres. La progression des dépôts constitue également un point favorable, d’autant plus qu’elle a été largement portée par les dépôts à vue, qui représentent la ressource la moins coûteuse. Cette évolution contribue à améliorer la structure de financement de la banque et limite son recours à des ressources longues supplémentaires. La principale évolution à surveiller concerne néanmoins la structure du produit net bancaire. La contribution de la marge d’intérêt a diminué, tandis que celle des revenus du portefeuille a fortement augmenté pour dépasser 63 % du PNB. Cette configuration a largement soutenu les performances du semestre, mais elle traduit une dépendance croissante aux revenus issus des placements financiers. Dans l’ensemble, AMEN BANK aborde la seconde moitié de l’exercice 2026 avec une rentabilité opérationnelle renforcée, un coefficient d’exploitation en nette amélioration et une base de dépôts en forte progression. La performance finale de l’exercice dépendra toutefois de la capacité de la banque à maintenir cette dynamique tout en maîtrisant le coût du risque, qui n’est pas présenté dans les indicateurs d’activité trimestriels.
Chaque année, la publication des résultats des banques provoque le même débat. Les bénéfices élevés alimentent les critiques, parfois même l'indignation. Beaucoup s'interrogent : comment expliquer que les banques continuent de gagner autant d'argent alors que la croissance économique demeure faible, que les difficultés des entreprises persistent et que le pouvoir d'achat des ménages continue de se dégrader ? À première vue, la question paraît légitime. Pourtant, elle est souvent posée sous un mauvais angle. Car le véritable sujet n'est pas de savoir si les banques doivent ou non être bénéficiaires. Une banque rentable est une bonne nouvelle pour la stabilité du système financier. Le véritable débat porte davantage sur la manière dont ces bénéfices sont aujourd'hui générés et sur les conséquences que cette évolution peut avoir pour le financement de l'économie. Les résultats publiés au titre de l'exercice 2025 illustrent parfaitement cette mutation. Les douze banques cotées ont dégagé un bénéfice social cumulé de 1 570,7 millions de dinars, en progression limitée de 1,5 % après des hausses de 17,6 % en 2022, 5,6 % en 2023 et 8,2 % en 2024. Derrière cette apparente stabilité se cache pourtant une profonde transformation de leur modèle économique. Faire des bénéfices n'est pas un problème. Dans le débat public, on oublie souvent une évidence : une banque n'est pas une entreprise comme les autres. L'essentiel des ressources qu'elle utilise ne lui appartient pas. Elles proviennent des dépôts confiés par les ménages, les entreprises et les institutions. Chaque crédit accordé engage donc indirectement l'épargne de milliers de déposants. Dans ces conditions, la première responsabilité d'une banque n'est pas de financer tous les projets qui lui sont présentés. Sa première responsabilité est de protéger les dépôts qui lui sont confiés. C'est précisément pour cette raison que les banques sont soumises à des règles prudentielles parmi les plus strictes de toute l'économie. Les exigences de la Banque centrale et les accords internationaux de Bâle leur imposent de disposer en permanence de fonds propres suffisants pour couvrir les risques qu'elles prennent. Accorder des crédits à des emprunteurs insuffisamment solvables peut certes répondre à une logique sociale ou politique, mais cela reviendrait également à faire supporter ce risque aux déposants. Or une banque n'a pas vocation à devenir un organisme d'assistance. Son métier consiste avant tout à transformer une épargne de court terme en financements de long terme, tout en maîtrisant le risque. Des banques solides financent davantage l'économie. Il existe d'ailleurs un paradoxe rarement évoqué. Les bénéfices des banques sont souvent présentés comme un frein au financement de l'économie, alors qu'ils en constituent en réalité l'un des principaux moteurs. Chaque année, une partie importante des résultats est conservée sous forme de réserves, venant renforcer les fonds propres. Or ces fonds propres déterminent directement la capacité future des banques à distribuer de nouveaux crédits. Plus une banque est rentable, plus son ratio de solvabilité s'améliore. Plus ce ratio est élevé, plus elle dispose d'une marge de manœuvre pour financer de nouveaux projets sans mettre en péril son équilibre financier. En 2025, le ratio moyen de solvabilité des banques cotées ressort ainsi à 13,8 %, voire 15,7 % si l'on exclut la BTE dont les fonds propres demeurent dégradés. Cette solidité constitue précisément le socle permettant d'accompagner durablement l'économie. Des banques structurellement peu rentables ou fragilisées ne seraient pas davantage en mesure de financer les entreprises ; elles seraient simplement contraintes de réduire encore davantage leur prise de risque. Les banques ne sont pas responsables de l'investissement. Un autre amalgame mérite d'être levé. On reproche régulièrement aux banques de ne pas financer suffisamment les PME, les jeunes entreprises ou les projets innovants. Pourtant, les banques ne créent pas l'investissement. Leur rôle est de financer des projets présentant une probabilité raisonnable de remboursement. La responsabilité première du dynamisme de l'investissement appartient aux pouvoirs publics. Ce sont eux qui créent, ou non, un environnement favorable à l'initiative privée : stabilité juridique, visibilité fiscale, efficacité de la justice commerciale, rapidité des procédures administratives, disponibilité du foncier, qualité des infrastructures, sécurité des investisseurs et confiance des entrepreneurs. Lorsque le climat des affaires se détériore, le nombre de projets bancables diminue naturellement. Les banques deviennent alors plus sélectives, non par manque de volonté, mais parce que le risque économique augmente. Attendre des banques qu'elles compensent à elles seules les insuffisances du climat d'investissement reviendrait à leur demander d'assumer une mission qui dépasse largement leur vocation. Le développement économique ne peut reposer exclusivement sur le crédit bancaire. Il suppose d'abord une politique publique capable de restaurer la confiance, de stimuler l'investissement privé et de favoriser l'émergence de projets solides. Le véritable problème n'est pas le niveau des bénéfices Le véritable sujet réside davantage dans leur origine. L'exercice 2025 marque un tournant historique. Pour la première fois, la marge d'intérêt, cœur traditionnel du métier bancaire, cesse d'être la première source de revenus du secteur. Les revenus issus du portefeuille de titres progressent de 37,5 % en une seule année et représentent désormais 38,3 % du produit net bancaire, contre 35,2 % pour la marge d'intérêt. Autrement dit, les banques gagnent désormais davantage grâce à leurs investissements, principalement en bons du Trésor, qu'au financement direct de l'économie. Cette évolution n'est pas le résultat d'un choix idéologique. Elle répond simplement à une logique économique. Les bons du Trésor offrent aujourd'hui un rendement attractif, présentent un risque très faible et peuvent être facilement refinancés auprès de la Banque centrale. Face à une demande de crédit encore prudente et à un environnement économique plus incertain, cette allocation des ressources apparaît parfaitement rationnelle. Elle pose néanmoins une question fondamentale : une économie peut-elle durablement croître lorsque son système bancaire finance davantage l'État que les entreprises ? Les commissions et les gains de change alimentent le malaise. En revanche, certaines composantes des revenus bancaires suscitent davantage d'interrogations. Les commissions atteignent désormais 1,397 milliard de dinars, soit 19,1 % du produit net bancaire. Leur progression reste limitée (+0,9 %), mais leur poids demeure particulièrement élevé. Les gains de change connaissent également un redémarrage marqué. Après deux années de recul, ils progressent de 18,5 % pour atteindre 543 millions de dinars, représentant 7,4 % du PNB. Ces revenus sont souvent perçus différemment par l'opinion publique. Les commissions sont directement supportées par les ménages, les PME et les entreprises. Les gains de change pèsent essentiellement sur les opérateurs du commerce extérieur. Même lorsqu'ils respectent parfaitement le cadre réglementaire, leur importance nourrit un sentiment croissant d'injustice chez de nombreux acteurs économiques. Le débat mérite donc d'être ouvert. Non pas pour remettre en cause la rentabilité des banques, mais pour réfléchir à un équilibre plus satisfaisant entre la qualité des services rendus, leur tarification et la compétitivité de l'économie. L'État ne peut pas tout demander aux banques. Dans un contexte de ralentissement économique, la tentation est grande de faire porter aux banques une partie de la responsabilité du manque d'investissement. Cette approche est pourtant réductrice. Les établissements bancaires ne peuvent pas devenir simultanément des organismes de développement, des investisseurs publics, des fonds de garantie et des prêteurs de dernier ressort. Le financement des projets les plus risqués relève davantage des mécanismes publics de garantie, du capital-investissement, du capital-risque ou encore des dispositifs d'accompagnement des PME. Chaque acteur possède sa mission. Les banques financent les projets viables. Les pouvoirs publics créent les conditions permettant à ces projets de voir le jour. Confondre ces deux responsabilités reviendrait à fragiliser le système bancaire sans résoudre les difficultés structurelles de l'investissement. Le défi des prochaines années Les résultats de 2025 montrent finalement des banques solides, rentables et globalement bien capitalisées. C'est incontestablement une bonne nouvelle pour la stabilité financière du pays. Mais ils révèlent également une transformation profonde de leur modèle économique. La rentabilité dépend désormais davantage des revenus du portefeuille de titres, des commissions et des opérations de change que du financement traditionnel de l'économie. Cette évolution est parfaitement compréhensible dans le contexte actuel. Elle ne pourra toutefois constituer un modèle durable. À moyen terme, la véritable croissance du secteur bancaire dépendra de sa capacité à retrouver progressivement son rôle historique de financeur de l'économie productive. Cela suppose néanmoins que les entreprises retrouvent elles-mêmes des perspectives d'investissement suffisamment attractives et que l'environnement économique encourage davantage la prise d'initiative. La véritable question n'est donc pas de savoir si les banques gagnent trop d'argent. La véritable question est de savoir si l'économie tunisienne crée aujourd'hui suffisamment de projets solides, rentables et bancables pour permettre aux banques de redevenir pleinement des financeurs de la croissance. C'est probablement sur ce terrain que devrait désormais se concentrer le débat.