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La Douane tunisienne poursuit, avec l’appui de la Corée du Sud, la préparation d’un système électronique destiné à gérer les règles d’origine prévues par les accords commerciaux. L’outil pourrait sécuriser l’application des tarifs préférentiels et simplifier les démarches des entreprises, mais son calendrier de déploiement opérationnel reste à préciser. La Tunisie franchit une nouvelle étape dans la numérisation de ses procédures douanières. Une équipe d’experts tunisiens et sud-coréens travaille à la conception d’un système électronique intégré consacré à la gestion de l’origine des marchandises. Cette phase préparatoire doit permettre d’étudier les procédures actuelles, de déterminer les besoins de l’administration et des entreprises, puis de définir l’architecture technique de la future plateforme. Les travaux annoncés doivent se poursuivre jusqu’au 18 septembre 2026. Le projet est mené en coopération avec l’administration douanière sud-coréenne et bénéficie d’un financement de la Corée du Sud. Il s’inscrit dans le prolongement du procès-verbal signé par les deux parties en août 2025 et du lancement officiel de la mise en œuvre annoncé en avril 2026. L’objectif est de permettre à la Douane et aux opérateurs économiques de déterminer et de gérer électroniquement l’origine des marchandises en fonction des règles prévues par les différents accords commerciaux conclus par la Tunisie. Il convient toutefois de distinguer le lancement du projet de sa mise en service effective. À ce stade, les informations communiquées portent principalement sur les travaux de préparation et de conception. La date à laquelle les entreprises pourront utiliser la plateforme n’a pas encore été précisée. L’origine détermine le traitement douanier L’origine douanière correspond au pays dans lequel une marchandise est considérée comme ayant été entièrement obtenue ou suffisamment transformée. Elle ne doit pas être confondue avec sa provenance immédiate : un produit expédié depuis un pays donné peut avoir une autre origine selon les matières utilisées et les opérations de transformation réalisées. Cette distinction joue un rôle déterminant dans le commerce extérieur. Lorsqu’un accord prévoit un tarif préférentiel, la réduction ou la suppression des droits de douane ne dépend pas uniquement du pays depuis lequel le produit est expédié. L’entreprise doit aussi démontrer que la marchandise respecte les règles d’origine établies par cet accord. Ces règles peuvent notamment fixer : la proportion maximale de matières non originaires pouvant entrer dans la fabrication ; la transformation minimale devant être effectuée localement ; un changement obligatoire de classement tarifaire ; une valeur ajoutée minimale ; ou encore des conditions propres à chaque catégorie de produits. Pour les exportateurs, une erreur dans la détermination de l’origine peut entraîner le refus du tarif préférentiel, un rappel de droits de douane ou des retards dans le dédouanement. Elle peut également fragiliser la relation avec le client étranger lorsque celui-ci comptait sur l’exonération prévue par l’accord commercial. Un moteur de règles plutôt qu’un simple document numérique Le futur système ne devrait donc pas se limiter à convertir un formulaire papier en fichier électronique. Son intérêt réside surtout dans la possibilité d’intégrer les règles propres à chaque accord et à chaque produit afin d’aider l’opérateur à déterminer le régime applicable. En renseignant la nomenclature douanière de la marchandise, sa composition, l’origine de ses intrants et les opérations de transformation effectuées, l’entreprise pourrait être orientée vers la règle pertinente. Les services douaniers disposeraient, de leur côté, d’un cadre plus homogène pour contrôler les déclarations. Une telle automatisation peut réduire les divergences d’interprétation et accélérer le traitement des dossiers. Elle peut également améliorer la traçabilité des justificatifs et faciliter leur consultation lors des contrôles. Le gain dépendra cependant du périmètre réel du système. Les autorités n’ont pas encore indiqué si la plateforme couvrira uniquement la détermination des règles applicables ou si elle permettra aussi de déposer les justificatifs, de demander un certificat d’origine et d’échanger électroniquement des informations avec les administrations des pays partenaires. Un enjeu important pour les exportateurs tunisiens La numérisation des règles d’origine concerne directement les industries tunisiennes intégrées aux chaînes de valeur internationales. Le textile-habillement, les composants automobiles, les équipements électriques, l’agroalimentaire et plusieurs activités mécaniques utilisent des matières premières ou des composants importés avant de réexporter les produits transformés. Dans ces secteurs, l’accès au tarif préférentiel dépend du respect de règles parfois complexes. Une entreprise doit pouvoir déterminer si les opérations réalisées en Tunisie suffisent à conférer l’origine tunisienne au produit final. L’enjeu est particulièrement important dans les échanges avec l’Union européenne, principal partenaire commercial du pays. La Tunisie applique également des dispositifs préférentiels dans le cadre d’autres accords bilatéraux, régionaux ou multilatéraux. Une plateforme correctement conçue pourrait réduire le temps consacré à la vérification des critères, améliorer la sécurité juridique des déclarations et aider les petites entreprises ne disposant pas d’un service spécialisé en commerce international. Elle ne supprimera toutefois pas la responsabilité de l’exportateur. L’entreprise devra toujours conserver des données fiables sur ses fournisseurs, ses intrants, ses coûts et ses opérations de fabrication. Un résultat calculé électroniquement ne peut être exact que si les informations saisies le sont également. La réforme intervient dans un contexte réglementaire plus complexe Le projet prend une importance particulière avec l’évolution des règles d’origine préférentielles dans l’espace paneuro-méditerranéen. Ces dispositions encadrent notamment la manière dont les entreprises peuvent combiner des matières provenant de plusieurs pays partenaires tout en conservant le bénéfice d’un traitement préférentiel. Le « cumul d’origine » peut renforcer l’intégration régionale en permettant, sous certaines conditions, d’utiliser des composants provenant de pays partenaires sans perdre l’origine préférentielle. Mais il rend aussi la détermination de l’origine plus technique, car l’entreprise doit identifier les accords applicables, les pays participant au cumul et les justificatifs nécessaires. L’intégration de ces paramètres dans un système électronique pourrait rendre les règles plus accessibles. Elle devrait également limiter le risque que deux opérateurs ou deux bureaux de douane interprètent différemment une même disposition. La qualité du système dépendra néanmoins de la rapidité avec laquelle sa base réglementaire sera actualisée. Les accords, les protocoles d’origine et les règles spécifiques par produit évoluent. Une plateforme qui ne serait pas régulièrement mise à jour risquerait de fournir des résultats dépassés. La numérisation ne garantit pas automatiquement une simplification Le projet peut contribuer à améliorer le climat des affaires, mais son effet dépendra de son intégration à l’ensemble de la chaîne du commerce extérieur. Pour éviter de créer une formalité électronique supplémentaire, le futur système devra pouvoir dialoguer avec les plateformes déjà utilisées par les opérateurs, notamment les services en ligne de la Douane et, lorsque cela est pertinent, Tunisia TradeNet. Il faudra également préciser si les données déjà déclarées dans un autre système pourront être réutilisées. L’obligation de saisir plusieurs fois les mêmes informations réduirait fortement les gains attendus. La sécurité informatique constituera un autre enjeu. Les données relatives à la composition des produits, aux fournisseurs, aux coûts de production et aux procédés industriels peuvent présenter un caractère commercial sensible. Leur hébergement, leur accès et leur conservation devront être encadrés. Enfin, la réussite du dispositif supposera un accompagnement des entreprises. Des guides pratiques, des outils de simulation et des formations seront nécessaires pour permettre aux opérateurs, en particulier aux PME, de comprendre les résultats produits par le système. Plusieurs éléments restent à préciser La coopération avec la Corée du Sud apporte à la Tunisie une expertise reconnue dans la modernisation des administrations douanières. Le financement coréen peut également réduire le coût initial supporté par l’État tunisien. Les autorités doivent néanmoins encore communiquer plusieurs informations essentielles : le budget du projet, son calendrier complet, les accords qui seront couverts lors de la première phase et la date prévue pour son ouverture aux entreprises. Il reste aussi à déterminer si le dispositif intégrera la délivrance électronique des preuves d’origine, s’il sera relié aux systèmes des partenaires commerciaux et si sa mise en œuvre modifiera les procédures actuellement suivies par les exportateurs. La numérisation des règles d’origine peut devenir un véritable outil de facilitation des échanges si elle raccourcit les délais, sécurise l’accès aux préférences tarifaires et réduit les erreurs. Pour produire ces effets, le projet devra cependant dépasser la seule informatisation interne et aboutir à un service opérationnel, interconnecté et facilement accessible aux entreprises.
La Banque centrale de Tunisie veut se doter d’un système permettant de collecter et de centraliser des informations beaucoup plus détaillées sur les crédits. À travers ce projet, l’Institut d’émission entend renforcer le suivi des risques bancaires, améliorer sa vision de l’endettement et disposer d’outils de surveillance à la fois microprudentielle et macroprudentielle. La Banque centrale de Tunisie (BCT) prépare la mise en place d’un nouveau dispositif de centralisation des données granulaires relatives aux crédits. Le projet fait l’objet d’un appel d’offres international dont la date limite de réception des offres a été prolongée jusqu’au 21 septembre 2026 à 15 h 30. Au-delà de sa dimension informatique, cette initiative traduit une évolution importante dans la manière dont la BCT souhaite recueillir, structurer et exploiter l’information sur les financements accordés par le système financier. L’objectif annoncé est de garantir une meilleure surveillance de la stabilité financière grâce à un suivi plus précis des risques, aussi bien au niveau de chaque établissement qu’à l’échelle de l’ensemble du système financier. Des informations détaillées, crédit par crédit La principale nouveauté réside dans le caractère « granulaire » des données qui seront centralisées. Contrairement à une information globale ou agrégée par banque, secteur ou catégorie d’emprunteurs, une donnée granulaire descend à un niveau beaucoup plus fin, potentiellement jusqu’à chaque contrat de crédit. Selon l’avis d’appel d’offres, le futur dispositif devra notamment permettre de collecter des données relatives aux contrats de crédit, ainsi que des informations financières et comptables. Le système pourrait ainsi offrir à la BCT une vision beaucoup plus complète des caractéristiques des financements accordés : nature du crédit, montant, durée, échéancier, situation du remboursement, garanties associées ou encore profil financier de l’emprunteur. Le contenu précis des données à transmettre, leur fréquence de déclaration et les établissements concernés devront toutefois être définis dans le cahier des charges et dans le cadre réglementaire qui accompagnera le dispositif. Cette approche permettrait de passer d’une photographie générale de l’endettement à une lecture beaucoup plus précise de la structure et de la qualité des crédits. Une meilleure surveillance des établissements financiers À l’échelle microprudentielle, le nouveau dispositif devrait renforcer la capacité de la BCT à surveiller les risques propres à chaque banque ou établissement déclarant. L’Institut d’émission pourrait notamment mieux apprécier la qualité des portefeuilles de crédits, identifier les concentrations sur certains clients, groupes économiques ou secteurs d’activité et suivre l’évolution des engagements présentant des signes de fragilité. Une base de données détaillée faciliterait également les comparaisons entre établissements. Elle pourrait permettre à la BCT de repérer plus rapidement une progression inhabituelle du risque, une forte exposition à un secteur déterminé ou une détérioration de la capacité de remboursement de certaines catégories d’emprunteurs. Le dispositif constituerait ainsi un outil supplémentaire de supervision bancaire, complémentaire aux états réglementaires et comptables périodiquement transmis à la Banque centrale. Une vision plus fine des risques systémiques Le projet répond également à un objectif macroprudentiel. Il ne s’agit plus seulement d’évaluer la situation individuelle d’une banque, mais d’identifier les vulnérabilités susceptibles d’affecter l’ensemble du système financier. La centralisation de données granulaires pourrait, par exemple, aider la BCT à mesurer plus précisément l’exposition globale du secteur bancaire à l’immobilier, au tourisme, à l’industrie, au commerce ou à d’autres branches d’activité. Elle permettrait aussi d’évaluer la concentration des financements sur un nombre limité de groupes, de régions ou de catégories d’emprunteurs. En période de ralentissement économique ou de choc sectoriel, ces données pourraient être utilisées pour réaliser des simulations et des tests de résistance plus précis. La BCT serait ainsi mieux équipée pour estimer les conséquences d’une hausse des défauts, d’une dégradation de la situation financière des entreprises ou d’un choc touchant simultanément plusieurs secteurs. Le nouveau dispositif pourrait également améliorer la qualité des statistiques sur le crédit et éclairer les décisions en matière de politique monétaire, de supervision et de stabilité financière. Un remplacement de la Centrale des risques ? La BCT dispose déjà d’une Centrale des risques, utilisée pour recenser les engagements des bénéficiaires de crédits et permettre aux établissements financiers de mieux apprécier leur niveau d’endettement. Le dispositif envisagé semble toutefois poursuivre une ambition plus large. L’appel d’offres évoque explicitement l’élargissement de l’étendue de l’information sur le crédit, ainsi que la collecte de données contractuelles, financières et comptables détaillées. Il serait néanmoins prématuré d’affirmer que la nouvelle plateforme remplacera la Centrale des risques actuelle. L’avis publié ne mentionne ni sa suppression, ni la migration de ses données, ni le transfert de ses fonctions vers le futur système. À ce stade, le projet doit donc plutôt être compris comme un enrichissement et une modernisation de l’architecture de centralisation des informations sur le crédit. Le nouveau dispositif pourrait fonctionner en complément de la Centrale des risques, s’y intégrer ou, à terme, servir de socle à une refonte plus profonde. Les modalités d’articulation entre les deux systèmes ne sont pas encore précisées dans les documents rendus publics. Un enjeu de qualité et de protection des données La réussite du projet dépendra largement de la qualité des informations transmises. Les données devront être complètes, correctement harmonisées entre les établissements et régulièrement actualisées afin de produire une image fiable du risque de crédit. La collecte d’informations aussi détaillées soulèvera également des enjeux importants en matière de confidentialité, de sécurité informatique et de protection des données. La BCT devra notamment encadrer les conditions d’accès au système, la traçabilité des consultations et la sécurisation des échanges avec les établissements déclarants. Une donnée granulaire n’est réellement utile que si elle est fiable, comparable et protégée. Vers une supervision davantage fondée sur les données Avec ce projet, la Banque centrale semble vouloir faire évoluer son dispositif de surveillance vers une approche davantage fondée sur l’exploitation de données détaillées. Le futur système pourrait lui permettre de détecter plus tôt les fragilités, d’affiner l’évaluation de la qualité des crédits et de mieux anticiper la propagation d’un risque individuel à l’ensemble du secteur financier. Il reste toutefois plusieurs inconnues concernant le calendrier de déploiement, les établissements appelés à alimenter la plateforme, la fréquence des déclarations et l’articulation avec la Centrale des risques existante. L’appel d’offres constitue donc une première étape. Il révèle néanmoins clairement l’orientation retenue par la BCT : disposer d’une connaissance plus complète, plus précise et plus rapidement exploitable du crédit dans l’économie tunisienne.