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Le paradoxe monétaire tunisien : une monétisation en trompe-l'œil
ECONOMIE

Le paradoxe monétaire tunisien : une monétisation en trompe-l'œil

20/08/2026 23:40 153 vues Par Moez Hadidane

Quand la hausse du taux de monétisation (M3/PIB) masque une préférence croissante pour les espèces : lecture croisée avec le taux de fiduciarisation (billets et monnaie/M3), et éclairage comparatif — Maroc, Égypte et économies avancées. Données : Banque Centrale de Tunisie (2014, 2021–2025, juin 2026) ; Banque mondiale ; Bank Al-Maghrib ; Banque centrale d'Égypte ; BCE ; Federal Reserve. 1. Introduction La lecture de deux ratios monétaires suffit souvent à résumer la trajectoire financière d'un pays : le taux de monétisation de l'économie, qui rapporte la masse monétaire M3 au PIB, et le taux de fiduciarisation, qui mesure la part des billets et pièces au sein de cette même masse monétaire. Le premier renseigne sur la profondeur financière de l'économie ; le second, souvent qualifié de taux de préférence pour les espèces, renseigne sur la manière dont cette monnaie est détenue — au sein du système bancaire ou en dehors de lui. Sur la période 2021–2025, la Tunisie a connu une hausse conjointe et significative de ces deux indicateurs : le taux de monétisation est passé de 77,0% à 85,1%, tandis que le taux de fiduciarisation a progressé de 17,0% à 18,3%, pour atteindre 19,2% à fin juin 2026. Cette double hausse n'est pas anodine : elle signifie que l'économie tunisienne se monétise plus vite que sa richesse ne croît, et que, dans le même temps, une part croissante de cette monnaie échappe au circuit bancaire. Cette note propose une lecture économique de cette dynamique, avant de la replacer dans un contexte régional et international. 2. Deux indicateurs, deux lectures de la structure monétaire 2.1. Le taux de monétisation (M3/PIB) : la profondeur financière Le taux de monétisation rapporte un stock (la masse monétaire M3, mesurée à une date donnée) à un flux annuel (le PIB nominal). Il mesure le poids de la monnaie en circulation dans l'économie et sert, au niveau international, de proxy standard du degré de développement financier ou de « profondeur financière » (financial depth). Un ratio élevé et croissant traduit en principe un approfondissement du système financier : hausse de l'épargne financière, élargissement de l'intermédiation bancaire, confiance accrue dans la monnaie nationale. Ce diagnostic positif doit toutefois être nuancé lorsque la hausse du ratio provient d'une masse monétaire qui croît nettement plus vite que le PIB réel. Dans ce cas, l'économie n'absorbe pas la totalité de la liquidité créée sous forme de production supplémentaire, ce qui peut annoncer des tensions inflationnistes, une création monétaire liée au financement du déficit public, ou une accumulation d'épargne de précaution plutôt qu'un financement de l'investissement productif. 2.2. Le taux de fiduciarisation (currency ratio) : la préférence pour les espèces Le taux de fiduciarisation, ou currency ratio, rapporte les billets et pièces en circulation à la masse monétaire M3. Il mesure la part de la monnaie totale que le public choisit de détenir sous forme liquide plutôt que sous forme de dépôts bancaires ou d'épargne. C'est un indicateur central de la théorie du multiplicateur monétaire : plus ce ratio est élevé, plus la monnaie « fuit » hors du circuit bancaire, ce qui réduit la capacité des banques à transformer les dépôts en crédit. Un niveau élevé de ce ratio est généralement associé à un faible taux de bancarisation, à un poids important de l'économie informelle — où le cash reste le moyen de paiement dominant car moins traçable —, à une préférence culturelle pour la liquidité, ou encore à une méfiance conjoncturelle envers le secteur bancaire. À l'inverse, sa baisse tendancielle traduit généralement la dématérialisation des paiements et l'inclusion financière croissante. À retenir Le taux de monétisation qualifie la profondeur financière globale de l'économie ; le taux de fiduciarisation qualifie la manière dont cette monnaie est détenue à l'intérieur de M3. Les deux indicateurs sont complémentaires et doivent être lus ensemble : une hausse conjointe, comme observée en Tunisie, mérite une interprétation spécifique développée en section 5. 3. L'évolution de M3 en Tunisie 2021–2025 : dynamique et composition Entre fin 2021 et fin 2025, la masse monétaire M3 tunisienne est passée de 101,3 à 146,9 milliards de dinars, soit une progression de 45,0% (+45,7 milliards de dinars). Cette hausse est nettement supérieure à celle du PIB nominal sur la même période (+31,2%, soit +41,1 milliards de dinars), alors même que l'économie réelle n'a progressé que de 7,7% en cumulé (soit 1,9% par an en moyenne) et que les prix à la consommation ont augmenté de 32,6% sur la période. M3 a donc crû à un rythme sensiblement supérieur à celui du PIB nominal — écart qui explique mécaniquement la hausse du taux de monétisation détaillée en section 4. Figure 1 — Contribution de chaque composante à la hausse de M3 (2021–2025) La décomposition de cette hausse de 45,7 milliards de dinars montre une progression relativement équilibrée entre les grandes composantes de M3, mais avec un enseignement clé : les billets et monnaie en circulation constituent, à eux seuls, la troisième source de progression de M3 (+10,0 milliards, 22% de la hausse totale), juste derrière l'épargne bancaire (+11,9 milliards, 26%) et la monnaie scripturale (+10,7 milliards, 23%), et devant les dépôts à terme (+5,2 milliards, 11%). Autrement dit, la progression du cash en circulation a été aussi rapide — en contribution absolue — que celle des dépôts bancaires classiques, alors que ces derniers regroupent plusieurs sous-catégories. En taux de croissance, cet écart est encore plus net : les billets et monnaie en circulation ont progressé de 58% sur la période, soit le rythme le plus rapide de toutes les composantes de M3, devant l'épargne postale (56,6%), l'épargne bancaire (46,4%) et la monnaie scripturale (38,5%). C'est ce différentiel de croissance qui explique la hausse simultanée du taux de fiduciarisation, analysée en section 5. 4. Le taux de monétisation de l'économie tunisienne : une hausse continue   Figure 2 — Taux de monétisation de l'économie tunisienne, 2014–2025 Le taux de monétisation de l'économie tunisienne a connu une trajectoire haussière quasi ininterrompue depuis 2014 : de 65,3% cette année-là, il atteint 77,0% fin 2021, puis 85,1% fin 2025 — soit un gain de près de 20 points de pourcentage en une décennie, dont plus de 8 points sur les quatre seules dernières années. Cette accélération récente coïncide avec la période post-Covid, marquée par une création monétaire soutenue (financement partiel du déficit budgétaire par la Banque Centrale et par le système bancaire, hausse de l'épargne de précaution des ménages) conjuguée à une croissance réelle modeste (1,9% par an en moyenne). Cette hausse doit se lire avec une certaine prudence. D'un côté, elle peut être interprétée positivement comme un signe d'approfondissement financier : plus de dépôts, plus d'épargne bancaire et postale, un système financier qui capte une part croissante de la richesse nationale. De l'autre, le fait que M3 croisse près de deux fois plus vite que le PIB nominal (45,0% contre 31,2% sur quatre ans) — pour une croissance réelle limitée à 1,9% par an — signale que la création monétaire n'a été que partiellement absorbée par une hausse équivalente de l'activité réelle. Une partie de cet excédent de liquidité s'est logiquement reportée sur les prix : l'inflation cumulée de 32,6% sur la période, à comparer aux 7,7% de croissance réelle, en est l'illustration la plus directe. 5. Le taux de fiduciarisation : une préférence pour les espèces qui s'accentue   Figure 3 — Taux de fiduciarisation en Tunisie, 2014–juin 2026 Le taux de fiduciarisation suit une trajectoire tout aussi régulière : 15,3% en 2014, 17,0% en 2021, 18,3% en 2025, et déjà 19,2% à fin juin 2026 — soit un point de plus en seulement six mois. Ce dernier chiffre est à interpréter avec prudence, une donnée semestrielle pouvant intégrer un effet saisonnier (dépenses estivales, tourisme, transferts des Tunisiens résidant à l'étranger), mais la tendance de fond, elle, est sans ambiguïté depuis plus de dix ans. Le point saillant de cette évolution est le paradoxe apparent qu'elle dessine : les dépôts bancaires ont eux aussi fortement augmenté sur la période (épargne bancaire +46,4%, dépôts à vue +38,5%, dépôts à terme +36,5%), ce qui pourrait suggérer un renforcement de la bancarisation. Mais la préférence pour les espèces progresse plus vite encore que l'ensemble de ces dépôts, ce qui traduit un comportement dual des agents économiques : une partie de la monnaie créée alimente les circuits bancaires formels, tandis qu'une part au moins équivalente — et en proportion croissante — reste ou redevient liquide, hors bilan bancaire. Plusieurs facteurs, non exclusifs les uns des autres, peuvent expliquer cette dynamique : le poids structurel de l'économie informelle en Tunisie, où le cash demeure le moyen de paiement de référence ; une logique de détention de précaution dans un contexte de forte inflation (32,6% cumulés sur la période), les ménages pouvant privilégier la disponibilité immédiate de liquidités plutôt que des dépôts rémunérés à des taux réels parfois négatifs ; un rythme de digitalisation des paiements encore limité comparé à d'autres économies émergentes ; et, plus ponctuellement, des comportements de thésaurisation liés à l'incertitude économique. 6. Comparaison internationale Comment ces deux niveaux tunisiens se situent-ils par rapport à des économies comparables (Maroc, Égypte) et à des économies avancées ? Les données disponibles, de sources hétérogènes mais recoupées, permettent une comparaison éclairante — avec la réserve méthodologique que certains ratios reposent sur des agrégats monétaires légèrement différents (M2 pour les États-Unis et l'Égypte faute de série M3 publiée, M3 pour la Tunisie, le Maroc et la zone euro). 6.1. Le taux de monétisation : la Tunisie dans la moyenne basse   Figure 4 — Taux de monétisation (M3/PIB), comparaison internationale Sur le plan de la profondeur financière, la Tunisie (85,1%) se situe dans une fourchette proche de l'Égypte (83,7%) et sensiblement en dessous des États-Unis (98,8%) et surtout du Maroc (118,5%), dont le système bancaire est structurellement plus profond — conséquence d'une bancarisation plus ancienne et d'un secteur financier plus développé. La comparaison avec la Chine (227,7%) et le Japon (256,7%) relève d'un autre registre : ces deux économies affichent des taux de monétisation parmi les plus élevés au monde, propres à des systèmes financiers bancaro-centrés à très fort taux d'épargne domestique, et ne constituent pas un point de comparaison structurel pertinent pour la Tunisie. Dans ce paysage, la hausse tunisienne récente (77,0% à 85,1% en quatre ans) n'a rien d'atypique : elle rapproche la Tunisie du niveau marocain sans pour autant l'atteindre, et reste cohérente avec une trajectoire de financiarisation progressive observée dans plusieurs économies de la région. 6.2. Le taux de fiduciarisation : la Tunisie proche du Maroc et de l'Égypte, loin des économies avancées   Figure 5 — Taux de fiduciarisation, comparaison internationale L'écart est ici beaucoup plus marqué. La zone euro affichait un ratio banknotes/M3 de seulement 9,9% (dernière donnée détaillée disponible, 2019 ; en hausse tendancielle depuis l'introduction de l'euro mais restant à un niveau bas), et les États-Unis se situent autour de 10-11% (monnaie fiduciaire rapportée à M2). La Tunisie (18,3%), l'Égypte (18,0%, en proxy M0/M2) et surtout le Maroc (23,7%, en forte hausse en 2025) affichent des niveaux deux fois plus élevés. Cette convergence entre la Tunisie, l'Égypte et le Maroc est un signal structurel plus qu'un simple hasard statistique : dans ces trois économies, le poids du secteur informel, l'usage encore limité des moyens de paiement électroniques en dehors des grandes villes, et une préférence culturelle marquée pour la liquidité concourent à maintenir le cash à un niveau élevé au sein de la masse monétaire. Le cas marocain est à cet égard éclairant : Bank Al-Maghrib a elle-même exprimé sa préoccupation face à la progression rapide de la circulation fiduciaire (+18,5% en 2025), un rythme largement supérieur à celui de M3 (+9,3%), ce qui a mécaniquement fait bondir le currency ratio marocain. La dynamique tunisienne, quoique moins prononcée, épouse la même trajectoire. Limite méthodologique Les comparaisons internationales de cette section reposent sur des sources et des définitions d'agrégats parfois hétérogènes (M2 vs M3, période de référence variable selon les pays, dernière donnée disponible non toujours synchronisée). Elles doivent être lues comme des ordres de grandeur robustes plutôt que comme des écarts au dixième de point. 6.3. Tableaux de synthèse 7. Synthèse : trois signaux qui se renforcent mutuellement La combinaison des données présentées ci-dessus dessine un constat en trois temps, cohérent d'une section à l'autre de cette note. Premièrement, la masse monétaire M3 croît plus vite que le PIB nominal, lui-même porté davantage par l'inflation (32,6% cumulés) que par la croissance réelle (7,7% cumulés) — d'où la hausse continue du taux de monétisation, de 77,0% à 85,1% entre 2021 et 2025. Deuxièmement, au sein de cette masse monétaire en expansion, la part détenue sous forme de billets et pièces augmente plus vite que la moyenne des autres composantes — d'où la hausse du taux de fiduciarisation, de 17,0% à 19,2% sur la même période élargie à juin 2026. Troisièmement, cette double hausse n'est pas spécifique à la Tunisie : elle est partagée, à des degrés divers, par le Maroc et l'Égypte, ce qui suggère des déterminants structurels communs à la région plutôt qu'un phénomène purement national. Pris ensemble, ces trois constats appellent une lecture prudente. La hausse du taux de monétisation ne doit pas être lue mécaniquement comme un signe de « développement financier » au sens plein du terme, dans la mesure où une part croissante — et non décroissante — de cette monnaie additionnelle échappe précisément au système bancaire qui est censé porter ce développement. Une véritable financiarisation de l'économie tunisienne se traduirait, à l'inverse, par une baisse du taux de fiduciarisation à mesure que le taux de monétisation progresse — schéma observé historiquement dans les économies qui ont réussi leur transition vers une économie moins cash-intensive (zone euro, États-Unis). Sur le plan de la politique économique, cette configuration a des implications concrètes. Un taux de fiduciarisation élevé et croissant complique la transmission de la politique monétaire — une part croissante de la masse monétaire échappe aux instruments bancaires classiques (taux directeur, réserves obligatoires) — et prive l'économie des gains de traçabilité et de collecte fiscale associés à la bancarisation des transactions. Il constitue, à ce titre, un indicateur de suivi pertinent pour les stratégies d'inclusion financière et de digitalisation des paiements engagées par les autorités tunisiennes, dans la même veine que les initiatives engagées par Bank Al-Maghrib face à une problématique très similaire. 8. Conclusion Entre 2021 et 2025, l'économie tunisienne s'est monétisée plus rapidement que son PIB n'a progressé, portant le taux de monétisation à 85,1% — un niveau désormais proche de celui de l'Égypte mais encore loin du Maroc, de la Chine ou du Japon. Dans le même temps, la part des espèces au sein de cette masse monétaire n'a cessé de croître, atteignant 19,2% à mi-2026, un niveau deux fois supérieur à celui observé dans les économies avancées mais comparable à celui de ses voisins maghrébins et du Moyen-Orient. Cette double dynamique — plus de monnaie, et une monnaie qui reste (ou redevient) davantage liquide — dessine les contours d'un système monétaire tunisien encore marqué par un secteur informel important et une préférence culturelle et conjoncturelle pour le cash, deux facteurs qui, ensemble, limitent la portée de la financiarisation de l'économie malgré la progression apparente du taux de monétisation.

SOTETEL se tourne vers les énergies renouvelables : un relais de croissance déjà surpayé en Bourse ?
BOURSE

SOTETEL se tourne vers les énergies renouvelables : un relais de croissance déjà surpayé en Bourse ?

20/08/2026 17:52 76 vues Par Moez Hadidane

La SOTETEL s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de diversification. La filiale de Tunisie Télécom convoque ses actionnaires en Assemblée générale extraordinaire le lundi 7 septembre 2026 à 9 heures, afin de statuer sur une modification substantielle de son objet social. Le projet de résolution prévoit d’étendre le périmètre d’intervention de la société aux énergies renouvelables, à la transition énergétique et à l’efficacité énergétique. Il couvre l’étude, la conception, l’ingénierie, la fourniture, l’installation, la mise en service, l’exploitation, la supervision et la maintenance de systèmes de production d’énergie renouvelable. Le texte mentionne expressément les solutions photovoltaïques, les systèmes de stockage d’énergie ainsi que les infrastructures et bornes de recharge pour véhicules électriques. La SOTETEL pourrait également réaliser les travaux publics, de génie civil, de réseaux et d’infrastructures nécessaires à ces projets, mais aussi proposer des prestations de conseil, d’assistance technique et de formation. Cette modification statutaire donnerait ainsi à la société le cadre juridique nécessaire pour commercialiser des solutions énergétiques intégrées, en Tunisie comme à l’étranger. Une diversification attendue plutôt qu’une véritable surprise L’annonce réglementaire publiée le 19 août 2026 ne constitue cependant pas une rupture soudaine dans la communication de la société. Elle formalise juridiquement une orientation stratégique rendue publique progressivement depuis plus d’un an. Le premier signal remonte à l’Assemblée générale relative à l’exercice 2024. La direction avait alors présenté son plan stratégique 2025-2027, articulé autour de quatre axes, parmi lesquels figurait explicitement l’enrichissement de l’offre avec une ouverture vers les énergies renouvelables. À ce stade, il s’agissait encore d’une orientation générale, sans déclinaison opérationnelle précise. Une nouvelle étape a été franchie en mars 2026, lors de discussions entre l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie, la SOTETEL et Tunisie Télécom. Les échanges portaient sur l’audit énergétique des bâtiments et des data centers, l’autoproduction d’électricité et la formation aux métiers de la gestion énergétique. Ce partenariat concernait principalement la transition énergétique des propres infrastructures de la société, sans annoncer formellement une nouvelle activité commerciale. L’ANME avait néanmoins confirmé que les discussions couvraient l’efficacité énergétique et l’exploitation des énergies renouvelables. Le tournant le plus explicite est intervenu lors de l’Assemblée générale ordinaire du 12 juin 2026. La direction avait alors évoqué le développement de nouveaux relais de croissance en synergie avec le groupe Tunisie Télécom, notamment dans le photovoltaïque, les bornes de recharge électrique, la vidéosurveillance et les infrastructures intelligentes. Ces perspectives avaient également été relevées par Tunisie Valeurs dans son analyse de la société. La convocation de septembre constitue donc l’aboutissement d’une séquence progressive : orientation stratégique en juillet 2025, coopération institutionnelle en mars 2026, présentation plus précise des axes de diversification en juin, puis inscription de ces activités dans les statuts en août 2026. Une année 2025 portée presque exclusivement par la fibre optique Cette diversification intervient alors que les résultats 2025 de la SOTETEL ont confirmé le redressement de l’activité. Le chiffre d’affaires a progressé de 7,8 %, passant de 70,77 à 76,27 millions de dinars. Les produits d’exploitation ont atteint 77,72 millions de dinars, en hausse de 8,1 %. Cette croissance a toutefois été très concentrée. Les revenus du Réseau d’accès ont bondi de 43,6 %, à 54,43 millions de dinars, soit plus de 71 % du chiffre d’affaires total. La société a directement bénéficié de l’accélération des investissements dans les réseaux de fibre optique, notamment ceux de Tunisie Télécom. À l’inverse, les autres branches ont reculé : Le résultat d’exploitation s’est amélioré de 12,4 %, à 6,89 millions de dinars. Le bénéfice net a atteint 4,656 millions de dinars, contre 4,104 millions en 2024, soit une progression de 13,4 %. La marge nette s’est légèrement renforcée, passant de 5,8 % à 6,1 %. Ces résultats sont solides, mais ils mettent également en évidence une dépendance accrue à l’égard du Réseau d’accès et, indirectement, des programmes d’investissement de Tunisie Télécom. L’ouverture vers l’énergie répond précisément à la nécessité de créer des relais de croissance moins tributaires du métier historique. Une nette accélération opérationnelle au premier semestre 2026 Les indicateurs au 30 juin 2026 montrent une amélioration plus rapide de l’activité. Les ventes, travaux et services ont progressé de 16,6 %, à 36,02 millions de dinars. Cette croissance est essentiellement domestique : le chiffre d’affaires local a augmenté de 17,7 %, tandis que les revenus à l’export ont reculé de 20 %, à 0,71 million de dinars. Les produits d’exploitation ont atteint 36,43 millions de dinars, en hausse de 16,3 %. Dans le même temps, les charges d’exploitation hors amortissements et provisions n’ont progressé que de 7,9 %. L’EBITDA semestriel a ainsi plus que triplé, passant de 1,14 à 3,87 millions de dinars. Cette progression de 240,6 % reflète à la fois l’augmentation des volumes, l’amélioration de la marge brute et la maîtrise des autres charges d’exploitation. Cette accélération opérationnelle apporte un soutien fondamental à la revalorisation du titre. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à justifier l’intégralité de la hausse enregistrée en Bourse. Quel potentiel financier pour les nouvelles activités énergétiques ? Sur le plan industriel, la diversification paraît cohérente. La SOTETEL dispose déjà de compétences transférables vers les métiers de l’énergie : ingénierie, gestion de projets, installation d’équipements, déploiement de réseaux, travaux de génie civil, supervision et maintenance. Elle pourrait également s’appuyer sur les infrastructures et les besoins du groupe Tunisie Télécom. Les bâtiments techniques, data centers, sites télécoms et réseaux d’agences constituent un premier marché potentiel pour les installations photovoltaïques, le stockage d’énergie et l’amélioration de l’efficacité énergétique. La société pourrait ensuite étendre cette offre aux entreprises publiques et privées, aux collectivités ainsi qu’aux opérateurs souhaitant installer des bornes de recharge ou réduire leurs dépenses énergétiques. La nouvelle activité pourrait donc produire trois effets : diversifier le chiffre d’affaires au-delà des télécommunications ; mieux utiliser les équipes techniques et les compétences en génie civil ; créer des revenus récurrents grâce à l’exploitation, à la supervision et à la maintenance des installations. Son impact financier demeure néanmoins impossible à chiffrer précisément. La SOTETEL n’a encore communiqué ni carnet de commandes, ni objectif de chiffre d’affaires, ni calendrier commercial, ni investissements nécessaires, ni marges attendues. La modification de l’objet social crée une possibilité juridique ; elle ne garantit pas encore la signature de contrats ni la génération immédiate de bénéfices. La contribution au chiffre d’affaires pourrait être significative à moyen terme, mais les activités d’installation présentent généralement des marges inférieures à celles des prestations d’ingénierie, de supervision ou de maintenance. L’effet sur le résultat net dépendra donc autant du volume des projets que de leur composition et de leur financement. Le marché a déjà intégré un scénario de forte croissance Le cours de la SOTETEL est passé de 5,210 dinars au début de 2026 à 25,600 dinars le 19 août, soit une progression de 391,4 %. Le titre avait atteint un sommet de 28,270 dinars le 15 juillet, correspondant à une performance de 442,6 % depuis le début de l’année. À 25,600 dinars, la capitalisation boursière atteignait 118,7 millions de dinars. Sur la base du bénéfice 2025, l’action se négociait à environ 25,5 fois les résultats, contre seulement 5,2 fois au cours de fin décembre 2025. À la clôture du 20 août, à 26,220 dinars, la hausse annuelle ressort désormais à 403,3 %. La capitalisation atteint environ 121,6 millions de dinars et le PER calculé sur le bénéfice 2025 dépasse 26 fois. Le changement est donc considérable : en moins de huit mois, la valeur boursière de la société a augmenté de près de 97 millions de dinars, alors que son bénéfice annuel ne s’est amélioré que de 0,55 million de dinars en 2025. Pour ramener la valorisation actuelle à un PER de 15 fois, niveau déjà exigeant pour une entreprise de travaux et d’infrastructures, la SOTETEL devrait dégager un bénéfice net de l’ordre de 8,1 millions de dinars, soit environ 74 % de plus qu’en 2025. Avec un PER de 20 fois, le bénéfice nécessaire serait proche de 6,1 millions de dinars, soit une progression d’environ 31 %. Le marché ne valorise donc plus uniquement les résultats historiques. Il anticipe une forte amélioration des marges dans les télécommunications, la poursuite du déploiement de la fibre et une contribution future importante des nouvelles activités énergétiques. Une diversification prometteuse, mais une valorisation devenue spéculative L’élargissement de l’objet social constitue une évolution stratégique pertinente. Les énergies renouvelables peuvent réduire la dépendance de la SOTETEL au Réseau d’accès et à Tunisie Télécom, tout en ouvrant un marché structurellement porteur. La société possède en outre une base technique crédible pour aborder ces métiers. Elle ne part pas totalement de zéro : ses compétences dans les infrastructures, l’électricité, les réseaux, les data centers et le génie civil peuvent faciliter son entrée sur ce marché. Toutefois, la réaction boursière paraît très largement anticiper le succès de cette diversification avant même la publication de contrats, d’objectifs financiers ou d’un plan d’investissement détaillé. La formalisation statutaire du projet, déjà évoqué publiquement depuis 2025, ne constitue pas à elle seule un élément permettant de justifier une multiplication du cours par plus de cinq à son point haut. Une revalorisation de la SOTETEL était justifiée par le redressement des bénéfices, l’accélération de l’activité au premier semestre 2026 et l’apparition de nouveaux relais de croissance. En revanche, l’ampleur de la hausse paraît désormais intégrer un scénario particulièrement favorable, avec une exécution rapide et rentable de la diversification énergétique. Le potentiel existe, mais il reste à transformer en commandes, en chiffre d’affaires et surtout en bénéfices. À plus de 26 fois les résultats 2025, l’action n’est plus valorisée comme une entreprise de télécommunications en redressement, mais comme une valeur de croissance dont les nouvelles activités doivent encore faire leurs preuves. La prochaine étape déterminante ne sera donc pas seulement l’adoption de la résolution par l’AGE. Elle résidera dans l’annonce de premiers contrats, la publication d’objectifs chiffrés et la capacité de la SOTETEL à démontrer que les énergies renouvelables peuvent devenir un véritable centre de profit.

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