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L'économie tunisienne risque-t-elle la récession au troisième trimestre 2026 ? Transformer la crise énergétique en opportunité
ECONOMIE

L'économie tunisienne risque-t-elle la récession au troisième trimestre 2026 ? Transformer la crise énergétique en opportunité

22/07/2026 16:13 412 vues Par Moez Hadidane

Depuis la mi-juillet 2026, la Tunisie traverse une crise énergétique d'une ampleur rarement observée. Sous l'effet d'une canicule exceptionnelle, les pics de consommation d'électricité ont conduit la STEG à mettre en œuvre des délestages tournants, souvent imprévisibles. Pour les ménages, ces coupures constituent un désagrément majeur. Pour les entreprises, elles représentent bien davantage : un véritable choc économique susceptible d'affecter la croissance du pays. Dans un tissu économique largement composé de PME, de commerçants, d'artisans et de petites unités industrielles, la continuité de l'alimentation électrique constitue un facteur essentiel de production. Or, la majorité des entreprises n'étaient pas préparées à un tel scénario. Beaucoup ne disposent ni de groupes électrogènes, ni d'onduleurs professionnels, ni de systèmes photovoltaïques hybrides capables d'assurer une continuité d'activité. Même certaines grandes surfaces commerciales ne semblent pas avoir investi dans des solutions de secours suffisantes. Cette absence de résilience énergétique transforme aujourd'hui chaque coupure en perte économique immédiate. Les restaurateurs et les commerçants de produits alimentaires figurent parmi les premiers touchés. Les ruptures répétées de la chaîne du froid entraînent des pertes importantes de denrées périssables, tandis que les équipements frigorifiques subissent des contraintes techniques importantes. Les variations de tension qui accompagnent les coupures et les rétablissements du courant provoquent également des dommages sur les équipements électriques, les compresseurs, les serveurs informatiques et de nombreux matériels électroniques sensibles. Dans l'industrie, les conséquences sont encore plus lourdes. Un arrêt brutal d'une chaîne de production ne signifie pas seulement quelques minutes d'interruption : il peut nécessiter plusieurs heures de redémarrage, entraîner des rebuts de fabrication, désorganiser les plannings de production et retarder les livraisons aux clients. À ces difficultés s'ajoute un effet indirect particulièrement pénalisant : lorsque les stations de pompage de la SONEDE sont elles-mêmes privées d'électricité, certaines entreprises doivent également faire face à des coupures d'eau, paralysant totalement leur activité. Ces pertes, difficilement quantifiables à ce stade, concernent simultanément plusieurs composantes de la richesse nationale : production industrielle, commerce, restauration, services, logistique et agriculture irriguée. Un troisième trimestre sous surveillance Cette situation intervient dans un contexte où la croissance économique tunisienne demeure fragile depuis plusieurs années. Malgré quelques signes d'amélioration, l'économie peine à retrouver un rythme de croissance soutenu. Au premier trimestre 2026, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 2,6 % en glissement annuel, mais a reculé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, traduisant déjà un certain essoufflement de l'activité. Les résultats du deuxième trimestre seront publiés par l'Institut National de la Statistique (INS) le 15 août 2026. Mais c'est surtout le troisième trimestre, couvrant la période juillet-septembre, qui concentre désormais toutes les interrogations. Les coupures d'électricité touchent précisément cette période estivale, durant laquelle plusieurs secteurs réalisent traditionnellement une part importante de leur activité annuelle. Si les délestages devaient se poursuivre à un rythme élevé, leur impact pourrait se diffuser à l'ensemble de l'économie. Le commerce, les services marchands, la restauration, une partie de l'industrie manufacturière ainsi que certaines activités agricoles pourraient enregistrer un ralentissement simultané. Or, ces secteurs représentent une part significative de la valeur ajoutée nationale. Même sans parler officiellement de récession, un trimestre de croissance négative apparaît aujourd'hui comme un risque qui ne peut plus être écarté. Le graphique ci-dessus illustre d'ailleurs cette vulnérabilité : après plusieurs trimestres de croissance positive, parfois modeste mais régulière, la dynamique économique semble perdre progressivement de son élan. Si le troisième trimestre venait effectivement à enregistrer une contraction du PIB, il s'agirait du premier recul trimestriel directement imputable à une contrainte énergétique de cette ampleur. Un enjeu qui dépasse l'été 2026 Le véritable risque n'est peut-être pas celui d'un seul trimestre difficile. Si les épisodes de fortes chaleurs deviennent plus fréquents sous l'effet du changement climatique, les tensions sur le réseau électrique pourraient se répéter chaque été. Les entreprises seraient alors confrontées à une nouvelle forme de risque structurel, susceptible de peser durablement sur leurs décisions d'investissement. L'incertitude énergétique augmente le coût du capital, réduit la visibilité des entrepreneurs et fragilise l'attractivité du territoire pour les investisseurs, qu'ils soient nationaux ou étrangers. Une économie dont la continuité de production n'est plus garantie devient mécaniquement moins compétitive. Faire de l'autonomie énergétique une priorité économique Cette crise rappelle que la sécurité énergétique n'est plus uniquement une question environnementale ; elle constitue désormais un véritable enjeu de compétitivité. L'une des réponses les plus efficaces consisterait à accélérer le déploiement des systèmes photovoltaïques hybrides, capables d'assurer une alimentation électrique même lors des coupures grâce au stockage par batteries. Contrairement aux installations photovoltaïques classiques, qui cessent généralement de fonctionner lorsque le réseau est interrompu, les systèmes hybrides permettent de maintenir l'alimentation des équipements essentiels. Pour favoriser leur adoption, une réforme fiscale ambitieuse pourrait être envisagée dans la prochaine loi de finances. Elle consisterait à supprimer temporairement les droits de douane et la TVA sur l'ensemble des composants nécessaires à ces installations — panneaux photovoltaïques, onduleurs hybrides et batteries de stockage — afin de réduire significativement leur coût d'acquisition. Une telle mesure représenterait certes un manque à gagner budgétaire immédiat. Mais elle pourrait être largement compensée à moyen terme par une économie plus productive, des entreprises moins vulnérables aux interruptions d'activité, une amélioration de la compétitivité et, in fine, une augmentation des recettes issues des impôts directs grâce à une croissance économique plus soutenue. Transformer une crise en opportunité La crise actuelle révèle les limites d'un modèle économique encore très dépendant d'une alimentation électrique centralisée. Elle offre également l'occasion d'accélérer la transition vers une économie plus résiliente. Le véritable enjeu dépasse donc largement l'été 2026. Il s'agit de savoir si la Tunisie choisira de considérer ces délestages comme un simple épisode conjoncturel ou comme le signal d'alerte d'une transformation devenue indispensable. Car au-delà de la question de savoir si le troisième trimestre 2026 enregistrera ou non une croissance négative, c'est surtout la capacité de l'économie tunisienne à garantir durablement la continuité de son activité qui sera déterminante pour préserver son potentiel de croissance, attirer les investissements et renforcer sa compétitivité dans les années à venir.

BIAT : un premier semestre 2026 marqué par une solide progression commerciale, mais une rentabilité opérationnelle légèrement sous pression
BOURSE

BIAT : un premier semestre 2026 marqué par une solide progression commerciale, mais une rentabilité opérationnelle légèrement sous pression

22/07/2026 11:10 21 vues Par Tera Finances

La Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT) a clôturé le premier semestre 2026 sur des réalisations globalement positives, confirmant la solidité de son modèle économique et sa capacité à poursuivre le développement de son activité dans un environnement toujours exigeant. La banque a continué d'accroître ses ressources clientèle, de renforcer ses emplois et d'améliorer son produit net bancaire. En revanche, la hausse des charges d'exploitation, plus rapide que celle des revenus, a légèrement pesé sur la rentabilité opérationnelle. Une progression modérée des crédits et un renforcement marqué du portefeuille de titres Au 30 juin 2026, l'encours net des créances à la clientèle s'est établi à 13 203,5 millions de dinars, contre 13 045,4 millions à la clôture de l'exercice 2025, soit une progression limitée de 1,2 %. Cette évolution traduit une croissance prudente de l'activité de financement. Le portefeuille de titres affiche en revanche une progression beaucoup plus soutenue. Son encours global atteint 7 790,9 millions de dinars, contre 7 084,4 millions à fin 2025, en hausse de 10,0 %. Cette progression provient presque exclusivement du portefeuille d'investissement (Banking Book), qui représente désormais 7 781,9 millions de dinars, contre 7 080,1 millions six mois auparavant, soit une augmentation de 9,9 %. Le portefeuille commercial (Trading Book) demeure marginal avec 9,0 millions de dinars, contre 4,3 millions à fin 2025. Cette structure confirme que la BIAT privilégie largement une stratégie de détention à moyen et long terme de ses actifs financiers plutôt qu'une activité de négociation. Les dépôts poursuivent leur progression avec une structure toujours très favorable Les ressources clientèle continuent d'être le principal moteur du bilan. Les dépôts de la clientèle atteignent 23 022,1 millions de dinars au 30 juin 2026 contre 22 291,0 millions à fin 2025, soit une progression de 3,3 %. Les dépôts à vue demeurent la première composante des ressources avec 10 740,5 millions de dinars, en légère hausse de 0,6 % par rapport à fin 2025. Ils représentent désormais 46,7 % des dépôts totaux. Cette catégorie constitue la ressource la moins coûteuse pour une banque et contribue directement à préserver les marges. Les comptes d'épargne poursuivent leur progression plus soutenue pour atteindre 5 919,5 millions de dinars, contre 5 742,2 millions à fin 2025, soit une augmentation de 3,1 %. Leur poids représente 25,7 % des dépôts. Par différence, les dépôts à échéance et autres sommes dues à la clientèle ressortent à 6 362,1 millions de dinars, contre 5 874,8 millions à fin 2025, en progression de 8,3 %. Ils représentent désormais 27,6 % des ressources clientèle. Une forte hausse des emprunts subordonnés Les emprunts et ressources spéciales s'établissent à 1 203,6 millions de dinars, contre 958,1 millions à fin 2025, soit une progression de 25,6 %. Cette hausse provient essentiellement des emprunts subordonnés, qui passent de 877,1 millions à 1 125,0 millions de dinars (+28,3 %), tandis que les ressources spéciales reculent légèrement à 78,6 millions de dinars. Des revenus bancaires en progression grâce aux commissions et au portefeuille de titres Les produits d'exploitation bancaires atteignent 1 270,3 millions de dinars, contre 1 242,5 millions un an auparavant, soit une progression de 2,2 %. Dans le même temps, les charges d'exploitation bancaires augmentent de 2,9 %, passant de 454,4 millions à 467,6 millions de dinars. Le produit net bancaire (PNB), qui représente la richesse créée par l'activité bancaire, ressort ainsi à 802,7 millions de dinars, contre 788,1 millions un an auparavant, soit une progression de 1,9 %. Les commissions et le portefeuille compensent le recul de la marge d'intérêt La marge d'intérêt, calculée par différence entre les intérêts perçus et les intérêts servis, s'établit à 258,4 millions de dinars, contre 285,5 millions un an auparavant, soit une baisse de 9,5 %. À l'inverse, la marge sur commissions poursuit sa progression pour atteindre 144,9 millions de dinars, contre 134,5 millions, soit une hausse de 7,7 %. Les revenus du portefeuille de titres progressent également de manière significative pour atteindre 399,5 millions de dinars, contre 368,2 millions, soit une croissance de 8,5 %. Cette évolution traduit un changement dans la composition du PNB. La marge d'intérêt ne représente plus que 32,2 % du produit net bancaire au 30 juin 2026, contre 36,2 % au 30 juin 2025 et 35,5 % sur l'ensemble de l'exercice 2025. À l'inverse, la contribution des revenus du portefeuille atteint désormais 49,8 % du PNB, contre 46,7 % un an auparavant et 46,5 % sur l'ensemble de l'exercice 2025. Cette évolution confirme que la croissance des revenus de la BIAT repose davantage sur ses activités de portefeuille et de marché que sur son activité traditionnelle d'intermédiation. Les charges d'exploitation progressent plus rapidement que les revenus Les charges opératoires atteignent 372,3 millions de dinars, contre 354,6 millions au premier semestre 2025, soit une progression de 5,0 %. Les frais de personnel augmentent de 8,5 % pour atteindre 221,5 millions de dinars. Les charges générales d'exploitation reculent légèrement de 1,7 %, à 124,7 millions de dinars. Les dotations aux amortissements des immobilisations ressortent à 26,1 millions de dinars, contre 23,6 millions un an auparavant. Le coefficient d'exploitation, calculé en rapportant les charges d'exploitation au produit net bancaire, s'établit ainsi à 46,4 %, contre 45,0 % au 30 juin 2025. Cette légère hausse traduit une dégradation modérée de la productivité opérationnelle, les charges ayant progressé plus rapidement que les revenus. Un résultat brut d'exploitation en léger recul Le résultat brut d'exploitation, calculé par différence entre le produit net bancaire et les charges d'exploitation, ressort à 430,5 millions de dinars, contre 433,5 millions un an auparavant, soit un recul limité de 0,7 %. Le taux de marge brute, calculé en rapportant le résultat brut d'exploitation aux produits d'exploitation bancaires, s'établit à 33,9 % au 30 juin 2026. Il ressortait à 34,9 % au 30 juin 2025 et à 34,9 % sur l'ensemble de l'exercice 2025. Cette légère contraction traduit une pression croissante des coûts d'exploitation qui a neutralisé une partie des gains générés par la progression du produit net bancaire. Conclusion Au terme du premier semestre 2026, la BIAT confirme la robustesse de son activité commerciale avec une progression continue des dépôts, un renforcement de son portefeuille d'investissement et une amélioration de son produit net bancaire. La banque bénéficie également d'une diversification croissante de ses sources de revenus, les commissions et les revenus du portefeuille prenant une place de plus en plus importante dans la formation du PNB. En revanche, le recul de la marge d'intérêt et l'accélération des charges d'exploitation limitent l'amélioration de la rentabilité opérationnelle. Malgré cette légère pression sur les marges, la BIAT conserve des fondamentaux particulièrement solides, soutenus par une base de dépôts abondante, une structure de financement favorable et un niveau élevé de fonds propres, qui lui permettent d'aborder la seconde moitié de l'exercice dans des conditions financières robustes.

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