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Paiements en Tunisie : le virement s’impose, le chèque recule et le mobile accélère
ECONOMIE

Paiements en Tunisie : le virement s’impose, le chèque recule et le mobile accélère

14/08/2026 22:39 1 vue Par Moez Hadidane

Au premier semestre 2026, les paiements en Tunisie poursuivent leur transformation. Le virement consolide sa place de premier moyen de paiement hors cash et hors RTGS, tandis que le chèque continue de perdre du terrain. Dans le même temps, les paiements par carte progressent fortement et l’écosystème du paiement mobile s’élargit à 18 prestataires de services de paiement. Au total, les transactions hors espèces ont atteint 114,1 milliards de dinars sur les six premiers mois de l’année, en hausse de 4,1 %. La Banque centrale de Tunisie (BCT) vient de publier son bulletin Paiements en chiffres, arrêté à fin juin 2026. Les données confirment les mutations engagées depuis 2025 dans les habitudes de paiement, avec un recul spectaculaire de l’usage du chèque, une montée en puissance du virement et une progression soutenue des moyens de paiement électroniques. Au 30 juin 2026, l’infrastructure de paiement compte 6,151 millions de cartes bancaires, en hausse de 5,1 % sur un an, ainsi que 3 427 DAB/GAB, soit une progression de 3,8 %. Le nombre de TPE atteint 45,6 mille, en hausse de 3,6 %, tandis que celui des sites marchands actifs bondit de 19,7 %, à 1 456. L’écosystème mobile poursuit également son développement avec 512 000 wallets et désormais 18 prestataires de services de paiement (PSP) opérationnels. 114 milliards de dinars de paiements en six mois Hors opérations de cash-in et de cash-out, le montant global des paiements réalisés au cours du premier semestre 2026 s’est élevé à 114,1 milliards de dinars, en progression de 4,1 % par rapport à la même période de 2025. Les moyens de paiement télécompensés — virements, prélèvements, chèques et lettres de change — restent très largement dominants. Ils représentent 96 % du montant total des paiements, contre 96,5 % un an auparavant. La carte bancaire, hors retraits d’espèces, porte désormais sa part à 3,4 %, contre 2,9 % au premier semestre 2025. Les paiements mobiles, en ne considérant que les paiements et les transferts et donc hors cash-in et cash-out, représentent encore une part limitée de 0,6 %. Cette répartition montre que les moyens électroniques progressent rapidement, mais que les instruments télécompensés continuent de concentrer l'essentiel des montants échangés. Le virement s’installe comme premier moyen de paiement. La télécompensation a traité 109,6 milliards de dinars au premier semestre, soit une hausse de 3,6 % sur un an. Au sein de cet ensemble, le virement confirme le changement majeur intervenu depuis 2025 : hors espèces et hors RTGS (Real Time Gross Settlement), il est désormais le premier moyen de paiement utilisé en Tunisie en valeur. Sur les six premiers mois de 2026, les virements bancaires ont représenté 40,9 milliards de dinars, contre 37,7 milliards un an auparavant, soit une progression de 8,4 %. Leur nombre atteint 19,5 millions d’opérations, environ un million de plus qu’au premier semestre 2025. La valeur moyenne d’un virement ressort ainsi à 2 096 dinars, contre 2 037 dinars un an plus tôt. Cette progression conforte le virement dans un rôle de plus en plus central au sein du système de paiement tunisien, dans un contexte marqué parallèlement par le recul prononcé du chèque. Les prélèvements progressent, mais près d'une instruction sur deux est rejetée. Les prélèvements affichent une croissance encore plus soutenue. Leur montant progresse de 10,6 %, soit le rythme le plus élevé parmi les instruments télécompensés, pour atteindre 16,5 milliards de dinars. Ils représentent désormais 14,4 % du total des paiements hors cash, cash-in et cash-out, contre 13,6 % au premier semestre 2025. Un indicateur reste toutefois particulièrement élevé : le taux de rejet. Près de la moitié des instructions de prélèvement, soit 49,7 %, sont rejetées en nombre. La situation est nettement différente lorsqu’elle est mesurée en valeur : les prélèvements rejetés ne représentent que 7,1 % des montants présentés. Cet écart suggère que les rejets concernent principalement des opérations de montant relativement faible. La lettre de change gagne du terrain. Autre évolution notable : le recours croissant à la lettre de change. Le montant des transactions réalisées par traite progresse de 9,7 %, à 28,1 milliards de dinars, contre 25,6 milliards au premier semestre 2025. Le mouvement est encore plus visible en volume. 2,4 millions de traites ont été présentées à la télécompensation durant les six premiers mois de 2026, contre 2,1 millions un an auparavant. Parallèlement, leur montant moyen diminue. La valeur moyenne d’une traite ressort à 11 710 dinars, en baisse d'environ 4 % par rapport aux 12 197 dinars enregistrés un an auparavant. Elle dépassait encore 19 000 dinars en 2023 et 2024. La combinaison d’une augmentation du nombre de traites et d’une diminution de leur valeur moyenne traduit une diffusion plus large de cet instrument, dans un contexte où les entreprises ont dû adapter leurs pratiques de règlement après l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation relative aux chèques. Le niveau des rejets reste néanmoins significatif : 9,5 % des lettres de change présentées sont rejetées, aussi bien en nombre qu’en valeur. Au premier semestre 2026, environ 228 000 traites, représentant 2,7 milliards de dinars, ont ainsi été refusées au paiement. Le chèque poursuit sa chute. À l’inverse, le chèque reste engagé dans la trajectoire baissière amorcée en 2025. Seulement 3,6 millions de chèques ont été présentés au paiement au cours du premier semestre 2026, contre 4,06 millions un an auparavant, soit une contraction de 11,3 %. Cette nouvelle baisse intervient après l’effondrement observé en 2025. Sur l’ensemble de cette année, le nombre de chèques émis était tombé à 7,9 millions, contre 24,3 millions en 2024 et 25,3 millions en 2023. La contraction est également importante en valeur. Les transactions par chèque ont diminué de 12,5 %, passant de 27,6 milliards de dinars au premier semestre 2025 à 24,1 milliards de dinars au premier semestre 2026. À titre de comparaison, sur l’ensemble de 2025, les paiements par chèque avaient chuté à 53,5 milliards de dinars, contre 129,7 milliards en 2024. La valeur moyenne du chèque reste, en revanche, relativement stable, autour de 6 700 dinars. Autre évolution : le taux de rejet s’établit désormais à 0,9 % en nombre et 1,7 % en valeur. Ces niveaux doivent cependant être interprétés avec prudence lorsqu’ils sont comparés à ceux de 2025, année fortement perturbée par l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation des chèques. À titre de référence, en 2024, les taux de rejet s’établissaient à 1,5 % en nombre et 2,5 % en valeur. Le paiement par carte progresse plus vite que le retrait d’espèces. La monétique affiche, de son côté, une dynamique nettement plus soutenue. Le nombre de transactions réalisées par carte bancaire, paiements et retraits confondus, a progressé de 9,9 %, atteignant 85,4 millions d’opérations, soit 7,7 millions de transactions supplémentaires en un an. En valeur, les opérations par carte ont augmenté de 11,2 %, passant de 13,873 milliards de dinars à 15,425 milliards de dinars. Une opération par carte représente ainsi en moyenne environ 180 dinars. Mais l'évolution la plus significative concerne la répartition entre paiement et retrait d'espèces. En nombre d'opérations, la part des paiements est passée de 38 % à 42 % en un an. En valeur, elle progresse de 23 % à 25 %. Symétriquement, les retraits représentent désormais 75 % des montants, contre 77 % un an auparavant. Les paiements par carte ont ainsi atteint 3,856 milliards de dinars, en progression de 20,9 %, soit 665,5 millions de dinars supplémentaires par rapport au premier semestre 2025. Les retraits restent néanmoins largement majoritaires en valeur, avec 11,569 milliards de dinars, en hausse de 8,3 %, correspondant à une augmentation de 886,6 millions de dinars sur un an. Ces chiffres illustrent une évolution progressive des usages : la carte bancaire reste principalement utilisée pour retirer des espèces, mais sa fonction de moyen de paiement gagne rapidement du terrain. Le paiement en ligne progresse plus vite que le paiement de proximité. Sur les 3,856 milliards de dinars réglés par carte, les paiements de proximité via TPE concentrent 79,9 % des montants, contre 81,4 % un an auparavant. Le commerce électronique porte sa part à 20,1 %, contre 18,6 % au premier semestre 2025. Le montant moyen des transactions diffère sensiblement selon le canal : il s’établit à environ 75 dinars pour un paiement en ligne, contre 121 dinars pour un paiement de proximité par TPE. La progression de la part du e-paiement intervient parallèlement à l’augmentation de près de 20 % du nombre de sites marchands actifs, confirmant l’élargissement progressif de l’écosystème du commerce électronique tunisien. Paiement mobile : deux nouveaux PSP et plus d'un demi-million de wallets Le paiement mobile continue également d’élargir son empreinte. La place compte désormais 18 prestataires de services de paiement (PSP) opérationnels dans l’écosystème du paiement mobile suivi par la BCT, soit deux de plus qu’auparavant. Ces acteurs comprennent 7 établissements de paiement (VIAMOBILE, ZITOUNA PAIEMENT, ENDA TAO, WAFACASH, PAYVAGO, FIRST PAY et OFT TUNISIE) ainsi que des banques proposant des services de paiement mobile. Le nombre de portefeuilles électroniques a progressé de 16,4 %, pour atteindre 512 000 wallets à fin juin 2026. L’activité augmente encore plus rapidement. Le nombre d’opérations réalisées par téléphone mobile — paiements, transferts, cash-in et cash-out — a bondi de 31,5 %, pour atteindre 5 millions de transactions. En valeur, les opérations mobiles représentent 914,2 millions de dinars, en progression de 17,7 %. Le paiement devient le premier usage du mobile. La structure des transactions mobiles connaît surtout une transformation profonde. Avec 566,8 millions de dinars, les paiements représentent désormais 62 % de la valeur totale des opérations mobiles, contre seulement 32,5 % au premier semestre 2025. À l’inverse, la part des transferts s’est fortement contractée : elle passe de 52,7 % à 12,8 %, pour un montant de près de 117 millions de dinars. Les opérations de cash-in, correspondant notamment à l’alimentation des wallets, représentent désormais 16,5 % du total, soit 150,8 millions de dinars. Leur poids a pratiquement doublé en un an. Enfin, les opérations de cash-out portent leur part de 6 % à 8,7 %, pour atteindre environ 79,5 millions de dinars. En volume, les cinq millions d’opérations mobiles enregistrées au premier semestre se répartissent entre environ 3,355 millions de paiements, 855 000 transferts, 550 000 opérations de cash-in et 240 000 opérations de cash-out. Le paysage des paiements se recompose. Les chiffres du premier semestre 2026 confirment ainsi une recomposition progressive mais profonde du paysage des paiements en Tunisie. Le chèque, longtemps incontournable dans les transactions des particuliers et surtout des entreprises, poursuit son recul après la rupture enregistrée en 2025. Une partie des flux s’est reportée vers d’autres instruments : le virement s’est installé au premier rang des moyens de paiement hors cash et hors RTGS, tandis que la lettre de change et le prélèvement gagnent également du terrain. En parallèle, la transition vers les paiements électroniques se poursuit. Les paiements par carte progressent de plus de 20 % en valeur, le commerce électronique accroît sa part dans les usages de la carte et le paiement mobile dispose désormais d’un parc supérieur à un demi-million de wallets. Le cash conserve néanmoins une place importante, comme l’illustre le poids encore dominant des retraits dans les opérations par carte. La transformation est donc loin d’être achevée. Mais les données de la BCT montrent qu’elle ne se limite plus à une simple augmentation des équipements ou du nombre de comptes : c’est désormais la structure même des moyens de paiement utilisés en Tunisie qui est en train de changer.

Exportations : les nouvelles règles européennes sur les emballages concernent directement les entreprises tunisiennes
ECONOMIE

Exportations : les nouvelles règles européennes sur les emballages concernent directement les entreprises tunisiennes

14/08/2026 13:59 25 vues Par Moez Hadidane

Le règlement européen relatif aux emballages et aux déchets d’emballages est devenu applicable le 12 août 2026. Les exportateurs tunisiens, notamment dans l’agroalimentaire, devront progressivement renforcer la traçabilité et la conformité de leurs emballages pour préserver leur accès au principal marché extérieur du pays. Une nouvelle contrainte réglementaire s’ajoute aux conditions d’accès au marché européen. Depuis le 12 août 2026, le règlement européen 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages est devenu applicable dans l’Union européenne. Connu sous le sigle PPWR, pour Packaging and Packaging Waste Regulation, ce texte a été formellement adopté en 2024 et est entré en vigueur le 11 février 2025. Sa date générale d’application a été fixée au 12 août 2026, avec un déploiement progressif de plusieurs obligations jusqu’à la prochaine décennie. Le règlement couvre tous les emballages, quel que soit leur matériau ou leur pays d’origine. Il concerne donc également les produits fabriqués hors de l’Union européenne dès lors qu’ils sont commercialisés sur son marché. Pour les entreprises tunisiennes, la conformité des emballages devient ainsi une condition supplémentaire de maintien des débouchés européens.  Plus de 28 milliards de dinars d’exportations vers l’Union européenne L’enjeu est considérable compte tenu du poids de l’Europe dans le commerce extérieur tunisien. Durant les sept premiers mois de 2026, l’Union européenne a absorbé 70,4 % des exportations du pays. La valeur des ventes tunisiennes vers ce marché a atteint 28,63 milliards de dinars, contre 26,12 milliards durant la même période de 2025, soit une progression de 9,6 %. Les exportations ont augmenté de 6,1 % vers la France, de 8,7 % vers l’Italie et de 1,9 % vers l’Allemagne. Elles ont, en revanche, reculé vers certains partenaires, notamment la Grèce et la Bulgarie. Toutes ces exportations ne sont évidemment pas exposées de la même manière aux nouvelles règles. Le règlement couvre cependant les emballages commerciaux, industriels et de transport. Ses effets dépasseront donc le seul secteur alimentaire pour concerner progressivement de nombreuses activités exportatrices. Les industries agroalimentaires figurent néanmoins parmi les plus directement concernées, en raison des exigences particulières applicables aux matériaux en contact avec les aliments. Une restriction immédiate sur les PFAS Depuis le 12 août, les emballages destinés à entrer en contact avec des produits alimentaires ne peuvent plus être commercialisés dans l’Union européenne lorsque leur teneur en PFAS (Per- and Polyfluoroalkyl Substances) dépasse les seuils prévus par le règlement. Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, constituent une vaste famille de composés chimiques utilisés notamment pour leurs propriétés de résistance à l’eau, aux graisses et à la chaleur. Ils peuvent être présents dans certains papiers traités, cartons, revêtements, joints ou emballages alimentaires. Le règlement fixe plusieurs limites selon les méthodes de mesure : 25 parties par milliard pour une PFAS déterminée, 250 parties par milliard pour la somme des PFAS ciblées et 50 parties par million pour leur teneur totale, y compris les PFAS polymériques. Pour les exportateurs, la difficulté ne réside donc plus uniquement dans la qualité sanitaire du produit. Ils devront également pouvoir obtenir de leurs fournisseurs des informations fiables sur la composition des emballages et, lorsque cela est nécessaire, des résultats d’analyse ou des certificats démontrant le respect des seuils européens. Les autres dispositions du PPWR seront déployées progressivement. Elles portent notamment sur la réduction du poids et du volume des emballages, leur recyclabilité, l’incorporation de matières recyclées, l’étiquetage harmonisé et, pour certaines catégories, le réemploi. L’agroalimentaire tunisien en première ligne Les exportations tunisiennes du groupe alimentation ont fortement progressé durant les sept premiers mois de 2026. Elles ont atteint 5,68 milliards de dinars, contre 4,60 milliards une année auparavant, soit une hausse de 23,4 %. Leur part dans les exportations totales est ainsi passée de 12,5 % à 14 %. Cette proportion reste inférieure aux 15,4 % enregistrés durant la même période de 2024, mais elle confirme l’importance acquise par l’agroalimentaire dans les recettes en devises. L’huile d’olive représente une part déterminante de cette performance. Ses exportations ont rapporté 3,59 milliards de dinars durant les sept premiers mois de 2026, contre 2,51 milliards une année auparavant, soit une progression de plus de 43 %. Sur l’ensemble de l’année civile 2025, la Tunisie avait exporté 318 000 tonnes d’huile d’olive pour une valeur de 4,07 milliards de dinars, contre 198 300 tonnes et 4,86 milliards de dinars en 2024. La forte hausse des volumes s’était donc accompagnée d’une diminution de la valeur moyenne de la tonne exportée. L’huile d’olive reste principalement exportée en vrac L’exposition de la filière oléicole aux nouvelles règles doit toutefois être appréciée en tenant compte de la structure de ses exportations. Malgré les efforts annoncés en faveur de la valorisation, l’essentiel de l’huile tunisienne continue d’être vendu en vrac, puis conditionné sous d’autres marques sur les marchés de destination, notamment en Italie et en Espagne. Durant la campagne complète 2023-2024, l’huile conditionnée ne représentait que 13,9 % des volumes exportés, avec 26 483 tonnes sur un total de 190 122 tonnes. Sa part dans les recettes atteignait environ 15,2 %, soit 765 millions de dinars sur un total de 5,03 milliards. Les relevés intermédiaires des deux campagnes suivantes confirment cette situation. Pour 2024-2025, la part conditionnée se situait entre 10,4 % et 11,9 % des volumes, selon la date d’observation. Durant la campagne 2025-2026, encore en cours, elle oscille entre 11,5 % et 12,9 %. En valeur, son poids resterait compris entre 15,5 % et 17,2 %. Ces données intermédiaires ne peuvent pas être comparées directement au résultat définitif d’une campagne complète. Elles montrent néanmoins que le vrac représente toujours environ 86 % à 89 % des volumes exportés. Cette structure limite l’exposition directe d’une grande partie de l’huile tunisienne aux emballages destinés au consommateur final, puisque la mise en bouteille est effectuée à l’étranger. Elle ne supprime toutefois pas les obligations liées aux contenants industriels, au transport et aux exigences contractuelles imposées par les importateurs européens. Pour les entreprises tunisiennes qui exportent sous leurs propres marques, les nouvelles règles sont encore plus déterminantes. La conformité des bouteilles, bouchons, étiquettes, cartons et autres composants devra être documentée. À terme, le PPWR pourrait augmenter les coûts de conditionnement, mais aussi favoriser les producteurs capables de proposer des emballages recyclables et traçables. La pêche également concernée Les produits de la pêche constituent un autre secteur sensible. Durant les sept premiers mois de 2026, la Tunisie en a exporté 14 700 tonnes, contre 14 954 tonnes une année auparavant, soit une baisse de 1,7 %. En valeur, les exportations de poissons, crustacés et mollusques ont reculé de 7,4 %, passant de 358 millions à 331,6 millions de dinars. Il serait prématuré d’attribuer cette diminution aux nouvelles règles européennes sur les emballages. Le recul avait commencé avant leur date d’application et peut également s’expliquer par l’évolution des volumes, des prix, des captures ou de la demande extérieure. Le secteur reste cependant particulièrement exposé, compte tenu de l’importance de l’emballage dans la conservation, la congélation et le transport des produits de la mer. La Direction générale des services vétérinaires et le Groupement interprofessionnel des produits de la pêche ont déjà appelé les opérateurs à se préparer aux nouvelles exigences. Un déficit d’information et de capacités documentées À ce stade, aucune estimation consolidée n’est disponible sur le montant des exportations tunisiennes directement concernées par les emballages alimentaires destinés au marché européen. Il n’existe pas non plus de données publiques sur le nombre d’entreprises disposant de tests ou de certifications relatifs aux PFAS. Les capacités tunisiennes d’analyse constituent également une interrogation. Le Centre technique agroalimentaire (CTAA) propose différents services de contrôle et d’assistance aux entreprises, mais aucune offre spécifique clairement documentée pour l’analyse des PFAS dans les emballages alimentaires n’apparaît dans les informations publiques disponibles. De même, aucun chiffrage n’a encore été publié sur les investissements nécessaires pour adapter les chaînes de conditionnement, remplacer certains matériaux ou obtenir les documents de conformité exigés par les clients européens. Le Centre de promotion des exportations (CEPEX) mène un programme général d’accompagnement des entreprises exportatrices, mais aucun dispositif public spécifiquement consacré au PPWR n’a, pour le moment, été clairement identifié. Cette absence de données constitue elle-même un signal d’alerte. L’application du règlement a commencé, alors que les entreprises ne disposent pas encore d’une cartographie publique des risques, des laboratoires compétents, des matériaux disponibles et des coûts de mise en conformité. Une contrainte, mais aussi un enjeu de valeur ajoutée Les nouvelles règles européennes pourraient peser davantage sur les petites et moyennes entreprises, qui disposent de capacités financières et techniques plus limitées. Elles devront revoir leurs relations avec les fournisseurs d’emballages, renforcer leur documentation et, dans certains cas, financer des essais supplémentaires. Mais cette évolution peut également devenir un facteur de différenciation. Les entreprises capables de maîtriser la traçabilité des matériaux et d’adopter rapidement des solutions recyclables pourront consolider leurs relations avec les distributeurs européens. Pour la filière oléicole, cette transformation rejoint un enjeu plus ancien : augmenter la part de l’huile conditionnée et vendre davantage sous des marques tunisiennes. Le respect des nouvelles normes pourrait ainsi devenir un levier de montée en gamme, à condition que les coûts de certification, d’analyse et d’investissement soient accompagnés. Avec plus de 70 % des exportations tunisiennes destinées à l’Union européenne, l’adaptation au PPWR ne constitue pas un simple dossier environnemental. Elle touche directement la compétitivité, l’accès au marché et la capacité de la Tunisie à conserver une plus grande part de la valeur créée par ses produits. L’urgence consiste désormais à identifier les entreprises exposées, à mettre en place des capacités d’analyse reconnues et à publier un guide opérationnel destiné aux exportateurs. Sans cet accompagnement, une réforme européenne conçue pour réduire les déchets d’emballages risque de devenir une nouvelle barrière technique pour les entreprises tunisiennes les moins préparées.   PPWR : c'est le sigle anglais de Packaging and Packaging Waste Regulation (Règlement sur les emballages et les déchets d'emballages), le règlement européen (UE) 2025/40. Il est entré en vigueur le 11 février 2025 et remplace l'ancienne directive sur les emballages par un règlement directement applicable dans tous les États membres, sans transposition nationale. Il fixe des exigences harmonisées sur la composition, la recyclabilité, l'étiquetage et la traçabilité des emballages, avec des restrictions spécifiques sur certaines substances (dont les PFAS pour les emballages alimentaires). C'est ce texte dont plusieurs obligations sont devenues applicables le 12 août 2026.

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