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Dépôts en hausse, crédits à l'arrêt, titres en expansion : quand le portefeuille-titres devient la variable d'ajustement
BOURSE

Dépôts en hausse, crédits à l'arrêt, titres en expansion : quand le portefeuille-titres devient la variable d'ajustement

24/09/2026 22:20 3 vues Par Moez Hadidane

Au premier semestre, les 12 banques cotées ont collecté 4 158 MDT de dépôts supplémentaires (+3,9 % depuis fin 2025), dont 70 % en dépôts à vue, la ressource la moins chère. Elles n'ont pourtant accordé que 373 MDT de crédits nets supplémentaires (+0,4 %), et plus de la moitié de la collecte a nourri le portefeuille-titres (+2 170 MDT, +5,9 %), qui pèse désormais 26,5 % du bilan, tandis que le poids des crédits nets retombe à 58,2 %. Derrière cette moyenne, les trajectoires divergent : la BNA collecte à elle seule plus du tiers des nouveaux dépôts du secteur, l'UBCI affiche la plus forte hausse de crédits nets (+14,7 %), tandis que l'ATB et Attijari Bank réduisent leurs encours de crédits. Une collecte de 4 158 MDT, tirée à 70 % par les dépôts à vue Les dépôts de la clientèle des banques cotées passent de 106 495 MDT à 110 653 MDT, soit +4 158 MDT (+3,9 %) depuis fin 2025. Cette hausse est portée presque exclusivement par les dépôts à vue (DAV), qui gagnent 2 911 MDT (+7,7 %) et fournissent 70 % de la collecte, contre 29 % pour l'épargne (+1 194 MDT, +3,4 %). Les dépôts à terme (DAT), la ressource la plus onéreuse, sont quasi stables (+53 MDT, +0,2 %) et ne contribuent qu'à 1 % de la hausse. La structure des ressources du secteur s'améliore donc : la croissance des dépôts se fait sur les composantes les moins coûteuses. La collecte est très inégalement répartie entre les banques. La BNA domine le semestre : ses dépôts progressent de 1 479 MDT (+10,6 %), soit plus du tiers (36 %) de la collecte sectorielle, avec un recours marqué aux DAT (+880 MDT, +17,8 %) et aux DAV (+456 MDT, +10,7 %). La BIAT, première banque du secteur avec 21 % des dépôts, collecte 731 MDT mais reste sous la moyenne (+3,3 %) : ses DAV stagnent (+0,6 %), et la croissance vient des DAT (+487 MDT, +8,3 %). Amen Bank (+7,0 %) et l'UBCI (+9,2 %) progressent plus vite que le secteur, la première grâce à des DAV en hausse de 17,0 % (+425 MDT), la seconde grâce à des DAT en hausse de 26,2 %. La WIB (+8,8 %) collecte surtout de l'épargne (+16,3 %) mais voit ses DAV reculer de 14,6 %. Le cas d'Attijari Bank est le plus remarquable. Ses DAV bondissent de 1 204 MDT (+22,4 %), soit 41 % de la hausse des DAV du secteur, tandis que ses DAT s'effondrent de 812 MDT (-37,8 %) : les dépôts totaux progressent de 4,7 % (+535 MDT), avec une composition nettement améliorée. Trois banques voient leurs dépôts reculer, et toutes trois à cause des DAT : l'ATB (-171 MDT, -2,5 %, DAT -17,2 %), la BT (-150 MDT, -2,2 %, DAT -11,9 %) et l'UIB (-55 MDT, -0,8 %, DAT -12,2 %). Les comptes d'épargne, eux, progressent de manière homogène, entre +1,7 % et +4,6 % pour onze banques sur douze, la WIB faisant exception avec +16,3 %. Structure des dépôts : les DAV gagnent 130 pb, les DAT en perdent 113 La collecte a modifié la structure des dépôts du secteur. Le poids des DAV passe de 35,4 % à 36,7 % du total (+130 pb depuis fin 2025), celui des DAT de 31,5 % à 30,3 % (-113 pb), et celui de l'épargne reste quasiment inchangé à 32,9 % (-17 pb). Un poids de DAT plus faible est favorable à la banque, puisque ces ressources sont les plus onéreuses. Attijari Bank signe la transformation la plus spectaculaire : ses DAV pèsent désormais 55,0 % de ses dépôts (+796 pb), le niveau le plus élevé du secteur, contre 11,1 % pour ses DAT (-762 pb), le plus bas. L'ATB (DAV à 34,6 %, +520 pb ; DAT à 36,1 %, -641 pb) et la BTE (DAV +432 pb) améliorent aussi leur mix. Trois banques disposent d'une base de DAV supérieure à 45 % : Attijari Bank, l'UBCI (53,2 %) et la BIAT (46,7 %), même si ces deux dernières la voient légèrement s'éroder (-142 pb et -123 pb) au profit des DAT (+263 pb et +128 pb). À l'inverse, la BTE reste la banque la plus dépendante des ressources chères, avec 62,5 % de DAT et seulement 20,6 % de DAV. La WIB connaît le glissement le plus défavorable : ses DAV perdent 694 pb (25,3 %) et ses DAT en gagnent 478 (40,9 %). La BNA, enfin, alourdit ses DAT (37,8 %, +231 pb), ce qui relativise l'ampleur de sa performance de collecte. Emprunts et ressources spéciales : le secteur rembourse plus qu'il n'émet L'encours des emprunts et ressources spéciales (ERS), qui regroupe les emprunts obligataires, les emprunts subordonnés et les ressources spéciales, recule de 88 MDT (-1,6 %) à 5 283 MDT. Les remboursements l'emportent sur les nouvelles levées : la hausse des ressources du secteur vient des dépôts et non de la dette. Deux banques se distinguent à la hausse. La BIAT accroît ses ERS de 246 MDT (+25,6 %) à 1 204 MDT, et l'UBCI de 45 MDT (+28,8 %) à 203 MDT. À la baisse, la BH Bank, première banque du secteur par l'encours d'ERS, réduit le sien de 161 MDT (-11,0 %) à 1 298 MDT, et la STB de 153 MDT (-30,6 %) à 347 MDT. Les autres mouvements sont plus modestes : BNA (-21 MDT, -3,1 %), BT (-19 MDT, -15,4 %), UIB (-16 MDT, -13,7 %) et WIB (-12 MDT, -9,8 %). Amen Bank, l'ATB et Attijari Bank sont quasi stables. Crédits bruts : +1,2 % pour le secteur, et une banque qui tire l'ensemble. Les crédits bruts des banques cotées atteignent 99 291 MDT, soit +1 135 MDT (+1,2 %) depuis fin 2025. Cette progression est très concentrée : l'UBCI (+530 MDT, +14,1 %) fournit à elle seule 47 % de la hausse du secteur, et hors UBCI les crédits bruts n'augmentent que de 0,6 %. En dehors de l'UBCI, trois banques se démarquent nettement de la moyenne du secteur : la BTE (+89 MDT, +6,8 %), la WIB (+64 MDT, +4,1 %) et la STB (+281 MDT, +2,6 %), cette dernière après un repli de 7,5 % de ses crédits bruts en 2025. La BH Bank (+166 MDT, +1,4 %), Amen Bank (+112 MDT, +1,3 %), la BIAT (+166 MDT, +1,2 %) et la BNA (+150 MDT, +0,9 %) restent proches de la moyenne, tandis que la BT (+0,5 %) est quasi stable. Deux banques réduisent nettement leurs encours : Attijari Bank (-234 MDT, -3,1 %) et l'ATB (-203 MDT, -3,2 %), soit 437 MDT à elles deux, auxquels s'ajoute l'UIB (-18 MDT, -0,3 %). La BNA reste le premier distributeur de crédits, avec 17 703 MDT (17,8 % du secteur), devant la BIAT (14 547 MDT, 14,7 %). Crédits nets : hors UBCI, l'encours recule. Les crédits nets de provisions et d'agios réservés progressent de 373 MDT (+0,4 %) à 86 025 MDT, soit un tiers seulement de la hausse des crédits bruts : la hausse des provisions et agios (+763 MDT) en absorbe les deux tiers. Hors UBCI, dont les crédits nets augmentent de 516 MDT (+14,7 %), les crédits nets du secteur reculent de 143 MDT (-0,2 %), selon nos calculs. La hausse des provisions creuse l'écart entre crédits bruts et nets dans plusieurs banques. La STB voit ses crédits bruts progresser de 281 MDT mais ses crédits nets de 77 MDT seulement (+0,9 %), la BNA passe de +150 MDT à +12 MDT (+0,1 %) et la BH Bank de +166 MDT à +32 MDT (+0,3 %). L'ATB voit son encours net reculer de 303 MDT (-5,8 %), presque deux fois plus vite que ses crédits bruts (-3,2 %), car ses provisions et agios augmentent de 101 MDT. Attijari Bank perd 249 MDT (-3,5 %) et l'UIB 50 MDT (-0,8 %). À l'opposé, la BTE (+83 MDT, +7,7 %), la WIB (+53 MDT, +3,7 %) et la BIAT (+163 MDT, +1,3 %) progressent au-dessus de la moyenne. Ces dynamiques se lisent dans le poids des crédits nets dans le total bilan. Pour le secteur, il tombe à 58,2 % contre 59,6 % à fin 2025 (-141 pb). Dix banques sur douze voient ce ratio baisser : Attijari Bank (49,1 %, -271 pb), Amen Bank (57,4 %, -256 pb), la WIB (68,3 %, -255 pb), l'ATB (62,8 %, -239 pb), la BIAT (47,1 %, -192 pb) et la STB (54,8 %, -143 pb) enregistrent les replis les plus marqués. Seules l'UBCI (64,8 %, +255 pb) et la BTE (66,9 %, +183 pb) renforcent la place du crédit dans leur bilan. En niveau, l'UIB (74,1 %) et la BT (73,8 %) restent les banques les plus tournées vers le financement de l'économie, alors que la BIAT (47,1 %) et Attijari Bank (49,1 %) sont à l'autre extrémité. Portefeuille-titres : l'exutoire de la collecte Le portefeuille-titres (PFT) du secteur progresse de 2 170 MDT (+5,9 %) à 39 076 MDT, soit plus de la moitié (52 %) des nouveaux dépôts collectés, contre 9 % pour les crédits nets. Il représente désormais 45 % de l'encours de crédits nets, contre 43 % à fin 2025. Le reliquat de la collecte (environ 1 600 MDT) s'est en partie retrouvé en trésorerie, dont l'encours s'établit à +1 708 MDT en fin de période : l'article 5 y reviendra. Le portefeuille d'investissement, qui équivaut à 96 % de l'encours, gagne 1 915 MDT (+5,4 %) à 37 576 MDT et explique 88 % de la hausse. Le portefeuille commercial, beaucoup plus petit, augmente plus vite : +255 MDT (+20,5 %) à 1 500 MDT. La BIAT illustre le mieux ce mouvement : sur 731 MDT de dépôts collectés, 706 MDT ont rejoint le portefeuille (dont 702 MDT en investissement), pour seulement 163 MDT de crédits nets. Amen Bank (+370 MDT, +11,3 %) et la STB (+388 MDT, +7,9 %) suivent la même logique, la STB renforçant aussi son portefeuille commercial (+140 MDT, de 101 MDT à 241 MDT). La BNA place moins qu'elle ne collecte : son PFT n'augmente que de 208 MDT (+2,2 %) pour 1 479 MDT de nouveaux dépôts, et son portefeuille commercial recule de 85 MDT. L'UIB affiche la plus forte hausse en pourcentage (+157 MDT, +20,9 %), portée par son portefeuille commercial (+151 MDT). Deux banques stabilisent ou réduisent leur portefeuille : l'ATB (-1 MDT) et la BTE (-8 MDT). L'UBCI, dont l'essor du crédit a été le plus fort, réduit son portefeuille d'investissement de 68 MDT (-12,1 %) et compense en partie par son portefeuille commercial (+131 MDT). Le poids du portefeuille-titres dans le total bilan progresse ainsi de 25,7 % à 26,5 % pour le secteur (+75 pb). Dix banques sur douze le voient augmenter, dont l'UIB (10,4 %, +176 pb), Amen Bank (27,7 %, +157 pb), la STB (33,2 %, +136 pb) et la BIAT (27,8 %, +116 pb). La BNA conserve le poids le plus élevé (38,4 %), devant la STB (33,2 %), la WIB étant à l'opposé (2,8 %). Seules la BTE (20,1 %, -141 pb) et l'UBCI (16,9 %, -60 pb) voient le poids du PFT diminuer. Un arbitrage collectif, des choix individuels Sur 100 dinars de dépôts collectés depuis janvier, les banques cotées en ont placé 52 en titres et 9 seulement en crédits nets. Ce choix est presque unanime : dix banques sur douze voient le poids du crédit dans leur bilan reculer et dix voient celui du portefeuille-titres augmenter. Les exceptions, l'UBCI et la BTE, sont précisément celles qui développent le crédit. Dans le même temps, la structure des dépôts s'améliore, avec des DAV en hausse de 130 pb dans le total, ce qui devrait alléger le coût des ressources. Le prochain article verra comment cet arbitrage se traduit dans le compte de résultat : du PEB au produit net bancaire, puis des charges opératoires au résultat brut d'exploitation, avec, banque par banque, les sources de la croissance des revenus et l'évolution de la productivité.

Banques cotées au 30 juin 2026 : le résultat net progresse de 2,7 %, porté par le portefeuille-titres plus que par le crédit
BOURSE

Banques cotées au 30 juin 2026 : le résultat net progresse de 2,7 %, porté par le portefeuille-titres plus que par le crédit

24/09/2026 21:46 4 vues Par Moez Hadidane

Sur le premier semestre, les 12 banques cotées ont dégagé un résultat net cumulé de 891,0 MDT, en hausse de 2,7 % sur un an, et une seule d'entre elles, l'ATB, a clôturé la période sur une perte. Le crédit, lui, avance à peine : les crédits bruts progressent de 1,2 % depuis fin 2025 (99 291 MDT) et les crédits nets de 0,4 % (86 025 MDT), alors que les dépôts gagnent 3,9 % et atteignent 110 653 MDT. L'écart nourrit le portefeuille-titres (+5,9 %) et, avec lui, un PNB en hausse de 5,6 % à 3 810 MDT, tiré par les revenus du portefeuille (+20,1 %) tandis que la marge nette d'intérêt recule de 8,6 %. La trésorerie de fin de période s'établit à +1 708 MDT, contre +345 MDT à fin 2025. Une lecture du semestre en cinq temps Tera Finances analyse le secteur bancaire coté et la performance de chacune des 12 banques cotées au 30 juin 2026 à travers une série de cinq articles, construite à partir de leurs états financiers intermédiaires : Amen Bank, ATB, Attijari Bank, BH Bank, BIAT, BNA, Banque de Tunisie, BTE, STB, UBCI, UIB et Wifak International Bank. Ce premier article pose le cadre : il commente la performance consolidée du secteur, sans encore entrer dans le détail des banques. Le deuxième article se penchera sur l'activité commerciale, c'est-à-dire la collecte des ressources, l'évolution du crédit et l'essor du portefeuille-titres. Le troisième analysera le compte de résultat, du PNB au résultat brut d'exploitation, et le quatrième le passage du RBE au résultat net, avec le coût du risque, l'impôt et la rentabilité des fonds propres. Le cinquième traitera de la capacité des banques à générer du cash à travers leurs états de flux de trésorerie. Une précision de méthode : les montants sont exprimés en millions de dinars (MDT). Les postes de bilan sont comparés au 31 décembre 2025, tandis que les postes du compte de résultat le sont au premier semestre 2025. Les ratios sont comparés en points de base (pb), soit centièmes de point de pourcentage. Au bilan, des ressources qui affluent et un crédit qui stagne. Le total bilan des banques cotées progresse de 2,9 % depuis fin 2025, à 147 733 MDT, mais cette croissance ne passe pas par le crédit : sur les 4 158 MDT de dépôts supplémentaires collectés depuis janvier, environ 52 % ont été placés en portefeuille-titres et moins de 9 % ont fini en crédits nets. Les crédits bruts à la clientèle s'établissent à 99 291 MDT, soit +1 135 MDT (+1,2 %) sur six mois. Le stock de provisions et d'agios réservés sur les créances du bilan progresse cinq fois plus vite, de 6,1 % (+763 MDT) à 13 266 MDT : il représente désormais 13,4 % des crédits bruts, contre 12,7 % à fin 2025. Cet effet de ciseaux ramène la croissance des crédits nets à +0,4 % (+373 MDT), pour un encours de 86 025 MDT. Le poids des crédits nets dans le total bilan tombe ainsi à 58,2 %, contre 59,6 % à fin 2025 (-141 pb) et 62,7 % à fin 2024 (environ -445 pb). Autrement dit, en dix-huit mois, le secteur a détourné près de 4,5 points de son bilan du financement direct de l'économie. Le rapport entre crédits nets et dépôts suit la même pente : 77,7 % au 30 juin 2026 contre 80,4 % fin 2025, selon nos calculs. Le portefeuille-titres est le grand bénéficiaire de ce mouvement. Son encours gagne 2 170 MDT (+5,9 %) et atteint 39 076 MDT, soit 26,4 % du total bilan, contre 25,7 % à fin 2025 (+75 pb) et 22,3 % à fin 2024 (environ +418 pb). Sa part dans le bilan a donc gagné près de quatre points en dix-huit mois, soit l'essentiel de ce que le crédit net a perdu. Les dépôts de la clientèle, enfin, progressent de 3,9 % (+4 158 MDT) pour atteindre 110 653 MDT, un rythme trois fois supérieur à celui des crédits bruts. Leur composition (dépôts à vue, épargne, dépôts à terme) fera l'objet de l'article 2. Un PNB qui progresse de 5,6 %, mais sur de nouvelles bases Le PNB des banques cotées atteint 3 810 MDT au premier semestre 2026, en hausse de 201 MDT (+5,6 %) sur un an. Cette progression tient moins à la croissance des produits, qui n'augmentent que de 1,0 %, qu'au recul des charges : les produits d'exploitation bancaire (PEB) atteignent 6 938 MDT (+69 MDT) alors que les charges d'exploitation bancaire (CEB) reculent de 4,1 % (-132 MDT) à 3 127 MDT. La marge nette d'intérêt, longtemps première source de revenus des banques, est la seule composante du PNB à se contracter : elle perd 111 MDT (-8,6 %) pour s'établir à 1 179 MDT. Les intérêts reçus reculent de 5,7 % (-255 MDT) à 4 226 MDT, plus vite que les intérêts versés (-4,5 %, -145 MDT, à 3 047 MDT) : les banques voient leurs revenus d'intérêts baisser davantage que leur coût de financement. Ce manque à gagner est plus que compensé par les revenus du portefeuille-titres, qui bondissent de 280 MDT (+20,1 %) à 1 670 MDT, soit plus que la hausse totale du PNB. La marge sur commissions se contente de +9 MDT (+1,3 %, à 689 MDT), tandis que les gains de change gagnent 23 MDT (+9,1 %, à 272 MDT). Le rapprochement est simple : +280 MDT de revenus de portefeuille, +23 MDT de change, +9 MDT de commissions et -111 MDT de MNI donnent bien les +201 MDT de PNB. La structure du PNB s'en trouve modifiée. La MNI ne représente plus que 30,9 % du PNB, contre 35,7 % un an plus tôt (-479 pb) et 35,2 % sur l'ensemble de 2025 (environ -423 pb). Les revenus du portefeuille-titres prennent la première place, avec 43,8 % du PNB contre 38,5 % au premier semestre 2025 (+531 pb) et 38,3 % en 2025 (environ +555 pb). La marge sur commissions pèse 18,1 % (-76 pb sur un an) et les gains de change 7,1 % (+23 pb). Le basculement est en réalité engagé depuis 2024, où la MNI pesait encore 44,9 % du PNB contre 28,9 % pour le portefeuille-titres. Il s'accentue : l'écart en faveur des revenus de portefeuille atteint désormais 12,9 points. Le premier moteur du PNB sectoriel n'est plus l'activité d'intermédiation, mais la détention de titres, notamment du Trésor. Charges, RBE et coût du risque : le gain d'exploitation est absorbé Les charges opératoires augmentent de 6,7 % (+117 MDT) à 1 850 MDT, soit un rythme supérieur à celui du PNB (+5,6 %). Les salaires en sont le principal moteur : ils progressent de 8,1 % (+93 MDT) à 1 236 MDT et expliquent près de 80 % de la hausse des charges, pour un poids de 66,8 % dans le total. Le coefficient d'exploitation, indicateur de productivité pour lequel un niveau plus bas est meilleur, se dégrade légèrement à 48,6 %, contre 48,0 % au premier semestre 2025 (+54 pb) et 48,1 % en 2025. Le résultat brut d'exploitation (RBE) atteint néanmoins 1 980 MDT, en hausse de 84 MDT (+4,4 %), la progression du PNB étant supérieure à celle des charges en valeur absolue. Rapporté aux produits d'exploitation bancaire, le taux de marge sur RBE s'améliore de 93 pb, de 27,6 % à 28,5 %, le RBE (+4,4 %) progressant plus vite que les produits d'exploitation (+1,0 %). C'est au niveau du risque que ce gain s'évapore. Le coût net du risque (CNR) grimpe de 12,9 % (+76 MDT) à 662 MDT : les dotations aux provisions sur créances augmentent de 11,4 % (+64 MDT) à 628 MDT et celles sur titres de 50,9 % (+12 MDT) à 34 MDT. Il absorbe ainsi 33,5 % du RBE, contre 30,9 % un an plus tôt, et consomme presque tout le gain d'exploitation de la période. Le résultat d'exploitation (REX) reste en conséquence quasiment inchangé : 1 317 MDT contre 1 310 MDT, soit +8 MDT (+0,6 %). Résultat net : les éléments ordinaires font la hausse, le ROE recule. Le résultat net cumulé des banques cotées s'établit à 891 MDT, contre 868 MDT au premier semestre 2025, soit +23 MDT (+2,7 %). Cette progression ne vient ni de l'exploitation, dont le résultat n'augmente que de 8 MDT, ni d'un allègement fiscal : la charge d'impôt sur les bénéfices (IS) augmente de 1,9 %, de 424 MDT à 432 MDT (+8 MDT). Elle vient du solde des gains et pertes sur éléments ordinaires, qui passe de -1 MDT à +22 MDT (+23 MDT). Ces écritures comptables font baisser de 3,5 % (-15 MDT) l'IS net, indicateur qui cumule l'impôt avec ces gains et pertes et ressort à 426 MDT : cette baisse est donc comptable et non fiscale. Une fois l'IS déduit, le résultat d'exploitation net d’IS est d'ailleurs stable, à 885 MDT dans les deux périodes. Le taux de marge nette, mesuré par rapport aux produits d'exploitation bancaire, progresse de 21 pb, de 12,6 % à 12,8 % : les banques conservent un peu moins de 13 dinars de résultat net pour 100 dinars de produits. La rentabilité financière, elle, recule. Le ROE non annualisé s'établit à 6,43 % contre 6,65 % au premier semestre 2025 (-22 pb), car les fonds propres moyens progressent de 6,2 % (13 858 MDT), plus de deux fois plus vite que le résultat net. En multipliant par deux le ROE du semestre, on obtient un ROE annualisé de 12,86 %, contre 12,01 % pour l'exercice 2025 (+85 pb). Cette comparaison est toutefois à lire avec prudence : en 2025, le premier semestre n'a fourni que 55 % du résultat net annuel (868 MDT sur 1 571 MDT), de sorte que doubler le résultat semestriel aurait alors surestimé le résultat de l'année d'environ 10 %. Si la même saisonnalité se reproduisait, le ROE de l'exercice 2026 serait inférieur aux 12,9 % obtenus par simple doublement. Trésorerie : un retournement de 2 729 MDT Les banques cotées ont généré un flux net de trésorerie positif de 1 363 MDT au premier semestre 2026, contre une consommation de 1 366 MDT un an plus tôt : le solde change de signe, avec un retournement de 2 729 MDT.  Le retournement s'explique d'abord par l'investissement. Le flux d'investissement passe de -2 644 MDT à -379 MDT, soit +2 265 MDT, qui expliquent 83 % de l'amélioration. Les flux d'exploitation contribuent à hauteur de 459 MDT : ils passent de 2 239 MDT à 2 697 MDT (+20,5 %). Les flux de financement restent négatifs et quasi stables (-977 MDT contre -944 MDT) et la ligne « autres », marginale, s'inverse de -16 MDT à +22 MDT. La trésorerie de clôture atteint ainsi 1 708 MDT au 30 juin 2026, contre 345 MDT au 31 décembre 2025, soit +1 363 MDT et un niveau près de cinq fois supérieur. Un an plus tôt, au 30 juin 2025, elle était négative à -685 MDT. Cette embellie sectorielle masque toutefois de fortes disparités entre banques, qui seront détaillées dans l'article 5. Un semestre solide en apparence, fragile dans sa composition Le secteur coté aligne un résultat net en hausse, une trésorerie reconstituée et un PNB dynamique. Mais cette performance repose sur trois appuis délicats : des revenus de portefeuille-titres qui compensent l'érosion de la marge d'intérêt, un coût du risque qui absorbe l'essentiel du gain d'exploitation, et un solde de gains sur éléments ordinaires (+23 MDT) qui explique à lui seul la hausse du résultat net, la charge d'impôt (+8 MDT) neutralisant la progression du résultat d'exploitation (+8 MDT). Pendant ce temps, le financement de l'économie stagne, avec des crédits nets en hausse de 0,4 % seulement. Ces équilibres sectoriels cachent des trajectoires bancaires très contrastées. Le prochain article s'intéressera à l'activité commerciale : comment chaque banque collecte ses dépôts, jusqu'où elle protège ou réduit son crédit, et quelle part de ses ressources elle place en titres.

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