Tunisie : ce que révèle vraiment la décision de Fitch du 30 janvier 2026

Par Moez Hadidane

TERA FINANCES

Le 30 janvier 2026, Fitch Ratings a confirmé la note souveraine à long terme de la Tunisie à B-, assortie d’une note de recouvrement RR4, et a annoncé le retrait du pays de la liste dite UCO (Under Criteria Observation).


À première vue, l’information peut sembler technique. En réalité, elle marque une étape importante dans la lecture du risque tunisien par les marchés internationaux.

Car la nouveauté n’est pas tant la note elle-même — déjà relevée en septembre 2025 — que le cadre dans lequel Fitch la confirme.

Une confirmation sous une nouvelle méthodologie

Depuis septembre 2025, Fitch applique de nouveaux critères de notation souveraine. Désormais, l’agence ne se contente plus d’évaluer la probabilité de défaut d’un État : elle intègre explicitement une estimation de ce que les créanciers pourraient récupérer en cas de restructuration ou de défaut.

C’est dans ce contexte que la Tunisie se voit attribuer une Recovery Rating RR4.

Concrètement, cela signifie que, si un incident de paiement survenait, Fitch estime que les investisseurs pourraient récupérer environ 30 % à 50 % de leurs créances. Ce niveau est qualifié de moyen-faible : il ne traduit pas un scénario extrême, mais confirme que le risque reste élevé.

Cette précision est nouvelle : elle apporte une lecture plus complète du profil souverain tunisien, en combinant désormais probabilité de défaut et perte potentielle.

La sortie de l’UCO : un signal de stabilisation

La Tunisie était placée sous UCOUnder Criteria Observation — le temps que Fitch applique sa nouvelle méthodologie.

Le retrait de cette liste signifie une chose essentielle :

la note B- est maintenant pleinement validée dans le nouveau cadre analytique.

Autrement dit, la phase de transition est terminée. Pour les investisseurs, c’est un signal de stabilisation technique : la notation n’est plus provisoire.

Ce n’est pas une amélioration supplémentaire, mais une forme de normalisation après le relèvement de septembre 2025.

Le poids central de la gouvernance

Fitch souligne également un score ESG de pertinence “5” sur plusieurs indicateurs de gouvernance.

Attention : ce chiffre ne mesure pas la qualité de la gouvernance, mais son importance dans la note finale.

Un score de 5 signifie que ces facteurs pèsent directement et fortement sur l’évaluation souveraine. En clair, les faiblesses institutionnelles, mesurées notamment à partir des indicateurs de la Banque mondiale, constituent l’un des freins majeurs à une amélioration plus rapide de la notation.

La gouvernance n’est donc pas un élément secondaire : elle est au cœur du diagnostic.

Une lecture partagée par l’ensemble des agences

Sur le fond, Fitch n’est pas isolée. R&I et Moody’s placent elles aussi la Tunisie dans la catégorie des émetteurs très spéculatifs.

Le message est globalement le même :

  • le risque immédiat de défaut s’est atténué par rapport à 2024,
  • mais le pays reste structurellement fragile,
  • et dépend fortement des financements officiels et des réformes économiques.

À ce stade, la Tunisie demeure en dehors de la catégorie “investissement” et ne peut accéder aux marchés internationaux qu’à des coûts très élevés.

Ce que cela signifie réellement

La confirmation du B-, l’attribution d’un RR4 et la sortie de l’UCO traduisent un message clair :

la situation s’est stabilisée, mais elle reste précaire.

La Tunisie n’est plus perçue comme en glissement rapide vers le défaut, mais elle évolue encore dans une zone de vulnérabilité marquée, avec :

  • Un accès limité aux marchés : La Tunisie peut théoriquement emprunter sur les marchés internationaux…mais en pratique, très peu d’investisseurs institutionnels acceptent ce niveau de risque, beaucoup de fonds ont l’interdiction statutaire d’acheter du “B-”.
  • Des coûts d’emprunt prohibitifs : Si la Tunisie émettait une obligation aujourd’hui avec une note B-, elle devrait probablement offrir : 10 % à 15 % (voire plus) de taux d’intérêt en dollars ou euros
  • Et une dépendance persistante à l’aide extérieure.

Le communiqué du 30 janvier 2026 n’annonce pas un tournant spectaculaire. Il valide plutôt, sous une méthodologie plus exigeante, le regain de stabilité observé depuis fin 2025.

En résumé, Fitch acte une amélioration relative du court terme, tout en rappelant que les contraintes structurelles — finances publiques, croissance, gouvernance — continuent de peser lourdement sur le profil souverain.

Conclusion

C’est un pas vers la normalisation, pas encore vers le redressement durable. Pour espérer remonter dans l’échelle des notations, la Tunisie devra désormais démontrer des progrès tangibles, en particulier sur le terrain des réformes économiques et institutionnelles.