
Après plusieurs mois de ralentissement, l’inflation en Tunisie repart légèrement à la hausse. Selon les données publiées par l’INS le 5 mars 2026, le taux d’inflation s’est établi à 5 % en février 2026, mettant fin à une série continue de baisses observée depuis février 2023. À cette période, l’inflation avait atteint un pic de 10,4 %, avant de reculer progressivement pour atteindre 4,8 % en janvier 2026, soit son niveau le plus bas depuis mars 2021.
Cette remontée de l’inflation s’explique principalement par l’accélération de la hausse des prix du groupe « alimentation », dont le rythme de progression est passé de 5,9 % en janvier à 6,7 % en février 2026. Les prix du groupe « habillement et chaussures » demeurent également élevés, bien qu’en légère baisse, avec une hausse de 8,9 % en février contre 10 % le mois précédent.
Les prix des produits manufacturés ont enregistré une augmentation annuelle de 4,6 %, tirée notamment par la hausse des prix de l’habillement et des chaussures (8,9 %) ainsi que des produits d’entretien courant du foyer (4,8 %). De leur côté, les services ont vu leurs prix progresser de 3,8 % sur un an, une évolution principalement due à l’augmentation notable des tarifs des services d’hébergement, qui ont grimpé de 11,3 %.
En revanche, l’inflation sous-jacente — qui exclut les produits alimentaires et l’énergie — a légèrement diminué pour s’établir à 4,6 % en février, contre 4,9 % en janvier. Par ailleurs, les prix des produits libres ont augmenté de 6,1 % sur un an, tandis que ceux des produits encadrés n’ont progressé que de 0,8 %. Cette différence est particulièrement marquée pour les produits alimentaires : les produits libres ont enregistré une hausse de 7,6 %, contre seulement 0,2 % pour les produits à prix réglementés.
Face au recul de l’inflation au début de l’année, la Banque centrale de Tunisie avait réduit son taux directeur de 50 points de base, le faisant passer de 7,5 % à 7 %. Toutefois, la situation géopolitique internationale, marquée par les tensions liées à la guerre en Iran et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, a entraîné une remontée des prix de l’énergie. Le baril de Brent a ainsi dépassé les 93 dollars le 6 mars 2026.
Cette évolution pourrait peser lourdement sur les finances publiques tunisiennes. Le budget de l’État a été élaboré sur la base d’un prix du baril estimé à 63,3 dollars, soit environ 30 dollars de moins que le niveau actuel. Chaque augmentation d’un dollar du prix du pétrole entraîne une hausse supplémentaire de 56 millions de dollars des dépenses de compensation.
Pays importateur de pétrole et de gaz, la Tunisie pourrait donc subir un impact budgétaire significatif. Le budget de l’État prévoit déjà environ 1,7 milliard de dollars pour la compensation des produits énergétiques. Si les prix de l’énergie continuent d’augmenter, le gouvernement pourrait être contraint d’activer le mécanisme d’ajustement automatique des prix à la consommation, ce qui risquerait d’alimenter davantage l’inflation dans les mois à venir.
Par ailleurs, la facture énergétique pèse lourdement sur la balance commerciale du pays. Le déficit énergétique s’élève actuellement à 3,8 milliards de dollars, soit 51 % du déficit commercial total des marchandises. La crise actuelle pourrait entraîner une hausse d’environ 50 % des importations énergétiques, soit près de 2 milliards de dollars supplémentaires, ce qui pourrait fragiliser les réserves en devises du pays et exercer une pression accrue sur la valeur du dinar.